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La quête sonore de Nicolas Mondon

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Nicolas Mondon (né en 1980) : Daily Colotomy pour petit ensemble et dispositif électronique composé de 4 objets sonorisés ; Semé d’un sinon I pour petit ensemble et accessoires ; Trio pour flûte alto/basse, saxophone soprano/ténor, et piano préparé ; Cèngkok pour flûte. Ensemble InSoliTus, direction : Javier González Novales. 1 CD Initiale. Enregistré du 30-IX au 4-X 2019 au CNSMD de Paris. Texte en français et en anglais. Durée : 54:00

 

Les quatre pièces de cet enregistrement composent un timbre singulier, l’objet d’une quête sonore que mène depuis plusieurs années et dont il décline les résonances plurielles dans ce premier CD monographique invitant l’ et son chef .

Les titres comme Daily Colotomy ou encore Cèngkok renvoient à la musique javanaise et au gamelan que le compositeur a pratiqué et dont il connaît de l’intérieur les constructions rythmiques et l’alliage singulier des composantes timbrales. Ainsi reconstitue-t-il via une ingénierie et un imaginaire singuliers la résonance des gongs javanais dans Daily Colotomy. Les sonorités de ce « gamelan des rues » imaginé par proviennent de quatre objets du quotidien : compotier en argent, saladier en porcelaine, cloche à fromage et couvercle de poêle en fonte sont autant de sculptures sonores qui entourent les quatre instrumentistes (piano, guitare, flûte et violoncelle) et dont la frappe est programmée par ordinateur. Les instruments s’inscrivent sur leur résonance. Détournés de leur fonction habituelle, piano et violoncelle deviennent à leur tour d’autres sources percussives. Une figure récurrente (notes répétées en crescendo) passe d’un timbre à l’autre, sorte de motif conducteur qui innerve le discours. La flûte alto mâtinée de souffle dessine ses lignes souples. Son chant détempéré et filtré restitue le charme de la flûte suling en bambou qu’intègre dans ses rangs le gamelan.

Cengkok, autre titre empruntant à de lointaines origines, désigne le motif mélodique qui ressort du jeu des instruments dans le gamelan. Le processus d’écriture est ici d’ordre mélodique, engagé par le compositeur sur la flûte solo dont les inflexions modales et microtonales ne laissent d’évoquer un ailleurs fantasmé. Cengkok est une pièce d’une folle virtuosité, jouant sur différents modes d’émissions (slaps, flatterzunge, multiphoniques, souffle, bisbigliandi, etc.), entre sons et bruits, impacts, ricochets, glissandi et modulations du timbre (avec la voix du flûtiste). Samuel Bricault est impressionnant, donnant l’illusion de plusieurs sources instrumentales au sein d’une complexité recherchée qui n’en laisse pas moins opérer le charme des sonorités.

Le piano est préparé et l’écriture très animée dans le Trio pour flûte (alto et basse), saxophone (soprano et ténor) et piano. L’œuvre en trois mouvements est gorgée de vitalité dans un premier mouvement où se multiplient les modes de jeu (piano-guiro, jeu dans les cordes, tapping, multiphoniques, etc.) animant un théâtre de sons aussi acrobatique que jovial : on claque des doigts et des lèvres, on respire à pleins poumons, des feuilles bruissent… Les résonances de cloches du piano préparé et une flûte alto hybridée dans le troisième mouvement ne sont pas sans évoquer l’univers de Daily Colotomy. Plus singulières sont ces images spectrales d’un grand raffinement, sons complexes et fragiles où fusionnent les deux instruments mélodiques (Samuel Bricault et Alexandre Souillart) jouant en sons multiphoniques.

Semé d’un sinon I (2019) est dédié au maître dont Nicolas Mondon a suivi la classe de composition au CNSM de Paris durant toute sa formation. La pièce en deux volets réutilise le matériau de l’installation Herbes à peine / Semé d’un sinon (accueillant la plasticienne Susanna Fritscher et ses quatre hélices soniques) dont Mondon élargit la formation (sept instruments pour la plupart préparés) et repense toute à la fois la forme et la fonction. Trames et sons entretenus nous laissent apprécier les dimensions d’un espace ouvert où se déploient des images sonores aux textures complexes, avant le retour du temps pulsé et d’une matière plus bruitée. L’espace de jeu s’agrandit dans le second mouvement donnant à entendre tous les instruments, chacun à sa vitesse et sa densité propres (comme dans le gamelan), dans une plénitude hétérophonique fort bien assumée. Mondon réintroduit cette figure/signature déjà repérée dans Daily Colotomy. Elle participe de l’écriture du timbre à laquelle s’attache Nicolas Mondon, nourrie de multiples influences, du gamelan mais aussi de la polyphonie médiévale, des pratiques du jazz en passant par le jeu de la musique française de clavecin, détaille le compositeur.

Le soin apporté à cet enregistrement et la poésie qui s’en dégage nous enchantent. Y contribuent avec l’engagement et la qualité de leur jeu les musiciens d’InSoliTus et leur chef , phalange complice qui fête cette année ses dix ans d’existence.

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Nicolas Mondon (né en 1980) : Daily Colotomy pour petit ensemble et dispositif électronique composé de 4 objets sonorisés ; Semé d’un sinon I pour petit ensemble et accessoires ; Trio pour flûte alto/basse, saxophone soprano/ténor, et piano préparé ; Cèngkok pour flûte. Ensemble InSoliTus, direction : Javier González Novales. 1 CD Initiale. Enregistré du 30-IX au 4-X 2019 au CNSMD de Paris. Texte en français et en anglais. Durée : 54:00

 
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