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Tugan Sokhiev aux « Franco-russes » de Toulouse dans la 5e de Chostakovitch

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Toulouse. La Halle aux grains. 27-III-2021. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n° 2 en ut dièse mineur op. 129 ; Symphonie n° 5 en ré mineur op. 47. Vadim Gluzman, violon. Orchestre national du Capitole de Toulouse, direction : Tugan Sokhiev
Concert sans public enregistré en direct, diffusé sur YouTube et Facebook live

Au festival des « Franco-russes » de Toulouse, dresse un portrait assez emblématique de Chostakovitch dans un programme entièrement dédié au compositeur russe, appariant l’ambivalente Symphonie n° 5 et le douloureux Concerto pour violon n° 2, interprété par l’excellent .

Plaidoyer en faveur de la liberté dans l’art, le Concerto pour violon n° 2 fut composé en 1967, dédié à David Oïstrakh. Par son langage harmonique audacieux, il témoigne des attirances anciennes de Chostakovitch pour l’avant-garde musicale, déjà évoquées dans la revue Yousnost en 1960, sans que ce dernier n’ait pu librement les exprimer sous le règne de Staline. Il déroule tout du long de ses trois mouvements une longue complainte tantôt douloureuse, tantôt rageuse, faite d’un lyrisme poignant et d’une démonstrative virtuosité dont donne une lecture ardente et intériorisée. Après une entrée déchirante du violon, la ligne du Moderato se fait plus chaotique, le jeu s’intensifie, la sonorité du Stradivarius « Ex Auer » se fait plus âpre, appuyée par les cors dont la sonorité se mêle aux stridences du piccolo, avant un Adagio d’un lyrisme mélancolique, sorte de longue élégie exaltée par le beau solo de cor de Jacques Deleplancque. Le Finale, sous forme d’une cavalcade complice du soliste et de l’orchestre, tout juste interrompue par une cadence d’une époustouflante et agressive virtuosité, conclut cette belle interprétation du violoniste.

Composée en 1937 au moment des grandes purges, la Symphonie n° 5 est la symphonie du « rachat » écrite à la hâte dans un climat d’angoisse après les accusations de formalisme faisant suite au scandale de Lady Macbeth. Modèle d’ambiguïté, classique dans sa forme, elle est toute entière sous-tendue par un message douloureux et sarcastique qui résume toutes les peurs et les rancunes de Chostakovitch face à la dictature stalinienne. , en spécialiste du compositeur russe, nous en délivre une interprétation, peut-être moins rugueuse que celle d’autres chefs russes historiques, déclinant toutes les nuances de l’affliction, de la déploration, mais également de la raillerie et de la hargne. Mêlant hédonisme et drame, tension et détente, le Moderato est conduit sur un tempo assez lent, donnant jour à toutes les performances solistiques (cordes, petite harmonie, célesta) dans une vision haute en couleurs qui voit se succéder un lyrisme douloureux habité de beaux contrechants dans la première partie, puis une marche inexorable et chaotique (cuivres et percussions) annoncée par le piano. Le Scherzo introduit par les contrebasses rappelle Mahler par son humour et ses accents sarcastiques dans un dialogue guilleret entre bois (contrebasson et petite clarinette), cor, harpe et violon solo. Le Largo pousse l’émotion à son apogée dans une méditation quasi religieuse habitée d’une déploration intense, entretenue par la flute et la harpe, conduisant à un crescendo qui rapidement se métamorphose en une pure désespérance sur les notes égrenées et lointaines de la harpe et du célesta. Faussement triomphal (trompettes, timbales) le Finale est mené dans une dynamique impressionnante par un ONCT chauffé à blanc, avant que la cantilène du cor n’annonce, encore une fois, toute l’ambigüité de cette symphonie et la fragilité de l’espoir que Chostakovitch mettait dans cette autocritique musicale.

Crédit photographique : Tugan Sokhiev © Marco Borgreeve

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