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Le Haydn novateur et fantasque de Kristian Bezuidenhout

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Joseph Haydn (1732-1809) : Sonate en ut mineur Hob XVI : 20 ; Variations sur le thème « Gott erhalte Franz, den Kaiser’ » Hob. I, 430, poco adagio en sol majeur d’après le Quatuor à cordes Hob III : 77 (op. 76 N° 3) ; Partita (divertimento) en sol majeur Hob. XVI :6 ; Sonate en ut majeur Hob. XVI : 48 ; Variations (Sonate, un piccolo divertimento) en fa mineur Hob. XVII : 6. Kristian Bezuidenhout, piano forte. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en septembre 2017 au Doopsgezinde Kerk à Haarlem. Notice en français, anglais et allemand. Durée totale : 68:22

 

Bezuidenhout Haydn HMMoins immédiatement séductrices à l’écoute que celles de Mozart, les sonates pour piano de Haydn semblent avoir peu intéressé les pianistes pendant de longues années.

Hormis les pionniers que furent Lili Kraus, Alfred Brendel et sur piano forte, les quarante dernières années ont apporté de beaux témoignages avec Glenn Gould, dont ce fut le dernier enregistrement en 1982, Catherine Collard, Patrick Cohen, Marc-André Hamelin, Rudolf Buchbinder, Ronald Brautigam, Andreas Staier, Paul Lewis, sans oublier la passionnante somme de Christine Schornsheim. Haydn composait au clavier, utilisant son instrument comme un laboratoire, avec un talent certain d’improvisateur. Et si un critique du XIXe siècle qualifiait ses sonates pour piano de « jouet musical », d’autres ont considéré plus tard qu’il avait écrit quarante ans à l’avance les coups de génie d’un Schubert.

Dans son texte de présentation, avoue lui-même son peu d’attrait et sa méconnaissance de la musique pour piano de Haydn jusqu’à cet enregistrement : « … la musique de Haydn est indissolublement associée dans son esprit avec sa façon de la jouer. Haydn est sa musique, sa musique est Haydn ». Oubliant ses succès dans Mozart, il s’est mis au travail et le résultat est des plus enthousiasmants. Parmi les 62 sonates pour clavier de Haydn, a choisi quelques unes des plus connues dans un agencement de programme toutefois original. Il commence par la « grande » Sonate n° 20 en ut mineur de 1771 avec ses coups de boutoir vers quelque-chose de nouveau selon les recherches de Carl Philipp Emmanuel Bach. Composée par fragments et publiée seulement en 1780, cette sonate constitue le pendant pianistique des sombres symphonies Funèbre n°44 et Les Adieux n°45.

Les Variations sur le thème de l’hymne impérial Gott erhalte Franz, den Kaiser, dans la version pianistique réalisée par Haydn lui-même d’après le troisième mouvement du Quatuor op. 76 n°3, s’imposent par leur simple rigueur et leur invention. La Sonate n° 6 en sol de 1760, judicieusement placée en milieu de programme, est jouée avec élan et clarté avec la bonne dose d’ornements et d’arpèges. Destinée à quelque élève néanmoins virtuose, cette sonate constitue en quelque sorte un hommage à avec les brusques modulations de majeur en mineur, les extravagances rythmiques et les guirlandes virtuoses.

En deux mouvements, la Sonate n°48 en ut majeur de 1789 n’obéit plus à un schéma formel traditionnel. Peut-être l’une des plus personnelles de Haydn, elle s’apparente plus à une fantaisie, voire à une improvisation dans laquelle Krisitan Bezuidenhout se révèle magistral, particulièrement dans le fulgurant Rondo presto du second mouvement. Enfin, le disque s’achève par les célèbres Variations en fa mineur de 1793 dans lesquelles le pianiste orne à plaisir avec de subtiles variations de tempo. Il s’agit d’un cycle de doubles variations que Haydn affectionnait et qui a été qualifié par un critique de l’époque d’ « un Andante mélancolique en fa mineur, varié comme seul un maître sait le faire, tant est si bien qu’il s’écoute comme une fantaisie libre ».

Le piano forte construit par Paul Mac Nulty en 2009, d’après un Anton Walter de 1805, révèle une agréable sonorité incisive. Avec ce beau disque, s’inscrit dans la filiation d’un , bien qu’il n’en fut pas l’élève.

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