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Création mondiale de Julie de Philippe Boesmans à la Monnaie : la passe de quatre ?

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Bruxelles, Théâtre royal de La Monnaie. 30-III-2005. Philippe Bœsmans (né en 1936) : Julie, opéra en un acte sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger. Mise en scène : Luc Bondy ; décor : Richard Peduzzi ; costumes : Rudy Sabounghi ; éclairages : Geoffrey Layton. Avec : Tove Dahlberg, Julie ; Davide Damiani, Jean ; Hendrickje van Kerckhove, Kerstin. Orchestre de chambre de La Monnaie, direction : Kazushi Ono

La création du nouvel opus lyrique du compositeur belge était sans aucun doute le sommet de l’édition 2005 du festival Ars Musica. Compositeur en résidence au Théâtre royal de la Monnaie, le sexagénaire flamand lui a réservé l’exclusivité de ses premières d’opéra : La Passion de Gilles (1983), Reigen (1993) et Wintermärchen (1999) sans oublier l’orchestration de L’incoronazione di Poppea de Monteverdi (1989). Il est encourageant de constater que ses opéras commencent à s’inscrire au répertoire des théâtres lyriques : Wintermärchen a été repris à Paris, Lyon et Barcelone alors qu’une version de chambre de Reigen par Fabrizio Cassol est présentée en Alsace, à Paris et Lausanne. Ce n’est que justice tant ce créateur réussit à installer un langage particulièrement fascinant en marge des différentes modes. Pour cette création mondiale, Bœsmans retrouve son compère depuis Reigen : le metteur en scène suisse , auteur de la scénographie mais aussi, comme c’est son habitude avec son ami belge, du livret (en collaboration avec sa compatriote Marie-Louise Bischofberger). Le choix des artistes s’est ainsi porté sur la pièce Fröken Julie du norvégien August Strindberg, célèbre huit clos entre trois personnages qui pousse au suicide, la nuit de la Saint-Jean, Mademoiselle Julie.

Bœsmans avoue avoir été fasciné par l’expressionnisme sous-jacent du texte. Cependant, même si la langue choisie, pour ses vertus musicales, est encore l’allemand, le ton est moins directement expressionniste que dans le très « bergien » Wintermärchen. L’orchestre de Julie se limite à un ensemble instrumental avec une nomenclature proche de celle de l’Ensemble Intercontemporain. Le ton est particulièrement frais et léger, Bœsmans utilise avec un talent confondant les différents timbres des musiciens de la Monnaie. L’orchestre, particulièrement évocateur, devient presque un quatrième personnage de l’action. L’écriture vocale apparaît tout aussi facile, presque trop même tant le compositeur, en véritable magicien des sons, se joue des mélodies. Si, pour ces aspects là, Julie fascine, on reste plus circonspect par la structure en un acte de cette partition de chambre d’une heure vingt environ. La pièce de Strindberg suit progressivement, tel un crescendo, la déchéance de Julie, alors que dans l’opéra, l’action paraît figée pour s’accélérer soudainement dans un dernier quart d’heure, trop riche en péripéties. La mise en scène est une grande réussite. Bondy n’est jamais plus à son aise que dans ces univers de bourgeois dépressifs. Très simple et direct, son travail sert chaque instant de l’action et il s’inscrit, à merveille, dans le décor unique d’un blanc immaculé de .

Deux distributions étaient proposées pour cette création. La seconde présentée le soir du 30 mars amène malheureusement de sérieuses réserves. Le premier casting était dominé par l’impressionnante mezzo-soprano suédoise qui faisait corps avec le rôle au point de s’identifier, tant musicalement que physiquement, à Julie. Sa compatriote Tove Dahlberg, ne démérite pas, elle doit être assurément une charmante Dorabella ou un Cherubino de style, mais, desservie par sa petite taille, elle ne s’impose pas en Julie. Vocalement, si la jeune chanteuse se joue des difficultés du rôle, elle n’atteint pas les sommets de Malena Erman. En Kristin, la soprano belge souffre aussi de la comparaison avec la chanteuse de la première distribution : . Notre jeune compatriote est un peu trop en retrait dans les vocalises extrêmes de son rôle et son physique la ferait plus passer pour Julie que pour une petite fiancée de domestique. L’Italien a incontestablement la stature du rôle mais il est handicapé par une prononciation défaillante.

Dans la fosse, est en symbiose avec la richesse des timbres de la partition et il tire des nuances d’une infinie richesse d’un orchestre de chambre de la Monnaie en très grande forme. Un spectacle intéressant à revoir en juin à Vienne et cet été en ouverture du festival d’Aix-en-Provence.

Crédit photographique : (c) Ruth Walz

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Bruxelles, Théâtre royal de La Monnaie. 30-III-2005. Philippe Bœsmans (né en 1936) : Julie, opéra en un acte sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger. Mise en scène : Luc Bondy ; décor : Richard Peduzzi ; costumes : Rudy Sabounghi ; éclairages : Geoffrey Layton. Avec : Tove Dahlberg, Julie ; Davide Damiani, Jean ; Hendrickje van Kerckhove, Kerstin. Orchestre de chambre de La Monnaie, direction : Kazushi Ono

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