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Troisième tome de l’Histoire de l’opéra français de Lacombe : le lyrique en perpétuel devenir

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Histoire de l’opéra français, de la Belle Epoque au monde globalisé. Sous la direction d’Hervé Lacombe. Editions Fayard. 1520 pages. 39 €. Mai 2022

 

Ce troisième et dernier volet de l’Histoire de l’opéra français dirigé par maintient tout autant la qualité des deux précédents, Du Roi-Soleil à la Révolution et Du Consulat aux débuts de la IIIe République (Clef ResMusica), que la profusion d’informations passionnantes d’une accessibilité désarmante.

L’objet fait presque peur : 1 500 pages qui retracent une histoire allant de 1900 aux premières décennies du XXIe siècle ; 21 chapitres qui font le pont entre le monde opératique passé et celui que nous vivons aujourd’hui. Mais c’est surtout un travail colossal que la direction d’ sait rendre parfaitement lisible : un découpage clair en trois parties ; des chapitres avec titres et sous-titres signifiants, et une introduction qui aide le lecteur à se construire un fil conducteur dans une histoire qui est tout sauf linéaire, s’alimentant par des crises diverses et des remises en question permanentes. Au final, ce livre pourrait presque se lire comme un roman, les contributeurs sachant renouveler cette lecture par de nombreuses anecdotes et des découvertes variées.

Chantier inégalé lorsque l’on parle du genre au XXe et au XXIe siècle, ce travail explore même le monde lyrique durant la pandémie (L’opéra en temps de pandémie : survivre et se réinventer, pp. 1337-1353). Chaque lecteur pourra ainsi s’identifier aux propos tenus lorsque ceux-ci évoquent notre histoire, du lecteur de webzines tels ResMusica cité, (L’opéra au prisme d’internet, pp. 1178-1186) à celui qui fréquente l’Opéra de Lyon, de Lille, de Marseille ou de Limoges (Les théâtres d’opéra en région ou l’autonomisation de la province, pp. 689-795). A l’inverse de nombreuses études, l’opéra traverse le périph’ parisien avec plus d’une centaine de pages consacrées à vingt-quatre structures d’opéras en régions.

Même si on a parlé, et on parle encore, d’une disparition prochaine du genre (L’opéra en péril ? Les discours de crise et la fin de la « civilisation de l’opéra » (1900-1950), pp. 505-513), l’ouvrage nous démontre qu’au contraire, l’opéra a su se renouveler et s’inspirer de son temps, que ce soit en matière de technologie (Opéra et cinéma, pp. 995-1007 ; Les nouvelles technologies et la composition lyrique, pp. 855-864), sur le plan sociétal (L’opéra dans la société : réceptions et débats, pp. 1169-1224) et politique (Démocratiser l’opéra : le laboratoire d’une politique culturelle en gestation, pp. 69-75 ; Le théâtre lyrique au Parlement (1900-1939) : lobbying et financement, pp. 95-102). L’opéra s’alimente des mouvements historiques, philosophiques et sociétaux de son temps, faisant de lui un art vivant, que ce soit en termes de création d’ouvrages (Du Conservatoire à l’Ircam : la formation des compositeurs, pp. 585-592), ou à travers de nouvelles productions où la place de la mise en scène questionne (Les metteurs en scène au centre du jeu, pp. 1134-1149).

La période étudiée présente les multiples facettes de l’opéra. Toutefois, elles sont aussi – et surtout ! – alimentées par les multiples prismes des auteurs (150 musicologues, écrivains, philosophes, historiens et spécialistes du théâtre, de la danse et des arts !), chaque contribution apportant un regard et une analyse du sujet plutôt qu’une rigoureuse chronologie simplement informative. La diversité des regards, des approches et des sujets abordés fait de ce troisième opus un impressionnant ouvrage de référence qui deviendra vite indispensable à tous.

Tous les pendants qui forment finalement une « Histoire de l’opéra » y sont décortiqués, comme le lien entre contraintes budgétaires et programmations des salles, ou encore les faiblesses humaines se matérialisant par l’affirmation d’égos surdimensionnés, ou bien encore par des revendications syndicales. Les singularités françaises y sont affirmées sans détour tel le lien entre les maisons d’opéras et le politique (État et collectivités territoriales). La minutie des recherches, la capacité d’analyse même sur des périodes très actuelles, la lisibilité du discours qui sait être précis sans jamais perdre son lecteur, font de cette collection un riche outil pour tout lecteur, érudit ou néophyte, qui s’intéresse à l’opéra.

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Histoire de l’opéra français, de la Belle Epoque au monde globalisé. Sous la direction d’Hervé Lacombe. Editions Fayard. 1520 pages. 39 €. Mai 2022

 
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