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Coronis à l’Opéra Comique : une nymphe tirée des ronces

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Paris. Opéra Comique. 17-II-2022. Sebastián Durón (1600-1716) : Coronis, zarzuela en deux journées. Livret d’un poète anonyme d’après Les Métamorphoses d’Ovide. Avec : Marie Perbost, Coronis; Isabelle Druet, Triton; Cyril Auvity, Protée; Anthea Pichanick, Ménandro; Victoire Bunel, Sirène; Marielou Jacquard, Apollon; Caroline Meng, Neptuno; Stephan Olry, Marta; Eugénie Lefebvre, Iris. Mise en scène, chorégraphie: Omar Porras. Décors: Amélie Kiritzé-Topor. Lumières: Mathias Roche. Orchestre: Le Poème Harmonique. Direction musicale: Vincent Dumestre

L’Opéra-Comique propose la redécouverte d’une zarzuela composée entre 1701 et 1706 par , Coronis, qui décrit les combats amoureux dans lesquels est prise une nymphe entre les dieux Apollon et Neptune. Le genre de la zarzuela était originellement représenté au Palais d’été des rois espagnols, le Palais de la Zarzuela, dont le nom provient du domaine de chasse entouré de ronces (zarza en espagnol).

C’est un opéra baroque espagnol, distingué en deux journées, de la fin du siècle d’or espagnol, entièrement chanté et mis en musique (contrairement à l’opéra-comique), au ton léger et inspiré d’une pastorale banale. Coronis est une œuvre imprégnée d’influence italienne et dont une des particularités est d’être principalement chantée par des femmes (et non des castrats comme il pouvait en être l’usage jusqu’alors). Les interventions masculines sont réservées pour les personnages sacrés (et pour ce spectacle, les personnages de barbon). La nymphe Coronis est évoquée dans les Métamorphoses d’Ovide : la nymphe est pourchassée par Apollon et Neptune qui veulent régner sur le pays de Coronis, alors qu’elle est aimée de Triton. Le contexte de la création de l’œuvre est celui du cadre des Guerres de Succession entre la France et l’Espagne et fait écho à l’histoire de Coronis, tiraillée entre deux prétendants (l’étymologie même de Coronis étant à rapprocher du terme couronne).

Sur scène, on assiste donc au déploiement d’un univers fantasque mêlant burlesque et la dynamique d’un théâtre de foire exposant des amours mythologiques avec un regard malicieux et complice, entre chant et déclamation. La mise en scène est à l’avenant : pleine d’inventivité, de clins d’œil, avec des costumes bigarrés et incongrus. Ici, un Neptune de pacotille qui souhaite une mort ridicule à Apollon, goguenard. , en Coronis, a une voix pleine, bien menée, autant dans les airs tristes que ceux demandant plus de nervosité (scène 1). remporte un grand succès en Protée : sa voix claire bien projetée est d’une fraîcheur surprenante pour le rôle. La déploration de Triton, sur le devant de la scène, est poignante par les accents d’. La scène 7 révèle alors le comique de scène de Ménandro et de Sirène qui tiennent, avant l’heure, des propos bien féministes. Le finale oppose Apollon et Neptune dont le vainqueur ne peut être que le dieu de la lumière, allusion au souverain français, renvoyant encore cette œuvre plaisante à une dimension politique certaine.

L’orchestre accompagne l’aspect toujours dansant de cette musique aux nombreux effets de tonnerre et de foudre. Agrémenté de castagnettes, de tambourins et de guitares, il se déploie sur un tapis récitatif soyeux, ininterrompu et aux inflexions tantôt rugueuses, tantôt brillantes.

Quand bien même les aspects les plus baroques des partitions vocales peuvent sembler estompés, la découverte d’une œuvre musicale est toujours exaltante et l’on peut se féliciter d’une tournée dans toute la France de cette Coronis enthousiasmante dont l’Opéra-Comique s’est fait l’étendard pour quelques soirées, comme dans un palais d’été « entouré de ronces« .

Crédit photographique: © Stefan Brion

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