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Cinquième festival de musique nordique à Stockholm, 1927

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La présentation des programmes officiels des premiers festivals de musique nordique constitue une belle occasion d’écrire, à grands traits, une série de pages s’inscrivant dans la grande histoire de la musique scandinave puis nordique trop peu connue du reste de l’Europe. Pour accéder au dossier complet : Festival de musique nordique

 

Entre 1888 et 1938, les festivals de musique nordique permettent de promouvoir les plus grands compositeurs du territoire, la plupart ne jouissant pas d’une immense réputation internationale, si l’on excepte Grieg, Sibelius, Nielsen et quelques autres. 

Stockholm 1927, première journée

Le premier concert se tient le 1er mai 1927 au Théâtre royal de Stockholm et propose une seule musique d’un compositeur norvégien disparu un quart de siècle plus tôt : (1843-1907). L’œuvre sélectionnée est Peer Gynt pour voix solistes, chœur et orchestre, d’après la pièce de Henrik Ibsen. Grieg l’écrivit en 1874-1875 et la création se déroula à Christiania le 24 février 1876. Il opéra des révisions en 1885 et en 1891-1892. L’Orchestre de la Chapelle royale de la capitale suédoise en assure l’exécution sous la direction d’un chef alors fort réputé Nils Grevillius. La réalisation revient à Olof Molander.

Stockholm 1927, deuxième journée

Le concert suivant est programmé le lendemain. Il est entièrement consacré à la musique orchestrale finlandaise mise à l’honneur avec des œuvres de sept compositeurs vivants et largement réputés dans leur pays d’origine. De l’immense légendaire chef d’orchestre, (1856-1933), 71 ans donc, également compositeur bien que moins renommé dans ce registre, on entend son Ouverture symphonique, certes bien écrite, mais ne véhiculant pas franchement des thèmes ou des climats pouvant être nettement identifiés à l’épopée nationale populaire, le Kalevala, plus typiquement illustré par d’autres compatriotes. Ce grand défenseur de l’œuvre de Sibelius composa cette œuvre en 1926.

Suit la Symphonie n° 3 en la majeur op. 55, de (1887-1947), âgé de 40 ans en 1927, une œuvre très réussie et digne du principal rival de dans le registre symphonique. Cette dernière partie du cycle fut présentée en création au public d’Helsinki le 8 avril 1926. Agé de 49 ans, (1878-1951), compositeur apprécié et pianiste de haut niveau est représenté par sa Pastorale, une suite pour orchestre, op. 50, de belle facture, qui datait de 1920.

Le modernisme relatif de Aare Merikanto (1893-1958) contraste avec la musique romantique de son père, le très populaire Oscar Merikanto (1868-1924). On a programmé ce jour-là (il est âgé de 34 ans) son poème symphonique intitulé Pan de 1924. De Erik Gustav Furuhjelm (1883-1964), premier biographe de Sibelius, on présente des parties de son poème symphonique Exotica, qui sera rebaptisé Cinq Tableaux, d’après des airs japonais (1925).

Injustement délaissé de son vivant, ouvert à la modernité, Väinö Raitio (1891-1945), orchestrateur hors pair, est quand même présent avec Nocturne, un poème symphonique, op. 17, de 1920. (1865-1957), 62 ans, déjà presque retraité, est représenté par la cantate Jordens Sång (Le Chant de la terre) pour chœur d’hommes et orchestre op. 93, sur un texte de Jarl Hemmer, élaborée en 1919.

L’orchestre de la société des concerts et le chœur Musikaliska Sällskapets sont dirigés par et .

Stockholm 1927, troisième journée

Matinée de musique de chambre le 3 mai 1927. Un programme copieux est concocté par les organisateurs. La plupart des créateurs joués ce jour-là jouissaient d’une honorable renommée dans leur pays respectif. Aujourd’hui, leurs noms et leurs œuvres demeurent très peu connus de leurs compatriotes et moins encore du public international.

