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Emphase et théâtralité pour une nouvelle version du Stabat Mater de Rossini

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Stabat Mater. Maria Agresta, soprano ; Daniela Barcellona, mezzo-soprano ; René Barbera, ténor ; Carlo Lepore, basse ; Wiener Singverein (chef de chœur : Johannes Prinz) ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Gustavo Gimeno. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en décembre 2019 au Grand Auditorium de la Philharmonie Luxembourg. Texte de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 56:18

 

Au sein d’une abondante discographie, l’ propose sa propre version d’une œuvre dont il souligne l’emphase et le caractère dramatique. Beau quatuor de solistes, qui ne fera pas oublier les superstars de certaines versions précédentes.

À l’instar du Requiem de Verdi, autre « opéra en habits ecclésiastiques » selon la célèbre formule de Hans von Bülow, c’est surtout pour son quatuor de solistes qu’on recherche généralement le Stabat Mater de Rossini. Plus proche du grand opéra que de la musique sacrée, l’ouvrage est en effet particulièrement exigeant en termes de prouesses vocales, et tous les grands gosiers de ces dernières décennies ont souhaité s’y illustrer. Les chanteurs réunis sur ce CD ne déméritent pas, même si l’on trouvera ailleurs, au gré des différentes versions enregistrées, des performances plus éblouissantes. Très exposé avec le contre-ré bémol du « Cujus animam », le ténor affiche ainsi un timbre rayonnant et arbore une belle ligne rossinienne. Il parvient également à éviter l’excès de brillant, et il sait trouver les belles couleurs mélancoliques qui conviennent au texte de l’ouvrage. dispose quant à lui d’une voix de basse caverneuse, dont il use avec un sens dramatique peut-être légèrement trop appuyé dans le « Eja Mater ». Du côté féminin, la mezzo-soprano n’a pas le soyeux vocal de certaines de ces devancières, mais elle possède toute l’intensité que l’on attend dans le « Fac ut portem ». La soprano dispose quant à elle d’un instrument sombre et idéalement projeté, capable des trilles et vocalises qui font défaut à tant de voix véritablement verdiennes. Si chacun des chanteurs rend justice à son solo, les quatre voix sont peut-être légèrement déséquilibrées dans les ensembles, certains – notamment la basse – ayant tendance à dominer les autres en termes de volume vocal et d’intensité dramatique.

La présence de quatre solistes aux parties particulièrement opératiques ne doit pas faire oublier que, comme pour le Requiem de Verdi, c’est le chœur qui reste le protagoniste essentiel du Stabat Mater. À cet égard, le Wiener Singverein est sans doute un des ensembles choraux idéaux pour une telle partition. On ne sait ce qu’il faut admirer le plus entre la justesse et la précision des attaques, l’homogénéité de la masse sonore ou le travail sur les nuances. À la tête de l’. propose une lecture emphatique de l’œuvre, veillant à soigner la savante architecture des contrastes dans les volumes sonores. Les cuivres sont particulièrement mis en avant. Sans doute la dimension spirituelle du Stabat Mater, qu’avaient su faire ressortir au disque des chefs comme Kertesz, Giulini ou Pappano, est-elle moins marquée que dans d’autres versions. On n’en appréciera pas moins cette lecture quelque peu louis-philipparde, remarquable par son emphase et sa démesure dramatique.

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Gioachino Rossini (1792-1868) : Stabat Mater. Maria Agresta, soprano ; Daniela Barcellona, mezzo-soprano ; René Barbera, ténor ; Carlo Lepore, basse ; Wiener Singverein (chef de chœur : Johannes Prinz) ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Gustavo Gimeno. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en décembre 2019 au Grand Auditorium de la Philharmonie Luxembourg. Texte de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 56:18

 
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