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Julie de Philippe Boesmans à Nancy : rêve ou réalité ?

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 27-III-2022. Philippe Boesmans (né en 1936) : Julie, opéra en un acte sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, d’après la pièce Fröken Julie (Mademoiselle Julie) de August Strindberg. Mise en scène et décors : Silvia Costa. Collaboration aux décors : Michele Taborelli. Costumes : Laura Dondoli. Lumières : Marco Giusti. Dramaturgie : Simon Hatab. Avec : Irene Roberts, Julie ; Dean Murphy, Jean ; Lisa Mostin, Kristin ; Marie Tassin, Julie qui danse. Orchestre de l’Opéra national de Lorraine, direction musicale : Emilio Pomàrico

Avec une mise en scène qui en révèle le mystère et l’onirisme, l’Opéra national de Lorraine offre à Julie de une passionnante relecture.

Court opéra de chambre à seulement trois personnages, Julie de tire son argument de la pièce Mademoiselle Julie du Suédois August Strindberg. Cette pièce complexe, oscillant entre le vaudeville et la tragédie, dont le sous-titre « une tragédie naturaliste » et le thème apparent de lutte des classes et des sexes peuvent s’avérer réducteurs, comporte une part importante de non-dits, de mystère dans les comportements voire de fantastique. En cette nuit magique de la Saint-Jean suédoise, où les barrières sociales s’effacent et où tous les rêves peuvent se réaliser, pourquoi la dominatrice Julie du début, qui use de son statut et de sa séduction pour conduire Jean dans son lit, se transforme-t-elle en amoureuse transie et faible jusqu’à son suicide final ? Pourquoi Jean, qui paraissait hésitant mais sincèrement épris, devient-il en pleine conscience son destructeur psychologique ? Et quid de Kristin, la fiancée de Jean, qui renonce sans combattre pour se réfugier à l’église ?

La grande force de la mise en scène de est précisément de ne pas tenter d’apporter de réponses à ces questions. Également performeuse et plasticienne, elle a aussi réalisé avec Michele Taborelli le décor qui dessine un univers irréaliste et onirique. Tout en noir et blanc, l’espace est cloisonné de panneaux mobiles qui enferment les personnages ou a contrario leur ouvrent l’étendue des possibles. Les lumières crues et latérales de Marco Giusti, les fumées, les contre-jours en accentuent le caractère expressionniste. Les gestes sont stylisés, ritualisés et une danseuse double le personnage de Julie, « Julie qui danse » dans le programme, Julie enfant et peut-être encore innocente (quoiqu’elle porte déjà son poignard dans le dos), dont la Julie adulte prendra le costume pour sa déchéance et son suicide. Très éloignée du réalisme de Luc Bondy lors de la création de l’œuvre à Bruxelles en 2005 puis l’été suivant au Festival d’Aix-en-Provence (dont garde trace un DVD), en propose une nouvelle lecture très aboutie, puissante et féconde.

est une parfaite Julie, impénétrable de bout en bout, à la vocalité solide et prégnante. est tout aussi convaincant dans le rôle de Jean dont il assure la rigidité scénique du valet comme le tranchant et la netteté de l’accent. En Kristin, la soprano a fort à faire avec les nombreuses coloratures et écarts vocaux que lui impose Philippe Boesmans mais elle s’en sort avec talent. La fragilité de certains suraigus sied même bien à son personnage. Chez tous, la prononciation du texte allemand reste parfaitement intelligible.

Grand défenseur de la musique contemporaine dont il a assuré de nombreuses créations et collaborations, dirige d’une main experte et sûre l’Orchestre de l’Opéra national de Lorraine. On demeure impressionné par l’extraordinaire versatilité de l’orchestre qui, loin de sa zone de confort habituelle, dans une instrumentation resserrée qui expose chaque musicien, réalise une remarquable performance saluée même par le compositeur présent aux saluts. Coproduit avec l’Opéra de Dijon, ce spectacle très réussi y sera redonné en mai prochain.

Crédits photographiques : (Julie), (Jean), Marie Tassin (Julie qui danse) © Jean-Louis-Fernandez

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 27-III-2022. Philippe Boesmans (né en 1936) : Julie, opéra en un acte sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger, d’après la pièce Fröken Julie (Mademoiselle Julie) de August Strindberg. Mise en scène et décors : Silvia Costa. Collaboration aux décors : Michele Taborelli. Costumes : Laura Dondoli. Lumières : Marco Giusti. Dramaturgie : Simon Hatab. Avec : Irene Roberts, Julie ; Dean Murphy, Jean ; Lisa Mostin, Kristin ; Marie Tassin, Julie qui danse. Orchestre de l’Opéra national de Lorraine, direction musicale : Emilio Pomàrico

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