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Odyssée électro-pop pour la réouverture de l’Espro

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Paris. Ircam, Espace de projection.
Electro-Odyssée 1. 12-I-2023
Lucie Antunes : percussions ; batterie, voix et composition, Axel Rigaud, saxophone
Franck Berthoux, modulaires ; Augustin Muller, diffusion électronique Ircam ; Luca Bagnoli, diffusion sonore Ircam
Opus, performance audio-visuelle en temps réel de Tovel alias Matteo Franceschini (née en 1979)/1024 Architecture ; Eric-Maria Couturier, violoncelle ; Luca Bagnoli, diffusion sonore Ircam.

Electro-Odyssée 2. 14-I-2023
Jean-Michel Jarre (né en 1948) : (More)Oxymore ; Clément Cerles, diffusion sonore Ircam ; Deena Abdelwahed (née en 1989) : performance ; Clément Cerles, diffusion sonore Ircam.

« C’est la crémaillère » chantent Lucie Antunes & friends lors d’une première soirée électro-pop debout, attirant un public jeune et enthousiaste venu très nombreux fêter la réouverture officielle de l’Espro (Espace de projection) de l’ après huit années de fermeture.

Pour qui l’a conçu – avec les architectes Renzo Piano et Richard Rogers et l’acousticien -, l’espace de projection, inauguré en 1978, est d’abord un lieu d’expérimentation avec son acoustique modulable et sa variabilité scénographique, un lieu d’expression pour la science et les arts, un espace pour projeter du son et de la lumière. C’est là qu’avec Andrew Gerzso ont lieu les recherches et premiers essais de Répons qui sera créé à Donaueschingen en 1981. La salle devient rapidement un lieu recherché de concerts et spectacles multimédia, accueillant, en mars 1980, Casta Diva, pour comédiens, danseurs, instrumentistes et bande magnétique de Maurice Béjart ou encore, plus proche de nous, Machinations puis Luna Park de Georges Aperghis.

Pour l’heure, c’est un spectacle à haute tension que nous réserve Lucie Antunes, une soirée unique et un concert expérimental prévient la jeune trentenaire, batteuse et percussionniste virtuose mais aussi compositrice et metteuse en scène, titulaire d’un master obtenu au CNSM de Lyon.

Elle est en résidence à l’ depuis l’automne dernier, dans l’idée de fabriquer des instruments électroniques de contrôle pour son prochain album Carnaval (sortie prévue en avril) de sorte que la musicienne puisse retrouver les sensations qu’elle a avec les instruments acoustiques. Louvoyant entre lutherie réelle et virtuelle, elle s’est entourée ce soir d’un partenaire au synthé modulaire, d’une chanteuse (mais également claviériste et percussionniste), d’un saxophoniste et d’un cinquième musicien, , le RIM (Réalisateur en Informatique Musicale) de l’Ircam. Au côté de qui assure la diffusion sonore, il est à la console au fond de la salle et modèle le son en direct, tirant parti des panneaux rotatifs de l’Espro dont la configuration change à mi-parcours.

Lucie Antunes captive d’emblée l’écoute et les regards avec son premier titre festif écrit pour l’occasion, C’est la crémaillère. Le texte est à l’économie, galvanisé par le geste survolté de la percussionniste et le charme discret d’une petite mélodie flottant sur les lèvres et les divers instruments, dans un style mâtiné d’afrobeat et de musique répétitive. Les strates rythmiques jouent avec le déphasage et le RIM avec les transformations live du son. Concentrée et puissante sur sa batterie, Antunes est tout aussi convaincante aux claviers, marimba et vibraphone, entretenant les boucles mélodico-rythmiques dans une conduite éminemment contrôlée et un flux immersif évitant toute saturation. Le dernier numéro débute sur une joute rythmique et laryngée des deux chanteuses (évoquant celle des Inuits) autour de laquelle se construit le flux sonore, entre lissage mélodique et énergie de la pulsation, couleurs de l’instrumentarium (métaux résonnants) et montée en tension du geste répétitif. La performance est hypnotique et le public à l’écoute, sensible à la qualité du son et ses trajectoires dans l’espace dessinées par et les outils de l’Ircam.

Spectacle high-tech

Prévue en deux temps d’une quarantaine de minutes, la soirée se poursuit avec Opus (2019), un spectacle audiovisuel fédérant les énergies de Tovel (alias , compositeur) et de 1024 Architecture (François Wunschel et Pier Schneider), un collectif d’artistes dédié aux arts performatifs et à l’image pilotée en temps réel. Opus est également le fruit d’une résidence à l’Ircam, mettant en jeu le son mixé en direct et un système high-tech de synchronisation avec l’image. Le vidéaste et le compositeur sont sur scène, à leur machine, rejoints par le violoncelliste tout terrain .