La Norvège est représentée par Halfdan Cleve (1879-1951), auteur de cinq Concertos pour piano, avec son Quintette avec piano en mi bémol majeur, op. 9 (1906). De David Monrad Johansen (1888-1974), pianiste, critique musical et compositeur, on chante Vaagelidann et Den varande fugi. Issus de Trompettes du Nordland de Petter Dass (1647-1707), pasteur luthérien, poète et auteur d’hymnes, on écoute Vinteren, Sommeren et Salme. Enfin, Marius Moaritz Ulfrstad (1890-1968), élève de Pizzeti, Respighi et Ravel, est mis en avant avec les chansons suivantes : Magnis Song (texte de Sven More) et Sporven (texte de Arne Garborg).

La Finlande retient deux compositeurs. Le célèbre mais injustement oublié de nos jours, Erkki Melartin (1875-1937), 52 ans, apparaît avec plusieurs mélodies : Ikävyys (Ledsnad), texte de Alexis Kivi, Pan, op. 47 n° 5 (V.A. Koskenniemi), Die Heil’gen drei Königen, inspiré par un poème de Heinrich Heine, Linassa (I fästningen). Le souvenir de Toivo Kuula, assassiné en 1918, est ravivé par l’exécution de sa solide Sonate pour violon et piano de 1907.

Le Suédois Oskar Lindberg (1887-1955), réputé pour son puissant Requiem est représenté par Stjärntändningen (Verner von Heidenstam) tandis que de son compatriote David Wikander (1884-1955) on choisit Kung Liljekonvalje (Gustav Fröding), Förvárskväll (Ragnar Jändel), et enfin de l’Islandais Sveinbjörn Sveinbjörnsson (1847-1927), qui meurt l’année du festival, on note la présence de Lovsáng, O gud vors land, Islands nationalsáng (texte de Matthias Jochumsson).

Les solistes intervenants sont Berit Cleve (piano), Cally Monrád (chant), David Monrad-Johansen (piano), Oiva Soni (chant), Ernst Linko (piano), Arvo Hannikainen (violon).

Le même jour, au Théâtre royal de Stockholm, on donne Les Ostrobothniens (Österbottninger, Pohjalaïssa), le fameux opéra national en trois actes de Leevi Madetoja, ancien élève de Sibelius et compositeur de premier plan en Finlande, composé en 1923, la Chapelle royale étant placé sous la baguette du beau-frère de Sibelius, Armas Järnefelt (1869-1958), dont la brillante carrière se déroule principalement en Suède.

Stockholm 1927, quatrième journée

Un concert orchestral entièrement danois, est planifié le 4 mai 1927. L’orchestre de la société des concerts est dirigé par l’excellent chef danois Georg Høeberg, avec la participation de la chanteuse Ingeborg Steffensen.

Deux symphonies danoises majeures sont inscrites au programme, composées par deux des plus grands compositeurs de l’époque, Louis Glass (1864-1936) et Carl Nielsen (1865-1931). Du premier on entend la renommée Symphonie n° 5 en do majeur, op. 57, sous-titrée « Sinfonia svastika », de 1919. Du second, la Symphonie n° 4, op. 29 « Det Uudslukkelige », connue comme « L’Inextinguible », composée en 1914-1916 et présentée en création mondiale à Copenhague le 1er février 1916.

Deux autres créateurs moins notoires hors du royaume du Danemark sont aussi retenus. L’organiste et compositeur Adolf Riis-Magnussen (1883-1950), lui aussi a eu Nielsen comme maître, est défendu par Arcticus, sur un texte de Johannes Jörgensen et Midienat sur un poème de Helge Rode, tandis que son collègue Emilius Bangert (1883-1962), autre ancien élève de Carl Nielsen, est joué avec Pathan-Pigens Klage, Vesterhavet (textes de Jeppe Aakjaer).

