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L’Orchestre de chambre de Paris reçoit Sheku Kanneh-Mason

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 22-IX-2022. Maurice Ravel (1875-1937) : Le Tombeau de Couperin. Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour violoncelle en ré majeur, Hob VIIb:2. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°4 en ré mineur op. 120. Sheku Kanneh-Mason, violoncelle. Orchestre de chambre de Paris, direction : Maxim Emelyanychev

Encore sous le coup du décès de son chef Lars Vogt, l’, repris brillamment par pour ce concert, reçoit le jeune, fascinant et très médiatique violoncelliste anglais au Théâtre des Champs-Élysées.

 

Premier hommage à Lars Vogt avant le concert du 4 octobre prochain à la Philharmonie de Paris, cette soirée débute avec émotion : le visage du chef bien aimé est projeté à l’écran et l’on entend sa voix et ses mots doux et lumineux sur la musique. Entendre un défunt est une expérience intimement émouvante. C’est pourtant la vie qui reprend avec l’Entracte n°3 de Rosamunde, ajouté au programme pour l’occasion, puis Ravel, Haydn et Schumann, sous par la baguette revigorante de . L’actuel chef principal de l’orchestre baroque Il Pomo d’Oro et du Scottish Chamber Orchestra a une direction très personnelle : mélange de rigueur et de souplesse, il est capable de dessiner de sa main gauche des arabesques invraisemblables comme des gestes précis et verticaux, tantôt laissant faire l’orchestre (dans la tradition de l’orchestre baroque dirigé depuis le clavecin), tantôt le prenant en main avec vigueur, quitte à le pousser vers l’avant. Et l’orchestre se montre à la hauteur.

Tout est chatoyant, rien ne pèse dans le Tombeau de Couperin. Le Prélude chante, la Forlane est bondissante, le Rigaudon est tourbillonnant, chaque moment s’enchaîne naturellement et dessine un tableau d’ensemble coloré. L’œuvre semble faite pour cet orchestre, tant l’intervention de chaque pupitre est un bonheur, dans cette salle qui permet de tout entendre. Malgré le tempo rapide, le hautbois d’Ilyes Bouffadden-Adloffest est moelleux et souple, notamment dans le célèbre trait qui débute le Prélude ou la Forlane ou dans le Rigaudon.

Arrive alors , prodige de la fratrie Kanneh-Mason, star du classique depuis qu’il a joué pour le mariage du prince Harry, et une de ces personnalités qui contribuent à décloisonner la musique classique en l’abordant avec professionnalisme et sans fétichisme. Il interprète le deuxième concerto pour violoncelle de Haydn, plus élaboré, mais peut-être aussi un peu plus difficile à l’écoute (et à l’interprétation) que le premier. Emelyanychev dirige depuis le clavecin, debout, assis, assis-debout, loin de l’image du chef baroque sagement assis derrière le clavier. À eux deux, ils donnent une interprétation pour le moins décoiffante, avec un tempo vif qui semble décidément propre à ce chef et la vélocité très sûre du violoncelliste, dont la cadence du premier mouvement, tout en double cordes, est l’apogée. Le violoncelliste ne passe pas devant l’orchestre et veut tendre vers une certaine osmose avec lui, suivant ses inflexions et ses phrasés avec attention. On peut avoir la nostalgie d’un son plus rond et d’un beau vibrato dans l’Adagio, mais ce parti pris correspond à celui du tempo du chef, qui fait avancer l’Adagio en évitant les pesanteurs. Le son n’est pas toujours léché, peut être râpeux et même couiner. Mais quelle vie, quel nerf dans ce jeu ! Sheku Kanneh-Mason revient avec un bis probablement extrait de son dernier enregistrement d’adaptation de chansons populaires au violoncelles, Songs : ce n’est pas souvent qu’on entend un violoncelliste siffler sur la scène des Champs-Élysées en s’accompagnant.

Après cette première partie, nous entendons la Symphonie n°4 de Schumann, fresque romantique dont les mouvements se jouent enchaînés. Or, petit miracle, sans les moyens qu’offre le grand orchestre, sans ses reliefs et sa puissance, l’ parvient à trouver un souffle symphonique par le tempo rapide, voire bousculé dans le dernier mouvement, dans la façon de faire avancer la musique de manière haletante en ménageant des climats différents. Le premier mouvement est fiévreux, dégraissé de tout pathos, ne laisse pas une seconde d’ennui au spectateur, jusqu’à la Romance et ses arabesques suaves aux premiers violons emmenés par Deborah Nemtanu. Le Scherzo laisse percevoir une pulsation plutôt dansante que martelée, alternant avec le climat tendre (très bel équilibre entre les pupitres des vents et de cordes) de sa partie centrale, nous menant jusqu’au grand crescendo du mouvement final, d’une urgence folle, au tempo poussé par un orchestre tout en maîtrise.

La Pavane de Fauré donnée en bis, valorisant Marina Chamot-Leguay à la flûte traversière, clôt avec élégance cette soirée stimulante.

Crédits photographiques : Sheku Kanneh-Mason © Jake Turney

 

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 22-IX-2022. Maurice Ravel (1875-1937) : Le Tombeau de Couperin. Joseph Haydn (1732-1809) : Concerto pour violoncelle en ré majeur, Hob VIIb:2. Robert Schumann (1810-1856) : Symphonie n°4 en ré mineur op. 120. Sheku Kanneh-Mason, violoncelle. Orchestre de chambre de Paris, direction : Maxim Emelyanychev

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