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Simon Rattle et la Radio Bavaroise pour une enthousiasmante Symphonie n°2 de Mahler

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Munich. Isarphilharmonie. 19-III-2026. Henry Purcell (1659-1695) : Remember not, O lord Z 50 ; Robert Schumann (1810-1856) : Nachtlied (Chant de la nuit), sur un texte de Friedrich Hebbel, op. 108 ; Gustav Mahler : Symphonie n° 2. Louise Alder, soprano ; Beth Taylor, mezzo ; Chœur de la Radio bavaroise ; direction : Simon Rattle.

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Peu importe des choix de tempo discutables dans les détails : dans une œuvre qui lui est chère, Rattle obtient le meilleur de son orchestre.

aime la Deuxième Symphonie de Mahler, on a eu beaucoup d'occasions pour s'en rendre compte ; après l'avoir enregistrée à Birmingham puis à Berlin, après l'avoir emmenée en tournée avec le Philharmonique de Vienne, la voilà à son programme avec l'orchestre dont il est aujourd'hui le directeur musical : il a succédé à ce poste à Mariss Jansons qui aimait lui aussi particulièrement cette œuvre, et l'attente ne peut être que grande.

Avant d'en arriver là, Rattle a mis au programme deux courtes œuvres qui permettent au public de profiter un peu plus du . Une œuvre sacrée, Remember not de Purcell, une œuvre profane, le Nachtlied de Schumann, voilà qui correspond bien à la double nature de la musique de Mahler. L'effectif imposant pour la courte pièce a cappella de Purcell crée un effet de masse pas très baroque, mais on admire déjà la manière dont cet imposant volume sonore est sculpté ; c'est encore plus vrai dans les délicatesses romantiques de la pièce de Schumann, même si on aimerait que la coordination avec l'orchestre soit un peu plus précise.

L'orchestre s'accorde alors à nouveau pour la pièce principale du programme. Le premier mouvement est pris par Rattle à un tempo particulièrement retenu, qui fait alterner moments de recueillement particulièrement émouvants et baisses de tension qui créent par moments une certaine frustration. Dans l'entame du mouvement, Rattle donne à la noirceur des contrebasses le premier plan, avec un sens du mouvement qui emporte, mais ne dure guère. Pour autant, malgré les baisses de tension, on voit vite que l'interprétation de Rattle est beaucoup plus construite et pensée que celle de tant de collègues jeunes et moins jeunes qui ne savent jouer Mahler que par effets de quelques secondes, par à-coups qui ne cherchent qu'à impressionner sans souci de la structure d'ensemble. Les contrastes sont là, clairement lisibles mais jamais excessifs, et l'orchestre a tout le temps qu'il lui faut pour donner tout son potentiel de couleurs solistes et de textures collectives.

Les deux mouvements instrumentaux qui suivent partagent les mêmes qualités, cette clarté du dessin et ce sens souvent presque dansant du mouvement, au profit de la richesse des couleurs. On aimerait seulement, dans le troisième mouvement, que Rattle prenne un peu plus au sérieux l'indication « Nicht eilen », ne pas se presser, placée par Mahler en tête du mouvement : dans cette symphonie où les indications de tempo incitent presque toujours à prendre son temps, on ne peut nier que cet allant a une certaine séduction, mais le contraste qu'il crée ainsi avec les mouvements qui l'entourent n'est pas très heureux. L'émotion revient heureusement avec Urlicht chanté avec délicatesse par Beth Clayton, qu'on avait récemment pu voir dans la Huitième Symphonie avec Kirill Petrenko, et dont le timbre sombre et riche fait à nouveau merveille.

Avec le grand élan optimiste du final, Rattle est chez lui, et son enthousiasme est communicatif. Le timbre lumineux de Lucy Crowe rejoint Beth Clayton et le toujours admirable chœur, pour une dernière partie où Rattle convainc toujours par sa façon de ne jamais sacrifier l'ensemble au souci du détail. Il pousse l'acoustique volontiers (trop) généreuse de l'Isarphilharmonie jusqu'à ses derniers retranchement, mais il réussit à éviter la saturation et à préserver jusque dans le fortissimo le plus extrême la lisibilité de l'image orchestrale. L'orchestre continue à suivre son directeur musical avec grand engagement, préservant sa qualité technique que les années Jansons avaient portée à un niveau inédit, et c'est une bonne nouvelle pour l'avenir.

Crédit photographique : © BR/Astrid Ackermann

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