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Idoménée cherche désespérément un metteur en scène au festival d’Aix-en-Provence

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Aix en Provence. Théâtre de l’Archevêché. 6-VII-2022. Festival lyrique. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Idoménée, roi de Crète. Opéra seria en trois actes sur un livret de Giambattista Varesco. Mise en scène : Satoshi Miyagi. Décors : Jumpei Kiz. Costumes : Kayo Takahashi Deschene. Lumières : Yukkiko Yoshimoto. Chorégraphie : Akiko Kitamura. Avec : Michael Spyres, Idoménée ; Anna Bonitatibus, Idamante ; Sabine Devieilhe, Ilia ; Nicole Chevalier, Elettra ; Krešimir Špicer, Grand Prêtre ; Linard Vrielink, Arbace. Chœur et Orchestre Pygmalion, direction : Raphaël Pichon

Pénalisée par la mise en scène déficiente de et la direction apathique de à la tête de l’excellent , cette nouvelle production d’Idoménée déçoit amèrement, sauvée in extremis du naufrage sur les rives crétoises par une distribution vocale de haute volée.

Idoménée, Roi de Crète de Mozart est donné pour la troisième fois seulement au festival d’Aix. C’est peu dire que cette nouvelle production, qui marque les débuts de au festival, était très attendue. En souhaitant orienter sa lecture autour des analogies entre la Crète d’Idoménée et les affres du peuple japonais après la défaite de 1945 (comme annoncé dans sa note d’intention), le metteur en scène japonais piquait au vif notre curiosité, le rapprochement n’allant pas de soi de prime abord. Hélas, de cet audacieux et intéressant projet ne restera que quelques paravents joliment peints ou ajourés et quelques beaux costumes traditionnels dus à Kayo Takahashi Deschene, sans aucune direction d’acteurs (les chanteurs étant plantés, à l’instar des dieux, tels des statues sur de hautes estrades roulantes empêchant toute velléité de jeu théâtral) ni véritable réflexion constructive. En somme, la mise en scène est réduite à une simple scénographie, heureusement très réussie grâce aux beaux décors de Jumpei Kiz et aux jeux de lumière pertinents (ombres chinoises) de Yukkiko Yoshimoto. Force est de reconnaître, à la décharge du metteur en scène, que face à ce livret inepte, la relecture envisagée relevait de la gageure la plus aventureuse.

Dans la fosse, la déception est également de mise : , après une ouverture pourtant bien menée, riche en nuances et couleurs évoquant la mer déchaînée, se montre rapidement incapable de soutenir une dramaturgie totalement abandonnée par la mise en scène. Soucieux du beau son plus que du sens, le phrasé semble étonnamment maniéré, étirant indéfiniment les tempi et participant activement de l’ennui qui gagne rapidement malgré de belles performances solistiques individuelles, notamment des vents (flûte, hautbois, basson et cor) dans l’air d’Ilia « Se il padre perdei ».

Alors que reste-t-il à mettre au crédit de cette nouvelle production ? Assurément une distribution vocale superlative et homogène qui donne toute sa mesure dans les nombreux ensembles : trio « Pria di partir » au II et quatuor « Andro ramingo e solo » au III, notamment. On ne s’étonnera pas que (Ellettra), seule interprète autorisée à un jeu théâtral, puisque non perchée et ne participant pas véritablement au drame, soit celle qui recueille précisément la plus large ovation au moment des saluts, tant par son engagement scénique que par la qualité exemplaire de sa prestation vocale. trouve dans le rôle-titre un de ses chevaux de bataille lui permettant d’exploiter de façon optimale son baryténor dans un impressionnant « Fuor del mar ». En Ilia, semble un peu sur la réserve, empruntée, sans doute du fait de sa vertigineuse situation, peinant à faire valoir, notamment dans son premier air, la fraîcheur et l’élégance de son soprano cristallin. Face à elle, (Idamante) convainc de bout en bout par sa puissance et la souplesse de son chant. Linard Vrielink (Arbace), Krešimir Špicer (le Grand Prêtre) et l’excellent chœur Pygmalion renforcé par le chœur de l’Opéra de Lyon complètent avantageusement cette belle distribution.

Crédit photographique : © Jean-Louis Fernandez /Festival d’Aix-en-Provence

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