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Patricia Kopatchinskaja et Tarmo Peltokoski font vibrer Schoenberg et Wagner

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Paris. Maison de la Musique. Grand Auditorium de Radio-France. 29-III-2024. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Concerto pour violon op. 36 ; Richard Wagner ((1813-1853) : Le Ring sans paroles (The Ring, An orchestral adventure, résumé symphonique de Henk de Vlieger 1991). Patricia Kopatchinskaja, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Tarmo Peltokoski.

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A Radio France, l'explosive violoniste et le jeune prodige de la direction font dialoguer avec ardeur et .

Dernier des « baby-chefs » prodiges finlandais issus de la couveuse orchestrale de Jorma Panula, , âgé de 22 ans, actuellement directeur musical de l'Orchestre du Capitole de Toulouse, mène depuis 2022 une carrière à l'ascension fulgurante à l'instar de son ainé Klaus Mäkelä, faisant montre  d'un talent à ne plus savoir qu'en faire, d'un charisme naturel et d'une audace sans bornes qui lui permettent d'aborder ce soir, le redoutable Concerto pour violon d' (1936) en compagnie de la virtuose et très extravertie « Pat Kop » et le mythique Ring (extraits) de (1876) dans un arrangement exclusivement symphonique de (1991).

Ce soir, le soleil a rendez-vous avec la lune puisque la lumineuse aborde l'univers glacé du Concerto pour violon de Schoenberg. Une œuvre déroutante, marquée du sceau de l'exil, réputée injouable du fait de ses difficultés techniques, qui appartient à la période atonale, dodécaphonique du compositeur. Et pourtant… on en oublie rapidement toute la virtuosité agressive dès l'entrée à pas feutrés du violon au sein des sonorités graves de l'orchestre dans une cantilène hypnotique et envoûtante aux dissonances mystérieuse et menaçantes qu'on imagine venues d'un autre monde, lunaire peut être, véritable désert musical chaotique fait d'épure, de squelettes musicaux, de bribes mélodiques et de fantômes de danse, comme autant de signaux agoniques envoyés par une humanité qui refuse de sombrer dans le néant. Pat Kop, en se fondant totalement dans l'orchestre nous en livre une interprétation flamboyante, haute en couleurs, où le violon répond crânement aux violents staccatos des bois, aux beuglements dramatiques des cuivres et aux pizzicati et attaques cinglantes des cordes dans un maelstrom de timbres orchestraux conduit de main de maitre par dont on admire, tout à la fois, la précision et la clarté de la direction. Initié par la clarinette basse, l'Andante grazioso, développe une courte mélodie d'un lyrisme intense teinté d'inquiétude, avant que l'Allegro final plus engagé ne se déploie sur une dynamique plus construite jusqu'au climax de la cadence où virtuosité et lyrisme se conjuguent avec d'infinies nuances, concluant une lecture sublime qui nous laisse sans voix…

Heureuse et facile transition puisque c'est précisément le Ring sans paroles qui occupe à lui seul toute la seconde partie ! Choix judicieux qui vient à point nommé, n'en déplaise à certains tenants du Regietheater, pour affirmer haut et fort que l'opéra est aussi de la musique ! Soixante-cinq minutes de musique continue pour donner un fidèle reflet de quinze heures d'opéra : telle est la gageure de , soutenue par Tarmo Peltokoski dont on apprécie la précision, la lisibilité, le charisme de la direction portée par une gestique souple, économe, parfois hypnotique bien que se laissant, par instants, entrainer dans quelques excès bien excusables, reflet de sa passion maintes fois affirmée pour le maitre de Bayreuth… Exercice de direction certes, mais également superbe exercice d'orchestre mettant en avant tous les pupitres d'un « Philhar » chauffé à blanc. Ouvert sur les lancinante oscillations orchestrales dans un phrasé très narratif l'Or du Rhin fait valoir la netteté des timbres, la subtilité des transitions, la solennité bien contenue des cuivres ; La Walkyrie, réduite pour l'essentiel à la célèbre Chevauchée n'en oublie pas moins de faire montre d'un bel enchantement du feu avec une rutilante petite harmonie et un engagement sans faille des harpes ; Siegfried fait encore la part belle au hautbois d'Olivier Doise, à la flûte de Magalie Mosnier, à la clarinette de Jerôme Voisin dans les Murmures de la forêt, tandis que, depuis les coulisses, le beau solo de cor d'Antoine Dreyfuss annonce l'arrivée du héros ; Le Crépuscule des dieux met en exergue le legato des cordes, la fluidité des harpes dans un sensuel Voyage sur le Rhin, la marche funèbre saisit quant à elle par sa scansion glaçante au rythme de funèbres timbales avant que la narration ne reprenne toute son ampleur sonore dans une Immolation de Brünhilde tendue qui embrase toute la maison ronde, ne laissant subsister du Walhalla que l'éclat d'une nouvelle étoile de la direction d'orchestre.

Crédit photographique : © Romain Alcaraz

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Paris. Maison de la Musique. Grand Auditorium de Radio-France. 29-III-2024. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Concerto pour violon op. 36 ; Richard Wagner ((1813-1853) : Le Ring sans paroles (The Ring, An orchestral adventure, résumé symphonique de Henk de Vlieger 1991). Patricia Kopatchinskaja, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Tarmo Peltokoski.

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