Stockholm 1927, cinquième journée

Une matinée de musique de chambre, le 5 mai 1927. Le Suédois Henning Mankell (1868-1930) a surtout composé pour le piano dans un style impressionniste, il est présent avec son Quatuor à cordes en fa mineur, op. 48, élaboré en 1919. Peter Erasmus Lange-Müller, Danois né en 1850 et mort en 1926, un an avant le festival, a laissé un catalogue très intéressant dont deux centaines de chansons parmi lesquelles ont été sélectionnées les quatre suivantes : Det skumerer over Bølge (Ernst van der Recke) ; Hinden (Holger Drachmann) ; Aakande (V. Bergsøe) ; Skin ud, du klare Solskin (Thor Lange). Lauri Ikonen, compositeur finlandais (1888-1968) s’illustre dans la romance nationale. On entendit à ce concert Suuven tuuli (Sommarvind), texte de Vainö Siikaniemi ; Kunn Sirppi (Månskãran) ; Jag sitter ensam i mörkret (Hjalmar Söderberg) ; Göken (August Strinberg).

Ludvig Irgens Jensen (1894-1969), représentant norvégien du néoclassicisme, teinté d’impressionnisme, mériterait davantage de considération. A l’époque, on interpréta sa Sonate pour violon et piano en si bémol écrite en 1923. Le Finlandais Yrjö Kilpinen (1892-1959) a laissé un immense catalogue dédié à la mélodie (plus de 600) inspirée du lied romantique allemand dont cinq chantées ce jour-là : Var är den djupa glädje (Pär Lagerkvist) ; Vinternatt (Pär Lagerkvist) ; Trasten (Anders Österling) ; Svanevit (B. Th. Cnattingius) ; Äppeltrâd och päronträd (Erik Blomberg). Knudaage Rasmussen (1897-1974), créateur danois, est connu, entre autres, pour ses musiques de ballet. Influencé par le néoclassicisme français rencontré à Paris (Stravinsky et le Groupe des Six), il laisse des partitions de grande qualité. On lui doit six quatuors à cordes dont le Quatuor à cordes n° 3 de 1922.

Les interprètes de ce concert sont Kjellströmkartetten (Quatuor Kjellström) : Sven Kjällström, Ernst Törnqvist, Einar Gröwall, Carl Christiansen ; Breuning-Bache Kvartetten (Quatuor Breuning-Bache) : Gunna Breuning Storm, Gerhard Rafn, A. Jørgensen, Paulus Bache. Et les solistes sont Birgitt Engeli (chant), Georg Høeberg (piano), Oiva Soni (chant), Ernst Linko (piano), Arve Arvesen (violon), Elisabeth Reiss (piano), Margaret Kilpinen (piano).

Stockholm 1927, sixième journée

Au Théâtre royal, le 5 mai 1927, une seule œuvre est inscrite au programme. Il s’agit de Adils och Elisiv, drame musical en deux actes que le compositeur Suédois Wilhelm Peterson-Berger (1867-1942), grand admirateur de Richard Wagner, écrivit en 1924. La Chapelle royale est placée sous la direction de Nils Grevillius.

Stockholm 1927, septième journée

Pour le concert orchestral norvégien du 6 mai 1927, la sélection met en avant les principaux compositeurs norvégiens de l’époque dont plusieurs bénéficient d’une réputation dépassant les frontières du pays. (1864-1935), également chef d’orchestre (surtout pour le théâtre) et violoniste, est retenu avec sa Symphonie n° 1 en do mineur, la première d’un cycle qui en comprendra trois (n° 1, 1923 ; n° 2 en ré mineur, « Fatum », 1924/1928 ; n° 3, en do majeur, 1929). Sverre Jordan (1889-1972), également chef et pianiste, restera fidèle à l’esthétique romantique d’un Grieg. On y chante Herbstgang (Paul Remer) et Morgen (Gabriel Scott). Gerhard Schjelderup (1859-1933), initialement fasciné par l’œuvre de Wagner, se fait un nom dans le domaine de l’opéra (une douzaine). Il est un orchestrateur souvent inspiré mais aujourd’hui peu fréquenté. Les organisateurs ont choisi un extrait de Une sainte soirée : la misère du monde (Verdens elendighet).