C’est lui qui débute le spectacle, en solo, dont les bariolages baroquisants sont rapidement anamorphosés puis phagocytés par les effets de l’électronique et autres matériaux bruyants. L’œil écoute dans Opus où l’image et ses déploiements virtuoses synchronisés avec le son concentrent l’intérêt. Du simple fil blanc et ses sinuosités sur fond noir, l’image se fait paysages, masses mouvantes en constante métamorphose, explorant les lignes horizontales puis verticales, jusqu’aux architectures qui se profilent sur l’écran géant, des environnements scannés en 3D avec cette même économie de la couleur qui évoque parfois, dans ses effets de mouchetage en noir et or, le rendu pictural d’un Gustav Klimt. Spectaculaire et luxueux !

Tribute to

L’Espro est à son comble, quelque 400 auditeurs debout pour écouter la musique de qui présente – à 18h et à 20h ce samedi soir – son 22e album Oxymore. La lumière est tamisée, qui ne se modifie que sensiblement au cours du spectacle, jouant sur les reflets d’un grand tam suspendu derrière le musicien, objet de décor plus qu’instrument de résonance. , qui s’adresse au public au début de son show, recommande d’ailleurs aux auditeurs de fermer les yeux !

Ce 22e album mixé à Radio France rend hommage aux pionniers de la musique concrète, et , que l’artiste dit avoir rencontrés au Groupe de Recherches musicales (GRM). Enregistrée en multicanal et son ambisonique 3D, la musique est restituée ce soir dans les meilleures conditions d’écoute et en totale immersion.

Un prologue (More) précède la musique de l’album, un montage sauvage et un rien fouillis où sont utilisés les périactes, les fameux panneaux prismatiques qui modifient à vue l’acoustique de l’Espro. Jean-Michel Jarre y manipule en live quelques instruments de percussions (springbox, waterphone avec l’archet), mettant très/trop discrètement le grand tam en résonance avant de faire entendre la voix traitée de Pierre Henry. Si les trouvailles désormais mythiques des deux Pierre – gloussements d’Erotica, appel réverbéré du début de la Symphonie pour un homme seul, sons-fusée des Jerks électroniques – infiltrent plus d’une fois la trame sonore, les traces de musique concrète s’effacent rapidement – exit également le mouvement des périactes – au profit des boîtes à rythme et nappes mélodiques des synthétiseurs, ces « soft machines » bien connues. En bref, rien de vraiment nouveau dans la galaxie Jarre dont le set électronique, ignorant l’art des transitions et de la dramaturgie, ne décolle pas vraiment.

Le son brut de

Il est déjà tard (22h45) lorsque que , DJ et chanteuse tunisienne, engagée pour la cause des femmes de son pays, vient s’installer à sa table, un vieux bureau d’écolier qui sera le lieu unique de sa performance, là où Deena nous dit avoir découvert, dans son adolescence, en jouant avec ses camarades de classe, sa passion pour le son et les percussions digitales. Elle débute sa performance par une courte improvisation sur la table amplifiée, avec tampon percuté et cliquetis virtuose des bagues qu’elle a aux doigts. Le son est relié à un système électronique qu’elle pilote elle-même et diffusé dans la salle par Clément Cerles depuis la console de projection.

Le procédé de bouclage des sons qui fait fonctionner la machine en autonomie se révèle l’un des procédés pour alimenter le flux sonore. Aux scansions rythmiques que Deena entretient durant toute la performance, d’un geste puissant et obsessionnel, se superposent les séquences de sa voix traitée en direct, apportant quelque volupté sonore à cette performance un rien aride, réitérant les mêmes gestes dans une dimension quasi ritualisante.

Crédits photographiques : © Quentin Chevrier

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Paris. Ircam, Espace de projection.
Electro-Odyssée 1. 12-I-2023
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Franck Berthoux, modulaires ; Augustin Muller, diffusion électronique Ircam ; Luca Bagnoli, diffusion sonore Ircam
Opus, performance audio-visuelle en temps réel de Tovel alias Matteo Franceschini (née en 1979)/1024 Architecture ; Eric-Maria Couturier, violoncelle ; Luca Bagnoli, diffusion sonore Ircam.

Electro-Odyssée 2. 14-I-2023
Jean-Michel Jarre (né en 1948) : (More)Oxymore ; Clément Cerles, diffusion sonore Ircam ; Deena Abdelwahed (née en 1989) : performance ; Clément Cerles, diffusion sonore Ircam.

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