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Kristian Bezuidenhout joue Beethoven et Haydn sur pianoforte

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Paris. Cité de la Musique, Amphithéâtre. 10-X-2022. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Rondo, op. 51 n°1 & 2. Sonate pour piano n°3 en ut majeur, op. 2 n°3. Sonate n°8 en ut mineur pour piano, op.13 « Pathétique ». Joseph Haydn (1732-1809) : Variations en fa mineur, Hob. XVII:6. Kristian Bezuidenhout, piano fac-similé Érard 1802.

À l’amphithéâtre de la Cité de la Musique, interprète des œuvres de Beethoven et Haydn sur un pianoforte fac-similé Érard 1802.


Devenu maître dans l’art du piano ancien, reprend sur la petite scène de l’amphithéâtre de la Cité de la Musique un programme déjà joué souvent ailleurs, notamment en tournée à Washington ou New-York en 2016, à l’époque sur un pianoforte répliqué d’après un modèle de Johann Schantz de 1800. À Paris cette saison, le magnifique fac-similé est l’œuvre de Christopher Clarke, acquis en 2011 par le Musée de la musique grâce au soutien de la Fondation Hermès, et prend pour original un piano français Érard de 1802, dit « en forme de clavecin ancien modèle ». Fabriqué sur la base du n°86 parmi les quelques deux cents piano créés alors, le fac-similé revient aux techniques d’origine et oublie donc certaines parties retravaillées par la suite, pour reprendre le schéma initial à quatre pédales et une genouillère.

C’est donc devant ce bel instrument boisé et un auditorium rempli que s’avance le pianiste australien, pour un programme dont ne diffère par rapport à celui de 2016 qu’une sonate de Beethoven, l’opus 2 n°3 ayant remplacé l’opus 10. Ouvert par les deux Rondo en ut et sol majeur, op. 51 de Beethoven, le concert montre un style interprétatif adapté aux capacités de l’instrument, qui permet un retour aux sources sans pour autant faire oublier les mots de Beethoven lui-même, sur le fait que le piano idéal pour lui n’avait pas encore été créé lorsqu’il composait. Et en effet, si le fac-similé offre et même implique une vraie finesse de doigté, la matité des notes, notamment dans l’extrême aigu, comme la sonorité encore grésillante des graves, dans la continuité d’un son de clavecin, présentent un rendu beaucoup moins flatteur qu’un piano à queue moderne.

À cela s’ajoute l’utilisation des pédales, très marquées et qui elles aussi modifient les timbres avec beaucoup moins d’équilibre que les pianos actuels, avec pour résultat de ne jamais procurer une véritable unité sur l’intégralité du spectre. Très agile, Bezuidenhout tire profit des possibilités d’un instrument qu’il maîtrise totalement, pour une interprétation légère et virtuose des deux rondos de 1796, avant de s’attaquer à deux sonates contemporaines du même compositeur. L’Allegro con brio de la n°3 en ut majeur, op.2 n°3 montre la possibilité technique déjà importante du Érard dans les parties rapides, même s’il ne faut pas oublier que le créateur n’a apporté certaines améliorations que plus tard, notamment le système à échappement double, breveté seulement en 1821 et qui n’a permis qu’à partir de ce moment de pouvoir rejouer une même note, avant que celle-ci ne soit totalement relevée.

Beethoven et Haydn connaissant et possédant à l’époque des Broadwood ou des Érard, leurs compositions se sont donc adaptées aux faisabilités, et c’est par ce type de concerts musicologiques que l’on comprend ce qui ne pouvait pas encore être écrit sur une partition à l’époque, car tout simplement pas encore jouable sur les instruments existants. Dans la même perspective, le timbre glabre du grave donne une perception très différente de l’Adagio de la Sonate n°3, puis surtout de l’introduction du Grave – Allegro di molto e con brio de la Sonate n°8 en ut mineur, op.13, sous-titrée « Pathétique » et jouée ici en fin de programme.

Au milieu, Bezuidenhout reprend les Variations en fa mineur Hob. XVII:6 enregistrées en 2019 pour Harmonia Mundi, alors sur réplique d’un pianoforte Walter & Sohn de 1805 fabriqué à Vienne. Et c’est avec la même dextérité qu’il revient sur ces doubles variations de 1793, agencées autour de deux thèmes, l’un en majeur et l’autre en mineur, toujours d’un geste vif bien que tout de suite plus mesuré dès qu’il doit aborder la partie gauche du clavier, ainsi que la pédale extrême gauche. Très applaudi, le pianiste achève son récital avec pour bis le Largo de la Sonate n°4 en mi bémol majeur, op.7 de Beethoven, elle aussi toujours contemporaine à l’original du beau pianoforte Érard dont la réplique était mise en avant pour ce concert.

Crédits photographiques : © ResMusica

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Paris. Cité de la Musique, Amphithéâtre. 10-X-2022. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Rondo, op. 51 n°1 & 2. Sonate pour piano n°3 en ut majeur, op. 2 n°3. Sonate n°8 en ut mineur pour piano, op.13 « Pathétique ». Joseph Haydn (1732-1809) : Variations en fa mineur, Hob. XVII:6. Kristian Bezuidenhout, piano fac-similé Érard 1802.

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