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Marie Perbost, jeune soprano pleine d’humour pour une prochaine Folie à Toulouse

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Tout juste sortie d’une prise de rôle remarquée à l’Opéra Comique sous les traits de Coronis, et bientôt en Folie sur la scène du Théâtre du Capitole dans une nouvelle production de Platée – un rôle qui l’a fait briller aux Victoires de la musique de 2020 où elle a obtenu le prix de « révélation artiste lyrique » – la soprano approche son métier avec un humour empreint de fraicheur et de talent.


RM : Ce brin de folie qui vous caractérise, vous destine tout droit à alimenter celle bien connue d’, de Corinne et qui conduira le nouveau Platée toulousain. Qu’en espérez-vous ?

MP : Si je pense, effectivement, être assez vive, ou en tout cas avoir un univers un petit peu fou, je dois dire qu’il est bien terne comparé à celui d’, de Corinne et . Quand je travaille avec eux, je suis constamment fascinée par les multiples couleurs qui composent le leur. C’est vraiment une chance pour moi de travailler avec des artistes aussi inspirants, qui ont un si grand sens de l’autodérision et du brassage des codes, en adéquation avec ce que j’aime et ce qui anime ma flamme du « pourquoi je monte sur scène ». Le positionnement artistique d’Hervé Niquet, je l’ai appréhendé, dès notre première rencontre, tel une figure paternelle. Je suis d’accord avec sa façon de partager l’art au plus grand nombre, et en phase avec le divertissement de grande qualité qu’il défend, parce qu’il est d’une exigence extrême concernant l’interprétation de la partition et en même temps, il est tellement ouvert, tellement au service du public ou de l’auditeur.

Ce Platée va être un grand défi parce qu’il va falloir s’adapter à une façon de travailler bien singulière qu’est celle de Corinne et Gilles. Ces deux artistes nous entrainent au cœur d’une autre esthétique qui demande un lâcher prise inéluctable. Je suis loin de ce que j’ai appris à l’école. Ici, on est dans une forme de transgression du genre qui est à la fois exaltante mais qui peut faire aussi peur pour la jeune chanteuse que je suis, parce qu’évidemment, pour se prouver à soi et aux autres la place qu’il est la nôtre dans le métier, on a envie de faire ses preuves dans des rôles phares, des jalons incontournables à franchir pour un jeune artiste. Se dire qu’on a fait Cosí, qu’on a fait La Flûte enchantée, c’est en soit rassurant, mais aujourd’hui, avec cette nouvelle production, c’est tout l’inverse !

Le second challenge pour moi, ce sera la danse. Dans cet ouvrage, les interprètes dansent beaucoup : ce n’est pas mon métier ! (rires) J’appréhende cet aspect tout en trouvant cela très excitant. C’est , danseur étoile et directeur de la danse au Capitole de Toulouse, qui va nous guider. Ce chorégraphe a l’habitude de travailler avec des artistes non spécialistes de son art, et nous serons naturellement épaulés par les danseurs du Capitole.

Tout ce mélange va assurément donner un spectacle jouissif dont on a tous bien besoin en ce moment. Le jour où on a mis le pied sur le plateau pour préparer ce spectacle il y a deux ans, a été annoncé le confinement qui a tout arrêté. Aujourd’hui, toute la troupe a un esprit de revanche avec cette volonté qu’on nous rende cette joie dont on nous a privé.

« Le risque, les stratégies de carrière… Est-ce que tout cela est bien raisonnable d’y penser finalement ? »

RM : Mais cette apparente désinvolture est surtout le fruit d’un travail particulièrement exigeant. Comment se matérialise-t-il dans votre cas ?

MP : Bien sûr, pour pouvoir casser les codes, voire être dans l’exaltation totale, on a intérêt à avoir construit très sérieusement les choses. Il n’y a rien de plus laborieux, de plus précis et parfois de plus effrayant que le comique. Moi qui aie toujours eu un faible pour ce répertoire, je le considère comme le répertoire des laborieux, des gens qui n’ont pas peur de mettre l’ouvrage mille fois sur la table pour s’interroger et remettre en question leur approche. Pour que le comique jaillisse, il faut une partition de gestes et de musique impeccable.

