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La Flûte enchantée en bande dessinée à l’Opéra de Rouen

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Rouen. Théâtre des Arts. 10-VI-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), opéra en deux actes (1791) sur un livret d’Emanuel Schikaneder. Mise en scène et Chorégraphie : Pierre Rigal. Décors : Frédéric Stoll. Costumes : Roy Genty et Adélaïde Le Gras. Lumières : Christophe Bergon. Avec : Juan Francisco Gatell, Tamino ; Elisabeth Boudreault, Pamina ; Benjamin Appl, Papageno ; Galina Benevich, La Reine de la Nuit ; Julie Martin du Rheil, Première Dame ; Victoire Bunel, Deuxième Dame ; Victoria Massey, Troisième Dame ; Krzytsztof Baczyk, Sarastro ; Enguerrand de Hys, Monostatos ; Sandrine Buendia, Papagena ; Simon Shibambu, l’Orateur ; Kaëlig Boché et Paul Grant, Les Prêtres ; May Hilaire, Mozart ; Matthias Hejnar, Schikaneder. Chœur Accentus/Opéra de Rouen. Maitrise des Hauts de Seine. Orchestre de l’Opéra Rouen Normandie, direction : Ben Glassberg

Pour sa première mise en scène d’opéra, le chorégraphe et danseur choisit de faire de l’opéra de Mozart une vaste bande dessinée : une démarche qui ne va pas sans certains écueils…

Toute la difficulté de la mise en scène de La Flûte enchantée tient bien sûr au respect de ses deux composantes essentielles : le conte qui en souligne le caractère populaire (Création au Teater an der Wieden le 30 septembre 1791 dans les faubourgs populaires de Vienne) et le plaidoyer pour la quête maçonnique si chère au compositeur (initiation le 14 décembre 1784 dans la Loge « La Bienfaisance ») qui en détermine toute l’ambition philosophique. Difficile dilemme que peine à résoudre, hésitant entre farce et simplification abusive faussement didactique…

Malgré son incomplétude, il faut bien reconnaitre une certaine cohérence formelle à cette mise en scène en forme de livre d’images animées : décors de carton-pâte et costumes hauts en couleurs, beaux éclairages, chorégraphie omniprésente, direction et jeux d’acteur irréprochables. On regrettera toutefois certains choix discutables comme la vidéo faussement pédagogique, les récitatifs en français déclamés en fond de scène par Mozart et Schikaneder (!) qui ralentissent le cours de l’action, Monostatos en livreur de pizza à vélo qui met à mal la nécessaire intemporalité de la fable ou le temple de Sarastro transformé en Station-service pour des raisons qui nous échappent, sans oublier quelques évocations maçonniques erronées ou quelques clins d’œil japonisants hors de propos quand on sait que Mozart a été initié selon un rite égyptien…

La distribution vocale, globalement satisfaisante, est dominée par en Papageno qui recueille tous les suffrages aux saluts par son abattage scénique et vocal mettant en parfaite adéquation ramage et plumage après sa saisissante arrivé en deltaplane ! Plus réservé et manquant quelque peu d’envergure scénique le Tamino de semble bien loin de son personnage, ressemblant plus à un Tintin déboussolé qu’au vaillant Prince capable de défier la mort. Vocalement la prestation est honorable malgré un timbre quelque peu nasillard, un certain manque de legato et une ligne de chant excessivement rigide. En revanche, campe une Pamina qui séduit immédiatement par son costume rose bonbon (sorte d’Alice au pays des Merveilles) comme par son chant lumineux et nuancé, à l’instar de La Reine de la Nuit de qui assume avec facilité, vaillance et justesse ses vocalises stratosphériques. Le Sarastro de manque singulièrement de charisme malgré des graves abyssaux bien timbrés. La malicieuse et pétillante Papagena de Sandrine Buendia, le fourbe et retors Monostatos d’, les Trois Dames (Julie Martin du Rheil, Victoire Bunel, Victoria Massey), l’Orateur (Simon Shibambu), les Trois garçons issus de la Maitrise des Hauts de Seine et le Chœur Accentus/ Opéra de Rouen Normandie complètent avantageusement ce casting.

Dans la fosse , discret et efficace à la tête de l’orchestre de l’opéra sert cette production ludique avec mesure dans le plus grand respect des équilibres avec les chanteurs.

Crédit photographique : © Marion Kerno / Agence Albatros

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Rouen. Théâtre des Arts. 10-VI-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), opéra en deux actes (1791) sur un livret d’Emanuel Schikaneder. Mise en scène et Chorégraphie : Pierre Rigal. Décors : Frédéric Stoll. Costumes : Roy Genty et Adélaïde Le Gras. Lumières : Christophe Bergon. Avec : Juan Francisco Gatell, Tamino ; Elisabeth Boudreault, Pamina ; Benjamin Appl, Papageno ; Galina Benevich, La Reine de la Nuit ; Julie Martin du Rheil, Première Dame ; Victoire Bunel, Deuxième Dame ; Victoria Massey, Troisième Dame ; Krzytsztof Baczyk, Sarastro ; Enguerrand de Hys, Monostatos ; Sandrine Buendia, Papagena ; Simon Shibambu, l’Orateur ; Kaëlig Boché et Paul Grant, Les Prêtres ; May Hilaire, Mozart ; Matthias Hejnar, Schikaneder. Chœur Accentus/Opéra de Rouen. Maitrise des Hauts de Seine. Orchestre de l’Opéra Rouen Normandie, direction : Ben Glassberg

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