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Pieter Wispelwey et les Métamorphoses investissent Weinberg

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Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Concertino pour violoncelle op. 43bis ; Fantaisie pour violoncelle et orchestre op. 52 ; Symphonie de chambre n° 4 op. 153. Pieter Wispelwey, violoncelle ; Jean-Michel Charlier, clarinette ; Les Métamorphoses, direction : Raphaël Feye. 1 CD Evil Penguin Classic. Album couverture cartonnée rigide, livret quadrilingue richement illustré de photographies des séances d’enregistrement et d’illustration poétique de Peter de Bruyne. Contenu numérique supplémentaire (vidéo d’enregistrement) accessible par QR code. Enregistré du 28 juin au 1er juillet 2021 au MC De Bijloke, Gand (Belgique). Durée : 68:27

 

et l’ensemble signent un album Weinberg remarquable de couleurs et d’investissement dans la profondeur du son. 

Les trois œuvres de réunies dans cet album ne doivent rien au hasard, puisqu’elles avaient constitué le couronnement d’un grand weeek-end consacré fin 2019 à Bruxelles par la biennale Chamber Music for Europe à l’occasion du centenaire de la naissance du compositeur. Si l’interprétation en concert avait reçu tous les éloges de notre collègue, la captation en studio réalisée à l’été 2021 et proposée dans cet album combine la vitalité et l’unité que donne l’expérience de l’interprétation en public, avec le soin intense apporté à chaque note et inflexion que permet le temps long de l’enregistrement.

Le Concertino pour violoncelle op. 43 bis, composé en 1948 comme le Concerto pour violoncelle op. 43 (qui fut créé par Rostropovitch en 1957) avait été oublié de tous et ne fut découvert qu’en 2016, 20 ans après la disparition du compositeur. Il fut alors enregistré rapidement par la violoncelliste , qui a connu Weinberg, et publié dès 2018 par le courageux label de Saint-Pétersbourg Northern Flowers. La comparaison des des deux enregistrements est éclairante : là où les musiciens russes – à l’instar d’un Rostropovitch – tiennent l’émotion et les accents klezmer à distance pour mieux faire ressortir le classicisme de cette musique et la rattacher à toute la musique russe, et les musiciens des Métamorphoses vont plus profondément dans l’exploration psychologique et travaillent à restituer – sans sentimentalisme – le substrat tragique de la vie du compositeur (la fuite du nazisme pour subir ensuite l’antisémitisme de l’État soviétique). Le résultat de ce choix interprétatif est un impact émotionnel plus fort, bien que pudique. C’est comme si on rendait à la musique de Weinberg une identité plus riche, plus complexe, on oserait dire plus présente dans le double sens de présence et d’actualité. De quelques années plus tardives, la Fantaisie pour violoncelle et orchestre op. 52 est moins lyrique et moins immédiatement prenante que le Concertino, mais elle garde ces accents polonais et populaires et cette finesse d’écriture qui retiennent l’attention.

L’album se conclut par la dernière œuvre de Weinberg, la Symphonie de chambre n°4 op. 153. Comme toutes les pièces de maturité, l’heure n’est plus – et depuis longtemps – à l’immédiateté et à la facilité. Mais placée ainsi après le Concertino et la Fantaisie, il n’y a pas de rupture, simplement une évolution. Cette continuité s’explique aussi par le fait que ces quatre symphonies de chambre sont elles-mêmes des retours en arrière, reprenant des compositions de jeunesse. Elles ont fait l’objet d’un enregistrement intégral par Gidon Kremer et la Kremerata Baltica (ECM, 2017) et Rostislav Krimer et l’East-West Chamber Orchestra (Naxos 2019 pour les n° 1 et 3, et 2021 pour les n° 2 et 4), le second défendant une approche plus raffinée et poétique. Face à ces concurrents letton et biélorusse qui ont pour eux l’avantage de l’ancrage culturel originel, les musiciens des Métamorphoses investissent la musique de Weinberg avec une approche d’Europe de l’Ouest qui se nourrit d’un travail sur la mémoire et sur l’histoire. Là où les versions occidentales de la musique de Chostakovitch dans les années 1950 à 80 pouvaient paraitre moins habitées que celles de l’autre côté du rideau de fer, cette caractéristique ne se retrouve pas avec Weinberg, pourtant si proche. Weinberg est un musicien polonais, slave, juif, et d’Europe centrale, et s’il a passé sa vie d’adulte en URSS, il n’a jamais oublié ses origines. Dès lors, un violoncelliste néerlandais, un chef et un ensemble belges développant une approche sensible peuvent apporter une vision différente et au moins aussi pertinente de ce répertoire.

Espérons que cette réussite – doublée d’une édition luxueuse façon livre, avec couverture rigide et épais livret richement illustré – donnera à ces interprètes l’envie de continuer à s’approprier la musique de Weinberg, car ils lui apportent un relief et une attraction particulières.

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Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Concertino pour violoncelle op. 43bis ; Fantaisie pour violoncelle et orchestre op. 52 ; Symphonie de chambre n° 4 op. 153. Pieter Wispelwey, violoncelle ; Jean-Michel Charlier, clarinette ; Les Métamorphoses, direction : Raphaël Feye. 1 CD Evil Penguin Classic. Album couverture cartonnée rigide, livret quadrilingue richement illustré de photographies des séances d’enregistrement et d’illustration poétique de Peter de Bruyne. Contenu numérique supplémentaire (vidéo d’enregistrement) accessible par QR code. Enregistré du 28 juin au 1er juillet 2021 au MC De Bijloke, Gand (Belgique). Durée : 68:27

 
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