Pour ma part, dans mon travail, mon plaisir est de me mettre au service d’une vision, celle du chef d’orchestre et celle du metteur en scène, et tout faire pour qu’ils cohabitent. C’est un défi important parce que généralement, ce sont deux univers différents élaborés par deux fortes personnalités comme ce fut le cas ici pour Platée et aussi pour Coronis. Le travail de l’interprète est de ne pas s’oublier bien sûr, mais de prendre le matériau qu’il est pour le mettre au service de ces grandes personnalités… Quand elles ont une vision évidemment parce que parfois, on se retrouve face à des artistes qui ne sont pas très inspirés ! Mais ce n’est pas le cas aujourd’hui pour cette production puisque tous les membres de l’équipe artistique de Platée détiennent une flamme qui leur est propre.

C’est donc beaucoup de travail, mais c’est aussi une hygiène de vie qui parfois me pèse même si je ne regrette pas de la mener puisque si ce sont les sacrifices qu’il faut faire pour pouvoir donner le meilleur de soi, je les fais volontiers. Mais c’est une hygiène de vie, surtout en production, qui peut ne pas être perçue comme très rigolote (rires) : il faut se coucher très tôt, boire beaucoup, ne pas manger grand-chose… Il faut, il faut… Tout le monde fait ce qu’il veut mais je constate à l’usage que meilleure est ma qualité de vie en production, meilleure est la qualité de mes prestations et plus mon corps et ma voix sont malléables pour pouvoir répondre aux demandes que l’on me fait sur le plateau.


RM : Vos choix artistiques se tournent régulièrement vers des répertoires qualifiés de « légers », souvent dévalorisés. Au-delà de votre personnalité lumineuse, évidente pour défendre ce répertoire, n’est-ce pas risqué de faire ces choix pour une jeune artiste ?

MP : C’est une question très pertinente que je me suis beaucoup posée, notamment quand il a été l’heure de faire un disque, d’offrir un récital. C’est vrai que ce premier enregistrement, « Une jeunesse à Paris », je l’ai entièrement consacré à ce répertoire dit « léger ». Je crois qu’on ne peut pas résister à ce que l’on est. Même si j’avais lutté, ce répertoire m’aurait rattrapé parce qu’il fait totalement partie de moi. Il me procure une telle joie, un tel plaisir dans le partage.

J’aime le répertoire français. J’aime le répertoire comique… Même quand il n’est pas français d’ailleurs avec la zarzuela. J’aime tout simplement procurer du plaisir aux gens. Bien sûr que pour cela on peut ne pas se limiter au répertoire dit « léger », je le découvre d’ailleurs ces derniers temps où j’ai chanté d’autres choses qui m’ont permis de découvrir que ce plaisir partagé, je pouvais aussi le trouver dans des répertoires bien plus dramatiques. Mais c’est vrai que c’est là où mon cœur s’est tourné spontanément et c’est probablement parce que ce répertoire « léger » requiert une grande virtuosité théâtrale qu’il me procure un plaisir immense, que c’est celui qui me correspond naturellement.

Après le risque, les stratégies de carrière… Est-ce que tout cela est bien raisonnable d’y penser finalement ? Cela n’a pas vraiment d’importance. Tant que mon chant s’inscrit dans cette générosité, je ne ressens pas personnellement une autre nécessité à combler.

RM : La jeune génération lyrique semble bien plus décomplexée que ces aînés. Est-ce un effet générationnel ou peut-être l’obligation de renouveler la perception du chant lyrique d’un nouveau public ?

MP : C’est difficile pour moi de répondre au nom de ma génération : je n’ai pas cette prétention. Me concernant, c’est évident que j’ai le souci très sincère, cela me travaille beaucoup d’ailleurs, de partager la musique et le plaisir de la scène partout, et pas forcément qu’au Théâtre des Champs-Elysées ou à l’Opéra Comique. Bien sûr, pour l’artiste que je suis, c’est une grande fierté de pouvoir chanter sur ces scènes prestigieuses, mais ça m’importe aussi énormément de venir à la rencontre des gens qui ne sont pas le public de ces illustres théâtres. Je crois que cela fait partie de mon devoir de leur offrir la même chose que ce que j’offre sur les scènes parisiennes ou dans des grandes salles.

C’est dans cet objectif que j’ai créé mon récital. Je vais partout sans rien exiger des salles qui m’accueillent, qu’elles aient des éclairages professionnels ou non, qu’elles aient même des scènes ou pas… Parfois, je me produis dans des salles qui ne sont pas adaptées, mais je fais ce choix de chanter malgré cela parce que je suis convaincue que je dois aller à la rencontre de tous les publics et que je ne dois pas qu’attendre que le public se déplace pour m’entendre. Il faut que chacun fasse sa part pour que la musique existe.

Crédits photographiques : Image de une © Capucine de Choqueuse ; Portaits © Jean-Baptiste Millot

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