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Le Philadelphia Orchestra et Lisa Batiashvili chantent l’Europe centrale à la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 7-IX-2022. Karol Szymanowski (1882-1937) : Concerto pour violon et orchestre n° 1 op. 35 ; Ernest Chausson (1855-1899) : Poème pour violon et orchestre op. 25 ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 7 en ré mineur op. 70. Lisa Batiashvili, violon. Philadelphia Orchestra, direction : Yannick Nézet-Seguin.

Après avoir célébré longuement le nouveau monde la veille, , associé pour l’occasion à la violoniste , a donné hier soir la préférence à l’Europe centrale avec Szymanowski, Chausson et Dvořák.

Comme la veille autour de la voix d’Angel Blue, c’est cette fois autour du violon de que se construit la première partie de concert avec la mise en miroir de deux œuvres diamétralement opposées, le Concerto pour violon n° 1 de Szymanowski et le Poème pour violon de Chausson, composées pourtant par deux compositeurs quasi contemporains. Toutes deux concentrées en un seul mouvement, elles s’inspirent d’un thème identique faisant référence au fantastique (Nuit de mai de Tadeusz Miciński pour l’un, Chant d’amour triomphant de Tourgueniev pour l’autre), elles mettent clairement en exergue deux façons bien différentes de traiter le sujet : car, là où le concerto de Szymanowski séduit par son originalité et son modernisme, le poème de Chausson envoute, quant à lui, par son lyrisme et sa poésie. Deux pièces rarement données magnifiquement servies, ce soir, par le jeu fascinant de Lisa Batiashvili,, vêtue de jaune et bleu en hommage à l’Ukraine…

Composé en 1916, créé en 1922 à Varsovie, le Concerto pour violon n° 1 de Szymanowski s’apparente plutôt au genre du poème pour violon et orchestre par sa structure en un seul mouvement avec de multiples subdivisions internes. C’est en effet dans un foisonnement de timbres isolés d’une étrangeté un peu dissonante (harpe, bois, cordes, célesta) que s’ouvre cette pièce originale avant que le violon ne prenne la parole sur une complainte éthérée et planante à laquelle fait suite une succession d’épisodes de méditation et d’effusion, portés par d’importantes variations rythmiques, où les assauts virtuoses et motoristes du violon alternent avec un chant voluptueux et sensuel, exalté par les sonorités incandescentes de l’orchestre (cuivres et percussions). Lisa Batiashvili nous livre de ce dialogue serré et complice une interprétation en tout point remarquable, magnifique, à la fois élégante et délicate, virtuose et poétique, en parfaite symbiose avec la direction précise et habitée du chef québécois.

Bien différent dès l’entame, le Poème de Chausson, créé en 1896 par Ysaÿe, s’ouvre sur des sonorités graves, élégiaques, au sein desquelles émerge une émouvante et douloureuse cantilène du violon à découvert qui fait office de prélude, avant que Lisa Batiashvili ne déploie une ligne mélodique longue, d’un lyrisme profond, haute en couleurs, portée par son jeu flamboyant et son sublime legato. A contrario de l’œuvre précédente, l’orchestre voit, ici, son rôle plus limité, réduit à un accompagnement complice laissant le violon faire cavalier seul vers un choral final apaisé et serein.

Deux superbes lectures qui attestent de la phénoménale maitrise technique et de la profondeur d’interprétation de Lisa Batiashvili auxquelles succéderont, devant les demandes insistantes du public, deux bis : Beau Soir de Debussy en duo avec Yannick Nézet-Seguin au piano et Doluri une pièce d’inspiration folklorique du compositeur géorgien concluant sur une note violonistique virtuose cette première partie.

La Symphonie n° 7 d’, en deuxième partie, donne prétexte à une titanesque interprétation de Yannick Nézet-Seguin, conduisant la phalange américaine sur des sommets. Après un Allegro initial grave et monumental où l’on peut admirer l’énergie du phrasé, l’ampleur sonore du tutti, la clarté de la polyphonie, le lyrisme des cordes et des bois et l’influence brahmsienne dans la succession des épisodes de violence et de méditation, l’Adagio tout imprégné de langueurs tristaniennes fait la part belle à la petite harmonie avant que le chef n’enflamme le discours dans un crescendo rugissant de cuivres. Le célèbre Scherzo, seul mouvement aux connotations folkloriques fait montre d’une formidable mise en place et d’une décapante énergie (cordes et basson) avant que l’Allegro final n’emporte tout sur son passage, nous laissant pantelants devant cette mémorable lecture à fleur de peau, expressive et puissante où Yannick Nézet-Seguin semble à lui seul incarner la musique par sa direction ardente et inspirée.

Deux bis concluront cette belle soirée : une émouvante Prière pour l’Ukraine de et la Danse hongroise n°21 de Johannes Brahms dans une orchestration de Dvořák.

A l’issue de ce deuxième concert de la tournée européenne du , Yannick Nézet-Seguin recevra des mains de Laurent Bayle la médaille bien méritée d’officier des Arts et Lettres. Félicitations Maestro !

Crédit photographique : © Todd Rosenberg

 

 

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 7-IX-2022. Karol Szymanowski (1882-1937) : Concerto pour violon et orchestre n° 1 op. 35 ; Ernest Chausson (1855-1899) : Poème pour violon et orchestre op. 25 ; Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 7 en ré mineur op. 70. Lisa Batiashvili, violon. Philadelphia Orchestra, direction : Yannick Nézet-Seguin.

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