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Lancelot à Saint Etienne : engagé

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Saint Etienne. Grand Théâtre Massenet. 8-V-2022. Victorin Joncières (1839-1903) : Lancelot, opéra en quatre actes sur un livret de Louis Gallet et Edouard Blau. Mise en scène : Jean-Romain Vesperini. Scénographie : Bruno de Lavenère. Costumes : Bruno de Lavenère, Jean-Romain Vesperini. Lumières : Christophe Chaupin. Chorégraphie : Maxime Thomas. Avec : Thomas Bettinger, Lancelot ; Tomasz Kumiega, Arthus ; Frédéric Caton, Alain de Dinan ; Philippe Estèphe, Markhoël ; Camille Tresmontant, Kadio ; Anaïk Morel, Guinèvre ; Olivia Doray, Elaine. Choeur Lyrique Saint-Etienne Loire, direction : Laurent Touche. Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, direction : Hervé Niquet

Dans le cadre des journées Tous à l’Opéra, l’Opéra de Saint-Étienne ose une recréation audacieuse de l’opéra Lancelot de , absent des scènes depuis sa création en 1900.

C’est en effet, lors d’un week-end ensoleillé avec l’organisation d’ateliers (création de costumes et de décors, visites des coulisses ou encore vente de costumes d’anciennes productions) que l’institution a donné cette nouvelle production d’un compositeur bien peu connu. L’Opéra de Saint-Étienne avait déjà présenté une autre rareté, Dante de Benjamin Godard, et c’est tout à l’honneur de cette maison que de continuer de proposer des œuvres lyriques oubliées, à coté d’œuvres plus connues. C’est d’ailleurs également avec les forces vives de l’infatigable centre de recherches Palazzetto Bru Zane que la partition a été éditée et mise à disposition. Cette conjonction des énergies est donc une entreprise rare et précieuse pour explorer des aspects méconnus de certaines périodes musicales.

Le sujet de Lancelot est un prétexte à la narration d’amours contrariées et de luttes intestines entre des camps opposés, sans que pour autant l’aspect médiéval ne soit réellement exploité, mis à part quelques marches triomphales et des pages chorales importantes. Il s’agit avant tout d’un grand opéra, un genre auquel appartiennent Les Huguenots de Meyerbeer ou La Juive d’Halévy, d’écriture plus tardive. Cela donne une partition hybride, pas tout à fait tournée vers la mélodie italienne, ni vers les tentatives impressionnistes françaises et encore moins vers un germanisme wagnérien (en dépit d’un sujet qui pourrait l’être). En ressortent quelques airs notables (un beau duo entre la reine Guinèvre et Arthus, la rencontre Elaine et Guinèvre, le ton martial des chœurs au premier acte), une action resserrée suscitant un constant intérêt, des typologies vocales assurément éprouvantes, mais finalement assez peu d’éléments saillants ou marquants.

Pour relever le défi de cette production entièrement réalisée par les ateliers de l’Opéra de Saint-Étienne, la mise en scène de reprend la table ronde d’Akhnaten à Nice, en l’agrémentant d’une reproduction de la table ronde de l’Abbaye de Winchester du XIIIᵉ siècle avec le nom des chevaliers, qui sert de plateau tournant sur lequel chœurs et solistes évoluent. Encadrant la scène, de larges pans de murs reproduisent une fresque d’Edward Burne-Jones fortement évocatrice. Un grand opéra se caractérise également par des pages de ballet, coupées ici en partie (autant dans un souci de dynamique dramaturgique que dans un souci pratique visant à diminuer l’effectif du corps de ballet). La chorégraphie de Maxime Thomas est agréable. On note quelques emprunts de figure (on peut reconnaître l’Apollon Musagète de Balanchine, la Belle au Bois Dormant) sur une musique chatoyante et manifestement écrite pour la danse.

Le ténor chante Lancelot admirablement dans un rôle long et difficile, oscillant entre une tessiture lyrique et des accents de force. La mezzo-soprano , en Guinèvre, met le premier acte à échauffer sa voix pour finalement être impressionnante dans la seconde partie du spectacle où les écarts de tessiture et l’écriture basse du rôle appellent un médium et un grave fournis. C’est regrettable que sa voix et celle de la soprano (le second rôle féminin en Elaine ne se différencie pas suffisamment, brouillant les lignes dans leur duo. Toutefois cette dernière se défend admirablement dans un rôle un peu monolithique, devant faire face à un amour contrarié à peine éclos. Tomasz Kumiega, en Arthus, doit incarner un roi bafoué et trahi et c’est parfois dans un français un peu hésitant que les intentions sont peu saisissables, mais la voix du baryton polonais est égale sur l’ensemble de la tessiture et suffisamment présente pour dévoiler une noblesse de ton.

Le travail d’, fidèle accompagnateur de ces redécouvertes du XIXᵉ siècle par le Palazzetto Bru Zane, est de défendre avec une forte conviction la densité de l’écriture orchestrale. Il peut compter en cela sur l’investissement de l’.

Ce Lancelot est donc, au-delà du plaisir de la redécouverte d’une belle œuvre, un spectacle passionné, porté à bout de bras par des artistes engagés et par une direction artistique estimable.

Crédit photographique : Tomasz Kumiega, © Cyrille Cauvet

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Saint Etienne. Grand Théâtre Massenet. 8-V-2022. Victorin Joncières (1839-1903) : Lancelot, opéra en quatre actes sur un livret de Louis Gallet et Edouard Blau. Mise en scène : Jean-Romain Vesperini. Scénographie : Bruno de Lavenère. Costumes : Bruno de Lavenère, Jean-Romain Vesperini. Lumières : Christophe Chaupin. Chorégraphie : Maxime Thomas. Avec : Thomas Bettinger, Lancelot ; Tomasz Kumiega, Arthus ; Frédéric Caton, Alain de Dinan ; Philippe Estèphe, Markhoël ; Camille Tresmontant, Kadio ; Anaïk Morel, Guinèvre ; Olivia Doray, Elaine. Choeur Lyrique Saint-Etienne Loire, direction : Laurent Touche. Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, direction : Hervé Niquet

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