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Tugan Sokhiev démissionne de l’Orchestre national du Capitole et du Bolchoï

 

Le chef d’orchestre russe a annoncé aujourd’hui démissionner de ses fonctions de directeur musical à la fois de l’ et du Théâtre du Bolchoï. Il y a quelques jours le maire de Toulouse lui avait demandé de prendre position contre la guerre en Ukraine avant de diriger ses prochains concerts les 18 et 25 mars. Dans un long texte publié sur les réseaux sociaux affirme : « Je n’ai jamais soutenu et je serai toujours contre tout conflit, sous quelque forme que ce soit  » puis « Tant à Toulouse qu’au Théâtre Bolchoï, j’ai régulièrement invité des chanteurs et des chefs d’orchestre ukrainiens. Nous ne pensions même pas à nos nationalités. Nous prenions plaisir à faire de la musique ensemble ».  Le chef dit ne pas supporter cette « culture d’annulation » et voir ses collègues russes « menacés, traités de manière irrespectueuse ». Son festival « franco-russe » étant par ailleurs dans ce contexte « contesté par les autorités de la ville ». Il ajoute « Nous, les musiciens, sommes là pour rappeler, à travers la musique de Chostakovitch, les horreurs de la guerre. Nous, les musiciens, sommes les ambassadeurs de la paix.  » Pour éviter de choisir comme on lui demande « On me demandera bientôt de choisir entre Tchaïkovski, Stravinski, Chostakovitch et Beethoven, Brahms, Debussy. » , le chef  « étant contraint de faire face à l’option impossible de choisir entre ses musiciens russes et français bien-aimés » préfère démissionner de ses deux mandats en disant qu’il soutiendra toujours les artistes de ces deux institutions…« en tant que musicien ».

Le Maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, a réagi le soir même à la démission de dans un communiqué que nous reproduisons ci-dessous. Il rend également publique la lettre adressée au chef d’orchestre.

« Je respecte la volonté de Tugan Sokhiev de mettre fin avec 3 mois d’avance à notre collaboration – qui devait se terminer en juin – au sein de l’Orchestre National du Capitole. Cette nouvelle m’attriste, d’autant que c’est moi qui l’avait nommé pour la première fois à la tête de notre orchestre. Elle clôture plus de 15 années fructueuses avec nos musiciens et notre ville, au cours desquelles Tugan a apporté à l’Orchestre une réputation et une visibilité internationales remarquables.

Parce que Toulouse est une ville viscéralement attachée aux valeurs de la Démocratie et qu’elle est jumelle de Kyiv, elle est particulièrement solidaire du peuple ukrainien. Aujourd’hui encore, de nombreux Toulousains se sont rassemblés pour le réaffirmer face à l’agression russe, et j’étais naturellement présent avec beaucoup d’élus de la municipalité.

Après avoir tenté de joindre Tugan Sokhiev en début de semaine, je lui ai écrit pour lui demander de s’exprimer sur la situation à partir du moment où il m’avait fait savoir, alors, qu’il assurerait bien la direction des concerts de 18 et 19 mars, comme prévu.

J’ai toujours pensé, comme Tugan Sokhiev, que l’art, et la musique en particulier, sont des langages universels, permettant de rapprocher les peuples. Aussi, nous n’avons jamais attendu ou, pire, exigé de Tugan qu’il fasse un choix entre son pays natal et sa ville de cœur, Toulouse. Cela n’aurait eu aucun sens. Pour autant, il était impensable d’envisager qu’il reste silencieux face à la situation de guerre, tant vis à vis des musiciens que du public et de la collectivité. Ce soir, je prends acte que le seul parti qu’il prend, en conscience et connaissance de cause, est celui de la musique.

Par ailleurs, ce qu’il affirme au sujet des Musicales Franco-Russes est totalement hors de propos et inexact. Il sait parfaitement que les choix faits à ce sujet il y a plusieurs mois étaient exclusivement d’ordre juridique, pour éviter les conflits d’intérêts, et que nous avions récemment décidé, d’un commun accord avec lui, de retirer sa mention des documents relatifs à la saison musicale, à cause du contexte actuel. Cela ne procède donc pas d’une intention politique ou de nier l’importance de la culture russe, qui nous a tant apporté. La littérature européenne ne serait pas ce qu’elle est sans Pouchkine et Tolstoi, et comment imaginer la musique sans Tchaïkovski ou Prokofiev ?

Aujourd’hui, je tiens à remercier chaleureusement Tugan pour ces nombreuses années de collaboration, qui ont tant apporté à L’Orchestre National du Capitole, au public et à Toulouse. Je connais l’émotion que cette nouvelle va provoquer, non seulement auprès du public fidèle, mais aussi chez les musiciens de notre orchestre, que je veux assurer de mon soutien. »

Mis à jour le 07/03/2022 à 13h09

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