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À tire-d’aile avec Anne Cartel et Marie Vermeulin

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François-Bernard Mâche (né en 1935) : Sopiana pour flûte, piano et sons enregistrés. Michaël Levinas (né en 1949) : Froissements d’ailes. Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune, transcription pour flûte et piano de Georges Samazeuilh. Olivier Messiaen (1908-1992) : Le Merle noir ; Sigle, pour flûte (1er enregistrement). Tristan Murail (né en 1947) : Le Fou à pattes bleues pour flûte et piano ; Le Rossignol en amour, pour piano (1er enregistrement). Philippe Hurel (né en 1955) : Breve Ritornello – In memoriam Luciano Berio (1er enregistrement). Marc Monnet (né en 1947) : Nut nut nut nut, pour flûte et piano (1er enregistrement). Régis Campo (né en 1968) : Le Pic vert, pour piccolo et piano. Anne Cartel, flûte ; Marie Vermeulin, piano. 1 CD Paraty. Enregistré à l’Auditorium de l’ONDIF du 28/06 au 01/07/2021. Texte français/anglais. Durée : 69:00

 

Les Clefs ResMusica

En duo et en solo, les dix pièces sélectionnées par (flûte) et (piano) célèbrent la nature et les oiseaux, sillonnant les musiques des XXᵉ et XXIᵉ siècles dont quatre d’entre elles font l’objet d’un premier enregistrement.

Emblème de la musique de plein-air, le Prélude à l’Après-midi d’un faune de Debussy (1894) figure en bonne place dans cet enregistrement, dans la transcription pour flûte et piano de . La musique respire et s’éploie librement dans l’intimité du duo et la belle conduite qu’en donnent nos deux interprètes. Le chatoiement des sens et des sons opère au sein d’une écriture mouvante entretenue par les deux instruments jusqu’au frisson, celui de la reprise du thème de la flûte dans une troisième partie où le timbre trouve sa plénitude sous les harmonies voluptueuses du piano.

Froissements d’ailes (1974) de , inaugure le concert des oiseaux. La pièce est bien connue des flûtistes (elle est à caractère pédagogique), qui dessine ses figures et projette ses images sous le jeu tout en finesse et délicatesse d’. Le Merle noir (1952) est un autre classique du XXᵉ siècle où Messiaen s’affirme avant tout comme maître du rythme et du temps. C’est ce que nous communiquent les deux musiciennes dans cette page alternant le temps long de la méditation et le temps bref de l’oiseau, ici très stylisé. La flûte chante seule dans Sigle, une page très courte (premier enregistrement) que Messiaen utilisera pour le septième mouvement de sa partition d’orchestre Éclairs sur l’Au-delà. On balance entre nature et artifice dans Sopiana (1980), une pièce mixte de où l’oiseau-modèle est enregistré aux côtés de ses deux ombres doubles, la flûte et le piano qui tentent de l’imiter : jeu de réciprocité, virtuosité et humour animent ce concert dans une manière-oiseau strictement observée par les deux instrumentistes : percussion, répétition, fusée, geste cursif, souffle et jeu dans les cordes du piano : du grand art et un joyeux charivari ! Le Fou à pattes bleues (1990) de n’est pas moins spectaculaire, le seul oiseau « spectral », confie le compositeur dont il entend restituer à la flûte et au piano le chant et la richesse de ses composantes harmoniques par ralentissement et dilatation temporelle de l’objet analysé, plaçant l’écoute au cœur du son : souffle, multiphoniques, sons éoliens de la flûte, gestes balayant les registres du piano. Les figures sonores somptueuses sont projetées dans l’énergie du son et la richesse de la résonance.

Quelque trente années plus tard, Murail fait appel aux logiciels d’analyse spectrale pour concevoir l’écriture du Rossignol en amour (1er enregistrement). L’oiseau chante sous les doigts de : tonicité du timbre, profondeur de la résonance et vivacité du trait chez la pianiste rompue à l’écriture-oiseau (celle de Messiaen), qui donne au « Rossignol » de Murail sa splendeur et sa touche de nostalgie. On reste dans l’agilité oiseau (même s’il n’est pas nommé) et l’exploration obstinée du spectre avec Breve Ritornello de composé dans l’année 2003 en hommage à Berio qui vient de mourir. La pièce engage une virtuosité presqu’insolente au sein d’une écriture qui semble régie par le canon et les effets d’échos entre les deux instruments très complémentaires. On reconnaît la griffe/le groove du compositeur dans ce passage en synchronie et tout en rebonds avant les déphasages et autre complexité rythmique assumés sans inquiétude par nos deux musiciennes tout terrain.

Rien ne nous dit qu’il s’agit d’un oiseau mais le titre, Nut, nut, nut, nut à la le laisse supposer : mystère, sons insolites, figures et gestes singuliers, cheminement libre du discours dans l’instant du geste et le vivant de la matière ; c’est ce à quoi nous invitent les deux interprètes à qui l’œuvre est dédiée. Le piccolo fait une entrée remarquée avec Le Pic vert de (2000), véritable tube du compositeur qui referme allègrement cet enregistrement ; espiègle et souriante, capricieuse et entraînante, la musique file sous leurs doigts comme un jeu d’enfant!

Les pièces embrassent plus d’un siècle de musique française et s’enchaînent selon une trajectoire aventureuse, virtuose et un rien théâtrale sous le geste expert des deux interprètes servies par une prise de son exemplaire.

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François-Bernard Mâche (né en 1935) : Sopiana pour flûte, piano et sons enregistrés. Michaël Levinas (né en 1949) : Froissements d’ailes. Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’après-midi d’un faune, transcription pour flûte et piano de Georges Samazeuilh. Olivier Messiaen (1908-1992) : Le Merle noir ; Sigle, pour flûte (1er enregistrement). Tristan Murail (né en 1947) : Le Fou à pattes bleues pour flûte et piano ; Le Rossignol en amour, pour piano (1er enregistrement). Philippe Hurel (né en 1955) : Breve Ritornello – In memoriam Luciano Berio (1er enregistrement). Marc Monnet (né en 1947) : Nut nut nut nut, pour flûte et piano (1er enregistrement). Régis Campo (né en 1968) : Le Pic vert, pour piccolo et piano. Anne Cartel, flûte ; Marie Vermeulin, piano. 1 CD Paraty. Enregistré à l’Auditorium de l’ONDIF du 28/06 au 01/07/2021. Texte français/anglais. Durée : 69:00

 
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