À Lausanne, Orlando le héros est fatigué
Avant sa reprise à l'Opéra de Nice-Côte d'Azur et au Théâtre de la Maestranza de Séville, l'Opéra de Lausanne fait salle comble pour cette nouvelle production de Orlando de Georg Friederich Haendel révélant le talent de la soprano Ana Vieira Leite.
Orlando aime Angelica qui aime Medoro dont Dorinda est amoureuse mais qui ne l'aime pas. Orlando devient fou de jalousie, s'imaginant avoir tué Angelica et Medoro. Fort heureusement, le mage Zoroastro guérit Orlando de sa folie et finalement tous se pardonnent et célèbrent l'amour et la gloire. C'est sur la minceur d'un tel argument que Georg Friedrich Haendel compose deux heures et demie d'une musique foisonnante qu'on ne cesse de jouer de théâtres en théâtres. Dans le livret original, les didascalies, la description des décors, les changements d'ambiances, les passages du réel au surnaturel, la folie d'Orlando supposent des machineries complexes, des effets scéniques fantasmagoriques. Même si aujourd'hui les théâtres possèdent les moyens techniques de telles réalisations, Mariame Clément a pris l'option de mêler quelques images de la chevalerie propre aux écrits de l'Orlando Furioso de l'Arioste à son parti pris de l'incarner dans un monde contemporain. Malheureusement, une certaine carence de direction d'acteurs nuit à la dynamique de scène, en particulier dans les reprises da capo de la partition qui ne sont pas travaillées pour elles-mêmes que ce soit scéniquement ou vocalement. Par son manque de magie, de rêves – mêmes morbides -, de personnages contrastés, voire dessinés à grands traits, ce spectacle nous laisse quelque peu sur notre faim.
En passant sur l'opportunité de cette conversation téléphonique entre deux jeunes filles de notre temps, diffusée sur haut-parleurs, et du griffonnage de quelques mots sur un écran géant pour résumer l'histoire à laquelle nous sommes conviés, le rideau se lève sur un énorme casque de combattant d'époque arthurienne occupant l'entier de la scène. Pendant que résonne l'ouverture, un personnage hirsute se revêt de jambières, d'une robe aux insignes d'une éventuelle chevalerie, d'un heaume et se ceint d'un fourreau d'où il extirpe une épée qu'il balance gauchement devant lui. C'est Orlando, le héros. Il délaissera prestement cet accoutrement pour entrer dans un bar que l'on découvre lorsque que le casque géant se scinde. C'est dans cet univers particulier que va se dérouler la majeure partie de l'intrigue haendélienne.

Manquant de présence scénique, car peut-être mal dirigé, le contre-ténor Paul-Antoine Bénos-Djian (Orlando) ne donne pas l'impression d'être le héros tel que le livret le profile Il ne transpire pas la folie ou la jalousie qui doit l'habiter et dont la partition de Haendel en fait un des moments les plus éclatants. Apparaissant en héros fatigué plus qu'en combattant de l'amour courtois décimant tout sur son passage pour la gloire et l'amour de sa dulcinée, son chant, comme son jeu, peinent à convaincre de la réalité du personnage. De son côté, la trop sage image d'Angelina (Marie Lys) ne convient guère au caractère fougueux et démonstratif de la soprano lausannoise. Son chant, s'il ne souffre d'aucun reproche reste bien en deçà de la brillance et de la virtuosité qu'on lui connaît. En revanche la soprano Ana Vieira Leite (Dorinda) semble totalement à l'aise dans ce rôle mi-tragique mi-comique de l'amoureuse éconduite. Excellente comédienne, son chant est marquée de vérité avec une voix souple et agile. Sa scène mélancolique (et alcoolisée) du deuxième acte reste l'un des moments artistiquement les plus habités de cette production. Car, oui, si tout est chanté, rares sont les moments où l'émotion passe au-dessus des mots et des notes. Encore un portrait peu abouti avec Medoro (Paul Figuier au chant lissé) où Mariame Clément aurait mieux pu montrer son ambivalence amoureuse avec Dorinda qui le provoque et Angelina qu'il aime. Quant à la basse Callum Thorpe (Zaraostro), vocalement impressionnant, tantôt mage, tantôt pilote de ligne ou médecin psychiatre, la démultiplication de son personnage en gomme la magie.
Dans la fosse, l'Orchestre de Chambre de Lausanne brille de beaux éclats sous la direction efficace et pertinente du chef britannique Christopher Moulds.















