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Fin de saison triomphale à Toulouse avec Thierry Malandain et Maxime Pascal

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Toulouse. Halle aux Grains. 26-VI-2022. Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’Après-midi d’un faune, épilogue pour orchestre d’après Stéphane Mallarmé. Chorégraphie : Thierry Malandain. Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : Jean-Claude Asquié. Soliste : Philippe Solano

Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, symphonie chorégraphique pour orchestre et chœurs sans paroles. Chorégraphie : Thierry Malandain. Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : François Menou. Avec : Natalia de Froberville, Chloé ; Ramiro Gomez Samon, Daphnis ; Alexandre De Oliveira Ferreira, Pan ; Rouslan Savdenov, Dorcon ; Alexandra Surodeeva, Lycéion

Ballet de l’Opéra national du Capitole, direction : Kader Belarbi. Chœur de l’Opéra national du Capitole, chef de chœur : Gabriel Bourgoin. Orchestre national du Capitole, direction : Maxime Pascal

Cent ans séparent la création de Daphnis et Chloé par les Ballets russes, dans une chorégraphie de Vaslav Nijinski, et la création mondiale menée par le Ballet de l’Opéra national du Capitole, chorégraphiée par . Tous les ingrédients d’un triomphe sont là.

L’amour est souvent représenté en duo. C’est seul, allongé sur une boite de mouchoirs en papier surdimensionnée que véhicule tout le désir de ce faune, face à une nymphe intimidée aperçue il y a peu et qui lui laissera seulement un voile pour assouvir ses pulsions. En mouvement, le corps presque nu du danseur marque à chaque mouvement, à chaque muscle tendu ou mobile, toute la bestialité sexuelle de cette rencontre inopinée par une technique puissante et directe du danseur, tout en s’inscrivant dans une délicatesse surprenante qui pourrait sembler discordante. L’érotisme se mêle ainsi à la sensualité, sans parade antique ou référence légendaire initialement présentes dans l’ouvrage sous le regard de Vaslav Nijinski, ni sans cette « indécence » reprochée par le public de 1912.

Créée en 1995 sur la scène stéphanoise, l’approche de Thierry Malandin est gratifiée d’un d’une limpide clarté sous la baguette de . L’élégance des contrastes fusionne avec les courbes du corps du soliste, le chef restant très attentif aux « impulsions » générées sur le plateau.

Dans Daphnis et Chloé, la Grèce antique est plus suggérée que représentée, tant la sobre scénographie de Jorge Gallardo décline une vaporeuse atmosphère entre la pureté de l’espace et les trois colonnes en voile luminescentes. En arrière-plan et en hauteur, tout autant suggéré, le Chœur de l’Opéra national du Capitole marque les esprits par son homogénéité sans paroles, donnant toute sa spiritualité à chacune de ses interventions.

(Dorcon) et Alexandra Surodeeva (Lycéion) bénéficient tous deux de rôles secondaires renforcés. prend en effet quelques libertés par rapport à l’argument initial même si celui-ci est globalement respecté. Le chorégraphe donne de l’épaisseur aux personnages principaux, chorégraphiant le dieu Pan par le biais de l’autorité délicate d’.

On retrouve le respect des principes de la danse classique « et sans complexe » qui rend les chorégraphies de l’artiste facilement accessibles, celles-ci se complétant par une gestuelle contemporaine des bras et l’approche unisexe du chorégraphe comme du scénographe avec des pas toujours sur demi-pointes et des costumes construit de manière identique pour chaque intervenant, la longueur des jupes plissées indiquant le statut social privilégié de celui ou celle qui la porte. En masse, les forces connues de Thierry Malandain se retrouvent dans les chaines ondoyantes des danseurs, puis les rondes qui s’embobinent et se défont. Mais ce Daphnis et Chloé apporte quelques singularités dont notamment la référence aux frises géométriques de la peinture grecque par des ports de bras subtils et bien amenés. Finalement, c’est grâce à une fluidité des figures et une clarté des lignes que l’amour entre les deux êtres fusionne avec celui de la nature.

En fosse, la luxuriance instrumentale de la partition est portée par une direction chatoyante et d’agréables nuances en demi-teintes. L’ est caractérisé par une retenue subtile et une lecture soignée que mène avec un engagement sincère. La précision de ses gestes se connecte à chaque minute aux interactions avec le plateau.

On pourrait se demander pourquoi cette création du chorégraphe a été menée à Toulouse et non avec sa compagnie Malandin Ballet Biarritz. Pour Thierry Malandin, la proposition du directeur du ballet Kader Belarbi était sa porte de sortie face au premier confinement. Comme quoi !

Crédits photographiques : © David Herrero

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Toulouse. Halle aux Grains. 26-VI-2022. Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’Après-midi d’un faune, épilogue pour orchestre d’après Stéphane Mallarmé. Chorégraphie : Thierry Malandain. Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : Jean-Claude Asquié. Soliste : Philippe Solano

Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, symphonie chorégraphique pour orchestre et chœurs sans paroles. Chorégraphie : Thierry Malandain. Décors et costumes : Jorge Gallardo. Lumières : François Menou. Avec : Natalia de Froberville, Chloé ; Ramiro Gomez Samon, Daphnis ; Alexandre De Oliveira Ferreira, Pan ; Rouslan Savdenov, Dorcon ; Alexandra Surodeeva, Lycéion

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