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Yannick Nézet-Séguin et le Philadelphia Orchestra ouvrent la saison à la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 6-IX-2022. Samuel Barber (1910-1981) : Knoxville, Summer of 1915 pour soprano et orchestre op. 24 ; Valerie Coleman (née en 1970) : This is not a Small Voice ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 55, dite « Eroica ». Angel Blue, soprano. Philadelphia orchestra, direction : Yannick Nézet-Séguin

Membre du célèbre « Big five » américain, le et son directeur musical ouvrent la nouvelle saison de la Philharmonie de Paris avec un magnifique programme associant des œuvres de l’ancien et du nouveau monde (dont une création française) convoquant successivement , et .

 

La première partie de concert est entièrement dévolue à la chanteuse afro-américaine , dans une mise en miroir très démonstrative de deux œuvres-souvenir au climat bien différent. Si Knoxville de semble se fondre dans les teintes automnales, toutes imprégnées d’une mélancolie et d’une nostalgie devant le temps qui passe, en revanche This is not a Small Voice de porte les stigmates du combat de la communauté noire américaine.

Composée au sortir de la guerre (1948), Knoxville est une sorte de rhapsodie pour soprano et orchestre, sur un poème de James Agee, évoquant les souvenirs d’enfance de l’auteur dans une petite bourgade du sud des États-Unis. Elle est dédiée au père du compositeur qui mourut quelques temps après. C’est une pièce à la fois fraiche et colorée, élégiaque et émouvante, dont et nous donnent une interprétation très équilibrée entre soliste et orchestre, exaltée par la rondeur des bois et le soyeux des cordes. On est immédiatement séduit par l’incarnation d’ qui semble en être l’interprète idéale par la beauté et la fraicheur (presque enfantine) de son timbre, par son absence totale de vibrato, par l’étendue de son ambitus autorisant des graves bien timbrés comme des aigus stratosphériques soutenus par un souffle infini et un sublime legato. Également beaucoup de couleurs orchestrales dans cette mémorable interprétation : élégiaques dans la première partie (hautbois et harpe), plus dissonantes (cuivres et percussions) dans la seconde qui reflète les couleurs de la ville de façon plus narrative avec son célèbre tramway, plus spiritualisées et solennelles enfin avec une pointe de dramatisme (cor) dans le final où Nézet-Séguin amplifie très justement le discours.

Usant du même thème bien que très différente dans sa forme, This is not a Small Voice de la compositrice afro-américaine Valerie Coleman fut composée en 2022 sur un poème de Sonia Sanchez (1995), créée en février 2022 à Philadelphie avec Angel Blue en soliste et donnée ce soir en création française. Poignant hommage au Sud américain, hymne à l’enfance, à l’amour, à la négritude et à la résilience, ce poème symphonique avec soprano obligée évolue en plusieurs strates de la colère à la célébration et du particulier à l’universel. Sur un phrasé plus chaotique et plus rythmique que précédemment, avec une belle amplitude sonore, Yannick Nézet-Séguin nous en livre une lecture en parfaite symbiose avec la voix d’Angel Blue qui impressionne, ici, par son engagement, passant du murmure au cri avec une facilité confondante tandis que le fait feu de tous ses pupitres (petite harmonie, violon, harpe, percussions, cuivres) dans une progression haletante qui laisse la soprano émue aux larmes.

Plus prométhéenne, la Symphonie n° 3 de Beethoven occupe à elle seule la seconde partie, purement orchestrale. Dite « Héroïque » elle rappelle l’admiration éphémère que Beethoven (à l’instar de Goethe) porta à la personnalité de Bonaparte dans laquelle il voyait une perspective fédératrice de l’ensemble des peuples européens. Composée en 1803, déclinée en quatre mouvements, elle se démarque des précédentes par ses hardiesses compositionnelles comme par son caractère épique et grandiose. Avec un Allegro conquérant, une Marche funèbre d’une accablante désolation, un Scherzo presque ludique et un Final triomphal, Yannick Nézet-Séguin nous en donne une interprétation flamboyante, très théâtralisée avec force nuances et contrastes majorant à l’envi les épisodes de tension et de détente pour en exalter le relief et l’impact émotionnel. Le tout est magnifiquement servi par une phalange américaine superlative dont on retiendra tout particulièrement le cor solo de Jennifer Montone largement sollicité.

Pour conclure en beauté ce superbe concert, le Philadelphia Orchestra offre, en bis, un beau moment de sérénité avec Adoration de Florence Price, pionnière des compositrices noires américaines.

Crédit photographique : © Philharmonie de Paris

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