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Psyche de Locke, des rives de la Seine à celles de la Tamise

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Matthew Locke (1621-1677) / Giovanni Battista Draghi (c. 1640 – enterré en 1708) : Psyche, opéra dramatique en 5 actes. Livret de Thomas Shadwell d’après Molière, Quinault, Corneille et Lully (Psyché). Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Marc Mauillon, ténor ; Nicolas Brooymans, basse ; Renaud Bres, basse ; Caroline Weynants, soprano ; Caroline Bardot, soprano ; Lieselot de Wilde, soprano ; Deborah Cachet, soprano ; Antonin Rondepierre, ténor ; Étienne Bazola, basse ; David Tricou, contre-ténor ; Davy Cornillot, ténor ; Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor ; Ensemble Correspondances ; Sébastien Daucé : orgue, clavecin et direction. 2 CD Harmonia Mundi. Enregistrés à St Omer en juillet et août 2020. Livret français/anglais. Durée totale : 1h47’

 

Une nouvelle fois, fait oeuvre de découvreur, en reconstituant la partition de Psyche : un opéra emblématique de la Restauration anglaise.

L’opéra anglais de la fin du XVIIᵉ siècle est une forme hybride unissant musique et dialogues parlés. Il doit beaucoup à l’influence des tragédies-lyriques et des comédies-ballets de , appréciées par le roi Charles II pendant son exil à la cour de France. La Psyché de en 1671 connut un succès dont l’écho dépassa les frontières. C’est le roi lui-même qui commande sur ce thème ce qui sera le premier opéra anglais, sollicitant Shadwell pour le livret, Locke et Draghi pour la musique, ce dernier se voyant confier la musique des danses. Malheureusement, l’édition de 1675 qui nous est parvenue ne comprend que la musique de Locke, celle de Draghi semble perdue. est allé puiser dans la musique instrumentale de Locke et dans un recueil de danses anonymes de l’époque pour compléter les lacunes de la partition originale et ainsi reconstruire une nouvelle Psyché dans son intégralité musicale.

Si la Psyche anglaise emprunte à la musique de Lully et au texte de Molière/Quinault/Corneille presque littéralement traduit, elle comporte des éléments typiquement britanniques : grounds, pompes martiales, hymnes, et surtout scènes grotesques qui rapprochent le semi-opéra du théâtre shakespearien. Un mélange de tragédie antique et de féérie baroque. Si on rajoutait à l’œuvre les textes parlés qui lui appartiennent, le spectacle en cinq actes durerait près d’une demi-journée … Les nombreuses didascalies du livret d’accompagnement permettent d’imaginer toute la magnificence des représentations, de palais en forêts, de jardins féériques en grottes infernales. Et l’absence de Psyché parmi les rôles chantés (elle fait partie des personnages dont le rôle est exclusivement parlé) et son omniprésence dans l’histoire font de l’héroïne une autre Arlésienne. A la fin du second acte, le chef a choisi d’ajouter en guise d’intermède la Plainte italienne extraite de la Psyché de Lully, pour faire écho au magnifique quatuor des Amants désespérés qui la précède. Dans le rôle de la Femme affligée, la voix incomparable de y fait merveille.

Sébastien Daucé a réuni pour cet enregistrement une distribution vocale éblouissante, la fine fleur de l’opéra baroque, déjà convoquée pour le Ballet Royal de la Nuit : Caroline Weynants, Deborah Cachet, Caroline Bardot, , Étienne Bazola, Nicolas Brooymans, , Paul-Antoine Bénos-Djian … il faudrait les citer tous tant ils sont remarquables et d’une diction irréprochable. La truculence des voix de basses dans les intermèdes comiques ou guerriers, la souplesse des pupitres aigus, la théâtralité assumée par tous font de cette interprétation un modèle du genre. Deux voix sont à mettre en exergue pour leur belle maîtrise d’un ambitus exceptionnellement étendu : celle du ténor qui incarne le dieu Mars et un Homme désespéré, et celle de Lucile Richardot (successivement Grand Prêtre, Femme affligée, Dieu de la rivière et Furie) qui passe avec l’aisance qu’on lui connait du grave chaleureux aux aigus solaires. L’orchestre et le continuo font preuve d’une très grande variété dans la dynamique, pour rendre toute l’inventivité et la rythmique de cette écriture riche en surprises. Une œuvre dont on découvre de nouvelles richesses à chaque réécoute. Et que l’on rêve de voir un jour sur scène avec tous les fastes qui l’accompagnent.

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Matthew Locke (1621-1677) / Giovanni Battista Draghi (c. 1640 – enterré en 1708) : Psyche, opéra dramatique en 5 actes. Livret de Thomas Shadwell d’après Molière, Quinault, Corneille et Lully (Psyché). Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Marc Mauillon, ténor ; Nicolas Brooymans, basse ; Renaud Bres, basse ; Caroline Weynants, soprano ; Caroline Bardot, soprano ; Lieselot de Wilde, soprano ; Deborah Cachet, soprano ; Antonin Rondepierre, ténor ; Étienne Bazola, basse ; David Tricou, contre-ténor ; Davy Cornillot, ténor ; Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor ; Ensemble Correspondances ; Sébastien Daucé : orgue, clavecin et direction. 2 CD Harmonia Mundi. Enregistrés à St Omer en juillet et août 2020. Livret français/anglais. Durée totale : 1h47’

 
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