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Cédric Tiberghien, Stéphane Degout, François-Xavier Roth et les Siècles dans Ravel

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Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto en Sol M. 83 ; Pavane pour une infante défunte M. 19 ; Concerto pour la main gauche M. 82 ; Don Quichotte à Dulcinée M. 8441 ; Deux Mélodies hébraïques A. 22 ; Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé M. 64 ; Sainte M. 9. Cédric Tiberghien, piano Pleyel 1892 ; Stéphane Degout, baryton ; ensemble instrumental Les Siècles, direction : François-Xavier Roth. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en décembre 2020 et septembre 2021 à la Philharmonie de Paris. Livret en français et en anglais. Durée : 73:54

 

Les Clefs du mois

poursuit chez Harmonia Mundi son exploration de répertoire ravélien, avec le Concerto pour la main gauche, le Concerto en Sol, et la Pavane pour un Infante défunte. Mais le fils conducteur de ce disque est le piano de , qui accompagne aussi dans un florilège de mélodies.

Le programme commence avec un éblouissant Concerto en Sol, explosif de joie, de couleurs, de contrastes enivrants dans l’Allegramente. Les couleurs magnifiques de l’ensemble et ses splendides instruments d’époque, le piano boisé et distingué (un merveilleux Pleyel de 1892) sous les doigts enchantés de nous entraînent vers l’ivresse. L’introspection sereine et progressivement fantasque de l’Adagio assai nous reconduit tout naturellement vers l’espièglerie déjantée du Presto. Une interprétation ébouriffante et régénérante.

La Pavane pour une infante défunte est insérée à mi-parcours, pour varier un peu l’écoute parmi les mélodies pour baryton et piano. Cédric Tiberghien y démontre comme on peut y être dansant, brillant, voire étincelant tout en restant dans un registre nostalgique et méditatif. Un modèle d’équilibre, qui regarde moins vers Chabrier (Ravel dixit) que vers les Gymnopédies de Satie.

Le Concerto pour la main gauche est encore l’occasion de jouer des contrastes, de la brillance, des couleurs. À partir des douleurs sombres des premiers accords émerge progressivement une exubérance flamboyante qui les transcende et les balaye. La joie du son l’emporte sur la souffrance et la mutilation, et c’est bien le sens de cette œuvre magnifique qui est exalté. Rien de lugubre ni de macabre. Des interrogations, certes, même des tâtonnements admirablement rendus (l’Andante), mais les réponses sont tellement éclatantes et jouissives ! Encore une grande réussite pour , qui sent la pulsation de cette musique de Ravel comme personne, et qui sait y jouer des couleurs, des nuances avec un bonheur réellement communicatif.

La virtuosité jusqu’au-boutiste de Cédric Tiberghien se ressent aussi dans l’accompagnement des mélodies chantées par . Leurs esthétiques peuvent paraître complètement différentes : autant Tiberghien va à fond dans son expressivité avec un toucher chantant, percussif, autant Degout semble gourmé, concentré sur sa ligne et les intentions qu’il veut donner à son phrasé. Et pourtant, ces deux discours se superposent très bien et s’enrichissent mutuellement. Les Don Quichotte à Dulcinée font pleurer dans sa chanson épique et rire dans la chanson à boire. Tiberghien donne une dimension cosmique à la prière, et décrit l’ivresse et les éructations de Don Quichotte avec un humour digne des Marx brothers. Stéphane Degout est évidemment parfait de noblesse, de grandeur et d’émotion à la fois contenue et délirante.

Le sommet est atteint dans le Kaddish, morceau de bravoure ô combien difficile, donné ici en araméen et avec accompagnement de piano. Stéphane Degout réussit à ne pas trop prendre sa stature de prophète (ce qui lui serait pourtant facile), et à rester orant, concentré sur le sens de ce texte antique et admirable, prière de deuil et action de grâce. Les vocalises de la fin, faciles pour cet ancien baroqueux, rayonnent d’espoir, et la louange exprimée est proprement admirable.

Sainte et les Trois poèmes de Stéphane Mallarmé sont au même niveau dans ce programme riche et varié. Réellement, un disque exemplaire : tous les interprètes y excellent, et Ravel triomphe.

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Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto en Sol M. 83 ; Pavane pour une infante défunte M. 19 ; Concerto pour la main gauche M. 82 ; Don Quichotte à Dulcinée M. 8441 ; Deux Mélodies hébraïques A. 22 ; Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé M. 64 ; Sainte M. 9. Cédric Tiberghien, piano Pleyel 1892 ; Stéphane Degout, baryton ; ensemble instrumental Les Siècles, direction : François-Xavier Roth. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en décembre 2020 et septembre 2021 à la Philharmonie de Paris. Livret en français et en anglais. Durée : 73:54

 
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