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Tosca à Nancy : Au cœur du drame

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 22-VI-2022. Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Silvia Paoli. Décors : Andrea Belli. Costumes : Valeria Donata Bettella. Lumières : Fiammetta Baldiserri. Avec : Salome Jicia, Floria Tosca ; Rame Lahaj, Mario Cavaradossi ; Daniel Miroslaw, le Baron Scarpia ; Tomasz Kumięga, Cesare Angelotti ; Daniele Terenzi, le Sacristain ; Marc Larcher, Spoletta ; Jean-Vincent Blot, Sciarrone ; Yong Kim, un Geôlier ; Heera Bae : un Berger. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Guillaume Fauchère) ; Chœur d’enfants du Conservatoire régional du Grand Nancy (préparation vocale : Christine Bohlinger) ; Orchestre de l’Opéra national de Lorraine ; direction : Antonello Allemandi

Dans un décor épuré, centre l’attention sur les passions humaines et le théâtre. Elle est servie par l’engagement intense de la distribution et la direction experte d’.

Pour sa première mise en scène en France, trouve en Tosca l’occasion d’exprimer sa finesse dramaturgique et la précision de sa direction d’acteurs. Le décor d’Andrea Belli est réduit à l’essentiel : l’échafaudage du peintre à Sant’Andrea della Valle, une table de convives au Palais Farnèse et le plateau nu pour le Château Saint-Ange, dont les parois mobiles dessineront la geôle de Mario Cavaradossi. De rares scènes s’écartent de ce minimalisme choisi. Ainsi, pour le Te Deum qui clôt le premier acte, chœur et figurants se rassemblent peu à peu en un tableau vivant assez saint-sulpicien de la Crucifixion de Saint André, inspiré par la toile de Mattia Preti qui orne in loco l’abside de Sant’Andrea della Valle. De même, la longue séquence musicale du lever du jour sur Rome au III est occupée par un superbe contre-jour sur des danseurs qui se réunissent pour figurer une Pietà ou une Descente de Croix puis un amoncellement de corps victimes de l’oppression, qui se transformera à la fin en tas de squelettes et où expireront aussi Cavaradossi puis Tosca (laquelle se suicide d’un coup de pistolet). Les costumes années 30 de Valeria Donata Bettella, les éclairages choisis de Fiammetta Baldiserri contribuent eux aussi à se concentrer sur les protagonistes du drame et sur l’action théâtrale.

Car ce sont eux qui intéressent avant tout Silvia Paoli et c’est là qu’elle montre toutes ses qualités. De Scarpia, à propos duquel elle note fort justement que son thème ouvre l’œuvre et que la dernière phrase de Tosca lui est adressée, elle fait le personnage central et moteur. Un Scarpia jeune d’allure et de prestance, suivi dans ses basses œuvres par une escouade de sbires noirs reptiliformes et anonymisés par des bas faciaux, mais qui s’appuie sur l’Eglise pour assurer son pouvoir. Trois cardinaux partagent sa table (Sciarrone est même l’un d’eux) et des nonnes sont à son service y compris sexuel. Le baryton-basse s’investit ardemment dans cette conception scénique grâce à ses considérables talents d’acteur, toujours attentif, mobile et réactif aux autres. Le grain vocal est doté de la noirceur idoine pour « Ha più forte sapore » ou « Già, mi dicon venal », la projection amplement suffisante pour la jauge de l’opéra de Nancy et l’aigu percutant lui assure un Te Deum dominé et impeccable après une entrée à froid « Un tal baccano in chiesa! » un peu plus en retrait.

La présence et la crédibilité scéniques de en Tosca sont tout aussi abouties. Toute la fin du second acte avec son combat face à un tel Scarpia en devient un formidable moment de théâtre et le sommet de la soirée. Vocalement, le rôle est brillamment assumé jusqu’au registre grave sonore et jamais poitriné, avec un éclat métallique du timbre et des aigus tranchants qui donnent force et impact à son incarnation. Le Mario Cavaradossi de est plus traditionnel. Quelques tics gestuels persistent comme ces bras écartés pour lancer les aigus, l’engagement est moindre ou plus convenu en dépit d’une présence scénique parfaitement adaptée au rôle. Le medium reste parfois dans la gorge mais l’aigu se libère avec brillance et lui assure le succès de « Recondita armonia » ou surtout de « E lucevan le stelle ». Tous les seconds rôles sont parfaitement dessinés et incarnés, qu’il s’agisse de l’Angelotti bien sonore de , du virevoltant Sacristain de , du Spoletta veule et inquiétant à souhait de ou du Pâtre poétique chanté hors scène par Heera Bae.

En grand spécialiste du répertoire italien, contribue lui aussi au dramatisme et à l’impact du spectacle. Fin coloriste, sans brutalité dans les contrastes mais avec délicatesse dans les progressions, toujours soucieux de l’équilibre entre fosse et plateau, il réalise un sans faute. L’Orchestre de l’Opéra de Lorraine y répond avec conviction, un bel engagement et une franche réussite globale malgré encore un manque d’homogénéité et de suavité aux cordes aiguës ainsi que d’assurance aux cors. Superbe prestation du Chœur de l’Opéra national de Lorraine, grandiose et puissant, et accueil quasi triomphal du public y compris pour l’équipe de mise en scène.

Crédits photographiques : (Scarpia), (Tosca) / (Tosca), (Cavaradossi), (Spoletta) © Jean-Louis-Fernandez

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Nancy. Opéra national de Lorraine. 22-VI-2022. Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en trois actes sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa. Mise en scène : Silvia Paoli. Décors : Andrea Belli. Costumes : Valeria Donata Bettella. Lumières : Fiammetta Baldiserri. Avec : Salome Jicia, Floria Tosca ; Rame Lahaj, Mario Cavaradossi ; Daniel Miroslaw, le Baron Scarpia ; Tomasz Kumięga, Cesare Angelotti ; Daniele Terenzi, le Sacristain ; Marc Larcher, Spoletta ; Jean-Vincent Blot, Sciarrone ; Yong Kim, un Geôlier ; Heera Bae : un Berger. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Guillaume Fauchère) ; Chœur d’enfants du Conservatoire régional du Grand Nancy (préparation vocale : Christine Bohlinger) ; Orchestre de l’Opéra national de Lorraine ; direction : Antonello Allemandi

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