Bien oublié, Trygve Torjussen (1885-1977) fut critique musical, pianiste et pédagogue. Sont proposées les chansons suivantes : Bankerne ved Dee (Charles Kingsley) et Var konge jag (H. MacCarthy). Arvid Kleven (1899-1929), flutiste et compositeur connaît un certain succès de son vivant. Son poème symphonique, Skogen (Le Sommeil de la forêt), op. 9, date de 1923. Eyvind Alnaes (1872-1932), chef de chœur, pianiste et organiste, compose une musique s’inscrivant dans le romantisme tardif. Son Concerto pour piano et orchestre en ré majeur, op. 27, 1914, enregistre un franc succès à Stockholm. Alf Hurum (1882-1972), né Oslo, s’installe à Honolulu en 1934 et y développe l’orchestre symphonique d’Hawaï. Il est marqué par l’impressionnisme français. Son Fandango pour voix et orchestre (texte Vilhelm Krag) est chanté ce jour-là (op. 14, 1919). Torolf Voss (1877-1943), tombé dans un oubli profond fut fêté avec l’exécution de son Frithjof, poème symphonique en deux mouvements.

L’Orchestre de la Société des concerts est placé sous la direction de , Eyvind Alnaes et Torolf Gresvik, avec les solistes Gertrud Pålson-Wettergren (chant) et Ingebjörg Gresvik (piano).

Stockholm 1927, huitième journée

Théâtre Royal, le 7 mai 1927. Un spectacle invité provenant du Théâtre Royal de Copenhague assure le concert. Deux œuvres sont offertes au public de Stockholm : Den Kongelige Gaest (L’Invité royal), comédie musicale en un acte d’après Henrik Pontoppidan et Svend Leopold, composée par le Danois Hakon Børresen (1876-1954), bien connu au royaume du Danemark et date de 1919 ; Leonora Christina, opéra en 4 actes de Siegfried Salomon (1885-1962), créé avec succès au Théâtre royal de Copenhague en 1926.

La Chapelle royale défend ces deux pièces sous la direction de Georg Høeberg.

Stockholm 1927, neuvième journée

Concert orchestral suédois, le 8 mai 1927. Dernière manifestation du Festival de musique nordique de cette année 1927, elle fait la part belle à quatre compositeurs suédois majeurs.

Personnalité musicale centrale de Suède, le pianiste, chef d’orchestre et compositeur Wilhelm Stenhammar (1871-1927) est honoré par l’exécution de sa Symphonie en sol mineur, op. 31, la troisième, travaillée entre 1911 et 1915 et créée à Göteborg en 1915 sous sa propre direction. Il décède six mois plus tard. De même, le prestige de Hugo Alfvén (1872-1960) était à cette époque immense grâce à ses compositions populaires, son travail apprécié de chef d’orchestre et plus encore de chef de chœur (notamment à la tête d’Orphei Drängar). On donne En båt med blommor (Un bateau avec des fleurs) pour baryton et orchestre, op. 42, sur un texte d’Oscar Levertin, de 1925.

Hilding Rosenberg (1892-1985), moderniste brillant dont la longévité créatrice sera souvent soulignée. Son Concerto pour violon et orchestre n° 1, op. 22, date de 1924. Natanael Berg (1879-1957), vétérinaire dans l’armée jusqu’en 1939 puis uniquement compositeur, laisse un catalogue de qualité mais peu utilisé. Salomos Höga Visa (La chanson de Salomon), cantate pour solistes, chœur de femmes, chœur d’hommes, chœur mixte et grand orchestre fut créé en juin 1925.

L’Orchestre de la Société musicale et le Musikaliska sällskapets kör sont dirigés par Adolf Wiklund, Hugo Alfvén, Hilding Rosenberg et Natanael Berg. Les solistes se nomment John Forsell (chant), Tobias Wilhelmi (violon), Ruth Althén (chant), David Stockman (chant).

Crédits photographiques : Stockholm en 1927 © Gamla Bilar

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La présentation des programmes officiels des premiers festivals de musique nordique constitue une belle occasion d’écrire, à grands traits, une série de pages s’inscrivant dans la grande histoire de la musique scandinave puis nordique trop peu connue du reste de l’Europe. Pour accéder au dossier complet : Festival de musique nordique

 
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