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Darker Stems de Clara Iannotta en ouverture de saison à l’Arsenal de Metz

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Metz. Arsenal. 16-IX-2022. Clara Iannotta (née en 1983) : Darker Stems pour orchestre et électronique ; Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade, trois poèmes pour chant et orchestre ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique. Karine Deshayes, mezzo ; Orchestre national de Metz, direction : David Reiland

L’ et ne brillent pas avec Ravel et Berlioz, mais une belle création est donnée en collaboration avec le festival Musica de Strasbourg.


La critique objective n’existe pas, mais elle peut être sincère : avouons-le, plutôt que sa soliste prestigieuse ou ses grands classiques du répertoire français, c’est la création qui ouvre la soirée qui nous a attiré à ce concert. avait entamé pour la saison 2019-2020 une résidence de deux ans à la Cité musicale de Metz vite rattrapée par la pandémie qui en a annulé beaucoup de concerts, et la compositrice est elle-même tombée malade d’un cancer qui a conduit à d’autres annulations. C’est cette expérience de la maladie et du traitement qu’elle impose qui a inspiré cette œuvre d’une vingtaine de minutes : il n’est pas étonnant que cette œuvre éminemment autobiographique ajoute au grand orchestre qu’elle convoque une partie électronique. C’est cette dernière qui commence, comme il se doit, puis l’orchestre vient comme en écho de cette introduction. L’étrange paysage sonore des machines d’abord, son écho intérieur ensuite, non sans étrangeté (l’usage abondant de modes de jeu inhabituels et d’instruments supplémentaires, des harmonicas pour les cuivres par exemple, n’y est pas pour rien).

On pourrait trouver dans son écriture orchestrale une froideur qui ne serait que l’écho du monde électronique en les mains duquel son destin s’est trouvé un moment, mais ce mimétisme ne masque pas tout ce que cette situation a d’humain, comme si la conscience douloureuse trouvait sa paix en aspirant en elle tout cet attirail technique. Un court épisode, à la fin de la pièce, fait entendre par l’électronique des fragments de voix réduits à des phonèmes, premier retour à un contact avec le monde extérieur des humains. Une telle pièce, pleine d’une sourde émotion mais sans complaisance sur ses moyens musicaux, ne peut que faire regretter les circonstances adverses qui ont réduit la résidence messine de à presque rien.

Sans transition, mais après un long changement de plateau, le concert se poursuit avec les trois poèmes de Shéhérazade de Ravel. La présence de a dû attirer une partie du public ; pourtant, avec une diction pâteuse et un manque de présence, la chanteuse ne parvient pas à faire surgir les charmes 1900 de la partition. Ce n’est pas de volume sonore qu’elle manque, comme le montrent les passages où l’orchestre se déchaîne, c’est de projection, et c’est bien différent. Elle n’est il est vrai pas aidée par qui refuse toute légèreté, toute envol à la musique. Difficile de croire à cette Asie de rêve face à tant de pesanteur – la flûte solo de Claire Le Boulanger seule permet de s’en échapper.

La Symphonie fantastique qui suit commence tout aussi mal, avec un premier mouvement qui n’avance pas, entre platitude rythmique et à-coups, donnant une constante impression de flou, pour ne pas dire de désorganisation. Les choses s’améliorent au fil de l’œuvre, heureusement, mais pas au profit de la délicatesse : du Supplice au Sabbat, la tension monte et les décibels aussi, avec une forme de rigueur implacable qui n’est pas sans effet. Mais là encore, David Reiland ne fait pas vraiment briller les couleurs de l’orchestre berliozien, qui ne se réduit pas à des effets de masse. On peut regretter que, plutôt que de donner à la création de Clara Iannotta l’environnement qu’elle méritait, il ait choisi de revenir encore et encore à la tradition de l’orchestre messin trop uniment tournée vers une courte période de l’histoire de la musique française, surtout pour un résultat si peu satisfaisant.

Crédits photographiques : © Astrid Ackermann

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Metz. Arsenal. 16-IX-2022. Clara Iannotta (née en 1983) : Darker Stems pour orchestre et électronique ; Maurice Ravel (1875-1937) : Shéhérazade, trois poèmes pour chant et orchestre ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique. Karine Deshayes, mezzo ; Orchestre national de Metz, direction : David Reiland

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