Le Festival de Pâques de Deauville fête ses 30 ans
Pour son 30e anniversaire, le Festival de Pâques de Deauville a invité pour son dernier week-end les célèbres Renaud Capuçon, Edgar Moreau, Bertrand Chamayou ainsi que Gabriel Durliat. Mais avant d'en profiter, nous avons pu, le week-end dernier, découvrir notamment les Quatuors Hermès et Hanson réunis pour jouer en octuor, ou redécouvrir auparavant le passionnant Quintette n°2 de Martinů.
Pour cette édition anniversaire, le festival de Pâques de Deauville se montre fidèle à lui-même. À cette occasion, le directeur Yves Petit de Voise a invité une sélection d'artistes, pour certains jeunes et soutenus par la Fondation Singer-Polignac, pour d'autres grands défenseurs du projet depuis de nombreuses années, à l'instar de Renaud Capuçon ou Bertrand Chamayou. Sur le deuxième des trois week-end, trois concerts se sont enchaînés autour d'œuvres de chambre plus ou moins célèbres. Parmi les plus connue, l'Octuor de Mendelssohn ou Ma Mère L'Oye de Ravel en version pour deux pianos. Au centre, un programme intégralement tchèque, sans doute le plus attirant des trois soirs.
Le vendredi 24 avril, Guillaume Bellom et Ismaël Margain commencent par affirmer leur complicité autour des Variations sur un thème original, D.813 puis de la Fantaisie, D.940 pour piano à quatre mains de Schubert. Mais si la seconde pièce et son thème bien connu profitent de l'entrain et du plaisir des deux artistes à jouer ensemble, sans doute auraient-ils pu adoucir le toucher sur les Variations pour leur offrir plus de subtilité. Dans cette première partie, Ismaël tient les aigus et Guillaume les graves et les pédales, ce qu'on préfère à l'inverse en fin de concert. Car pour la dernière partie, Ma Mère L'Oye trouve bien de grandes envolées par moments, mais subit un manque de concentration dû à un fou rire d'Ismaël quand Guillaume caricature le chant d'oiseau au début de Laideronnette, et les pédales sont souvent moins adaptées au clavier. Avant cette pièce, Ravel a profité du violon très expansif de Mi-Sa Yang se voyant ici bien accompagnée par le violoncelle de Léo Ispir et le piano de Guillaume Bellom.
Plus passionnant le concert du samedi est intégralement tchèque. Intégralement ? Non, car le pianiste Jonas Vitaud, après une Sonate « 1905 » de Janáček emportée dans la contemplation de la mort par la lenteur de son second mouvement, a voulu nous offrir une courte pièce du compositeur hongrois centenaire György Kurtág. Malheureusement, Les Adieux (à la manière de Janáček) tirés du livre 6 des Játékok sont joués dans une inédite version pour smartphone et piano, l'intrus ayant sonné au moins une minute sur les deux que dure la pièce !
Dans le Quintette n°2 de Bohuslav Martinů, c'est toujours Jonas Vitaud qui tient le piano, derrière un quatuor à cordes original qui réunit le premier violon et l'alto du Quatuor Hermès, avec David Moreau au second violon et Caroline Sypniewski au violoncelle. Si cette fois, la pièce est légèrement perturbée par des applaudissements à la fin du Poco Allegro (et les grognements du directeur musical du festival pour les interrompre), on profite pleinement du travail d'ensemble des musiciens pour redécouvrir cette partition d'une incroyable modernité. À l'Adagio, la répétitivité est telle que l'on croirait du Steve Reich, une cellule rythmique étant reprise en boucle par deux fois pendant de nombreuses mesures. Le Scherzo revient à plus de couleurs, bien emmené dans le rythme du piano et son accord impeccable avec le violon d'Omer Bouchez. En seconde partie de concert, la Sérénade pour vent, op.44 d'Antonín Dvořák rappelle qu'il faut aussi un violoncelle et une contrebasse pour la jouer. Et au milieu de l'ensemble à vent Ouranos rodé à l'ouvrage – où l'on a à peine le temps de voir les deux clarinettistes passer d'un instrument en la à l'autre si bémol en plein milieu du finale – ressort au centre du groupe la violoncelliste Caroline Sypniewski, souvent bien relayée par les graves de la contrebasse de Yann Dubost.
Lors du troisième et dernier concert du week-end, le programme s'organise autour du chef-d'œuvre qu'est le Trio n°2 de Chostakovitch, joué par Shuichi Okada, Bumjun Kim et Adam Laloum. Mais si le pianiste convainc véritablement par l'intellect et, quand il le faut, par la percussivité de son toucher, l'interprétation manque parfois de froideur et d'impact dans les cordes pour véritablement marquer. En revanche, autour, qu'il s'agisse des Deux pièces pour octuor à cordes, op.11 du jeune Chostakovitch (18 ans) ou de l'Octuor op.20 du jeune Mendelssohn (16 ans), chacun est interprété de manière incarnée par l'assemblage des Quatuor Hermès et Hanson. Dans les deux pièces russes, le Quatuor Hanson tient les premiers pupitres de chaque partie, au profit des graves bien identifiables du violoncelle de Simon Dechambre. Dans l'œuvre de l'Allemand, le Quatuor Hermès tient les premières places, avec pour avantage de laisser encore certains très beaux passages au violon d'Omer Bouchez.
Et si ce deuxième week-end s'achève sur cet octuor à cordes, c'est pour mieux laisser le Festival reprendre dès le jeudi 30 avril avec celui pour cordes et vents de Schubert lors du troisième et dernier week-end de cette édition anniversaire.









