Avec Babel torre viva, David Coria mêle les origines pour mieux servir le flamenco
Le danseur-chorégraphe de flamenco David Coria propose dans sa nouvelle création un flamenco contemporain, Babel Torre Viva. Le spectacle marque la pré-ouverture du festival Agora Montpellier danse.

En sorte d'apéritif, de tinto verano, vin limé espagnol, le festival Agora Montpellier danse a proposé un spectacle une semaine avant son véritable lancement. En complicité avec le Théâtre Molière de Sète, il a choisi l'enchanteur cadre du théâtre de la mer. Ce plein air au soleil couchant face à la grande bleue donne au plateau une dimension très large. A leur entrée en scène, les danseurs emmenés par David Coria, quatre femmes et trois hommes, semblent cheminer depuis un moment. Lentement ils se dirigent de l'avant scène à jardin (gauche) au fond de scène à cour (droit). Cet axe sera beaucoup pratiqué par les danseurs, regards tournés vers l'arrière comme s'ils voulaient nous entrainer dans leur sillage au delà du fond de scène donnant sur la mer éclairée.
A l'avant du lent cortège une femme monte sur les épaules d'un danseur. Les autres se tendent vers cet équilibre fragile. Ils tentent une première construction. Pour preuve, la danseuse tombe dans les bras de ses compagnons de jeu.
Mais l'ensemble de la troupe fait corps. Dans une ronde, les sept interprètes mêlent leurs différences d'origines : espagnole, sud-américaine, japonaise, étasunienne, israélienne. David Coria nous parle d'aujourd'hui à travers ce mythe de la tour de Babel. Au fil du temps, dans la danse, la symbolique de la construction de la tour, disparait au profit d'un langage de flamenco plus marqué. Le zapateo est appuyé par une guitare basse. Un rock progressif porté par un saxo aux accents arabisants électrise les mouvements d'ensemble des danseurs. Les bras tendus vers le ciel étoilé.
Dans son premier solo, David Coria lâche toute son énergie dans ses jambes : la virtuosité de son flamenco est toujours aussi impeccable. Comme s'il ne pouvait arrêter ses membres il tombe face contre le sol. Ses pieds continuent leur jeu de percussions.
David Coria ne néglige pas les codes du flamenco. L'ensemble de castagnettes portées par les danseurs dans un tableau collectif marque le moment. Des solos jaillissent du collectif, très appuyés et scandés sur fonds d'accords très orientalistes de flûte. Puis ce sont les racines irlandaises du flamenco que viennent solliciter les musiciens pour porter un duo masculin très aérien.
De cet enchaînements de tableaux, se détache une nouvelle fois un solo de David Coria en face à face avec le chant a capella de David Lagos. Les deux artistes se connaissent bien. Ils avaient déjà foulé ensemble la scène du théâtre de la mer pour le spectacle ¡Fandango!. La grande sobriété du chant et du jeu est d'une redoutable efficacité.
L'intention de la tour de Babel n'apparait pas franchement dans la chorégraphie. Le cosmopolitisme est, en revanche, très présent dans les musiques, puisant dans les racines du flamenco : espagnole, arabe, celte, orientale, et pour finir indienne pour une nouvelle ronde des interprètes avant un final sur une note allègre. Les danseurs dans un alignement face au public déroulent un dernier jeu très enlevé.
Cette danse donne au collectif tout son sens commun. Babel torre viva affirme l'importance du vivre ensemble dans une époque marquée par les fractures.














