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À Genève, un cor anglais pour mémoire

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 21-III-2022. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Ouverture de Nabucco. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n° 1 en la mineur op.77. Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 en mi mineur « du Nouveau Monde » op. 95. Maxim Vengerov, violon. Cameristi della Scala + Musiciens de la HEM Genève. Direction musicale : Wilson Hermanto

Dans l’acoustique peu adaptée aux grands ensembles symphoniques du Bâtiment des Forces Motrices (BFM), le violoniste Maxime Vengerov brille dans Chostakovitch alors qu’une jeune hauboïste brésilienne ravit l’âme du public avec Antonín Dvořák.

Disons le d’emblée, l’augmentation de l’effectif orchestral ( renforcée par les musiciens de la Haute Ecole de Musique de Genève) n’a pas pas apporté un avantage notable. Au contraire. La cohésion, la complicité, la musicalité exacerbée qu’on a pu apprécier de l’ensemble italien lors de précédentes prestations se trouve ici engloutie dans une masse orchestrale dont il est difficile d’extraire le suc émotionnel attendu. De plus, l’acoustique de ce théâtre se révèle peu propice aux grands ensembles symphoniques et ce n’est pas faute à l’énergie démontrée par le chef pour tenter de déjouer les étouffements de brillance.

Déjà dans les premières mesures de l’Ouverture de Nabucco de Giuseppe Verdi, l’ensemble orchestral ne parvient pas à donner le cuivre sonore si particulier à la musique du compositeur italien.

Invité majeur de cette soirée, le violoniste Maxime Vengerov s’attaque alors à un monument de l’œuvre concertante de Chostakovitch avec son Concerto pour violon en la mineur, dont on sait qu’il a dormi dans les tiroirs du compositeur pendant sept longues années avant d’être créé en public. Dans l’interprétation de Maxime Vengerov, on apprécie particulièrement la Passacaglia avec ses accents déchirants que le violoniste domine d’une ampleur de son peu commune. Avec une formidable maîtrise technique, il emmène son monde orchestral dans un vibrant Burlesque final. Alors, on se prend inévitablement au jeu terrible et tragique de la musique de Chostakovitch envahissant le plus profond de l’intime. Peut-être aurait-on attendu une présence plus franche de l’orchestre qui peine à suivre les irrésistibles envolées du violoniste.

Le concert se dirige vers une soirée honnête et satisfaisante pour tout un chacun avec, en conclusion, la belle et populaire Symphonie n° 9 en mi mineur d’Antonin Dvořák, plus connue sous le nom de « Symphonie du Nouveau Monde ». Après un premier mouvement si bien enlevé qu’une partie du public, probablement peu au courant des coutumes du concert symphonique, applaudit dès les dernières notes effacées, on perçoit dans les sourires entendus et les clins d’œil entre les musiciens qu’on est en train de dépasser la routine, que peut-être le public s’investit dans l’écoute plus qu’à l’accoutumée. Serait-ce la main, la patte du chef qui imprime sa passion sur l’orchestre ? Ou les musiciens revivent-ils avec une ferveur accrue des instants de répétitions particulièrement intenses ? Reste que, dans le Largo monte le chant d’un cor anglais dont l’intensité bouleverse. Quel chant ! quelle ampleur ! quel phrasé ! quelle beauté de son ! Un moment magique où le temps semble s’arrêter pour laisser à ce cor anglais l’entier de l’espace autour d’une inexplicable et profonde communion. Cette générosité émotionnelle, cette manière unique d’envoyer ce message planant au-dessus de chacun, c’est le pouvoir d’, une jeune brésilienne de 23 ans certainement promise à un avenir brillant. Les deux derniers mouvements de cette symphonie s’envolent avec l’empreinte de ce moment intensément vécu auparavant. À peine les dernières notes évanouies que le chef se précipite entre les pupitres de l’orchestre pour faire se dresser la jeune femme afin qu’elle reçoive les applaudissements à cette artiste, au sens le plus noble de la parole.

Crédit photographique : © M.Finazzi

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 21-III-2022. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Ouverture de Nabucco. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violon et orchestre n° 1 en la mineur op.77. Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 en mi mineur « du Nouveau Monde » op. 95. Maxim Vengerov, violon. Cameristi della Scala + Musiciens de la HEM Genève. Direction musicale : Wilson Hermanto

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