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Daniele Gatti puissant en tournée avec les Münchner Philharmoniker

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Paris. Philharmonie de Paris ; Grande Salle Pierre Boulez. 16 & 17.V.2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 29 en la majeur K.201. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 5 en ré majeur, op. 47. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon n°1 en sol mineur, op. 26. Renaud Capuçon, violon. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 9 en ré mineur ; version Nowak 1951. Münchner Philharmoniker, direction : Daniele Gatti

En remplaçant Valery Gergiev pour la tournée des Münchner Philharmoniker, apporte une intensité impressionnante dans une Symphonie n° 5 de Chostakovitch d’une rare puissance.


Si Anna Netrebko s’est repositionnée par rapport au conflit russo-ukrainien et retrouve les scènes européennes depuis fin avril, il semble que les positions de Valery Gergiev l’ont éloigné pour longtemps de ces mêmes salles. C’est donc , en pleine répétition d’Ariadne auf Naxos à Florence, qui parvient à se libérer une semaine pour emmener des Münchner Philharmoniker superbes de plénitude sonore dans l’acoustique de la Philharmonie de Paris.

Programmée en deux concerts, la tournée ne propose qu’un ouvrage concertant en première partie. Le concert du lundi s’ouvre avec une symphonie classique, la 29ème de Mozart. À son habitude, Daniele Gatti entre dans l’œuvre avec un son condensé, dont on pourra regretter le manque d’aération, notamment au Menuetto, mais d’où ressort un geste particulièrement élégant et toujours parfaitement adapté, non seulement dans une vision globale, mais aussi dans la mise en avant des accents et phrasés mozartiens. Gêné par quelques personnes qui applaudissent entre chaque mouvement, le chef parvient à lier les deux derniers pour éviter l’interruption, et trouve alors une véritable liberté dans le finale, porté par les splendides solos du hautbois.

Le mardi, entame le concert avec le Concerto pour violon n°1 de Bruch pour lequel on lui connait un très bon enregistrement chez Erato (2016), avec Paavo Järvi et l’Orchestre de Paris. Là encore, Gatti recherche un son dense et s’accorde ici à offrir un tapis ample pour laisser le soliste français dérouler les magnifiques sonorités de son Guarneri 1737. Le jeu pourrait être plus délié pour l’Allegro moderato, mais la beauté pure de l’Adagio et la dynamique du Finale ne peuvent que convaincre, avant que Capuçon n’offre en bis une douce Mort d’Orphée de Gluck, dans la transcription de Kreissler jouée sans accompagnement.


En secondes parties de soirées, les grandes symphonies sont à l’honneur et le premier concert affiche la 5ème de Chostakovitch. Là encore, le geste de Gatti pourra perturber par sa pression permanente ne laissant aucun répit. Cette approche – encore plus fascinante lorsqu’elle est proposée avec les formations de l’ancienne Allemagne de l’Est – ne bénéficie pas de la même noirceur avec les sonorités toujours somptueuses de Munich. Pour autant, la gravité des contrebasses impressionne dès l’introduction du Moderato pour nous plonger dans un climat bien plus puissant que lors des dernières interprétations de l’œuvre dans cette même salle, à commencer par celle de Jansons avec l’autre grande formation munichoise en 2019. Seul Bychkov et le Concertgebouw auront peut-être ces dernières années réussit à emmener encore plus loin le Largo, tandis que l’Allegretto et surtout l’Allegro non troppo bénéficient à présent à plein de la compacité des cordes, de la ferveur des cuivres, ainsi que de percussions implacables.

Aussi marquante, la petite harmonie ressort tout autant de la grande symphonie brucknérienne du lendemain, une 9ème d’une rare densité, cependant encore très tendue au Feierlich, tout de suite entrainé vers des sphères sombres, tout juste éclaircies par des cors d’une teinte déjà proche des wagnertuben utilisés ensuite. Dans la continuité des constructeurs de grandes masses sonores, Giulini ou Klemperer par exemple, Daniele Gatti redonne à la formation passée par les mains expertes de Celibidache et Thielemann un blason disparu depuis avec Maazel et Gergiev.

Très pesante au Scherzo, l’ultime partition de Bruckner trouve une force dans la gestuelle du chef milanais, sans baguette pour ce mouvement, que seul Christian Thielemann, peut amener à un tel niveau aujourd’hui. C’est cette même impression qui ressort de l’Adagio, parfaitement en accord avec la dédicace de l’œuvre : « An der Gott » (À Dieu) : les tuben y décuplent les accords écrits à l’orchestre comme pour l’orgue, avec une définition rare de certaines parties, superbement développées par les cordes et les bois, dont la flûte solo, déjà mise en valeur au début de l’œuvre et toujours aussi magnifique pour initier la coda, sous les coups intenses du timbalier.

Crédits photographiques : © ResMusica

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Paris. Philharmonie de Paris ; Grande Salle Pierre Boulez. 16 & 17.V.2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 29 en la majeur K.201. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 5 en ré majeur, op. 47. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon n°1 en sol mineur, op. 26. Renaud Capuçon, violon. Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 9 en ré mineur ; version Nowak 1951. Münchner Philharmoniker, direction : Daniele Gatti

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