Les racines caribéennes du Chevalier de Saint-George et de Thierry Pécou
Le violoniste français d'origine guadeloupéenne Romuald Grimbert-Barré et le compositeur Thierry Pécou rendent un bel hommage à Joseph Bologne, dit le Chevalier de Saint-George (1745-1799), entre classicisme et racines caribéennes.
Joseph Bologne de Saint-George, dit le Chevalier de Saint-George (1745-1799), pourrait être un personnage tout droit sorti d'un roman d'Alexandre Dumas. Né en Guadeloupe, métis d'une mère descendante d'esclaves et d'un père français, élevé à Paris au sein de la haute société, le Chevalier de Saint-Georges fut un héros étonnant du Paris du XVIIIᵉ siècle. Escrimeur de renom, tireur d'élite, compositeur, violoniste virtuose, gestionnaire d'orchestre, franc-maçon, figure de proue du mouvement français contre l'esclavage, engagé dans la lutte révolutionnaire, il dirige une milice d'environ 1 000 hommes de couleurs, il participe également à la lutte d'indépendance des Etats-Unis, emprisonné, il frôle la guillotine… Violoniste virtuose, il compose une douzaine de concertos pour l'instrument, mais également plusieurs symphonies concertantes, des opéras. Sa musique fougueuse illustre parfaitement la vie hors norme de ce compositeur intrépide, mais finalement assez peu joué et enregistré.
Grand connaisseur et défenseur du Chevalier de Saint-George, le violoniste Romuald Grimbert-Barré, lui-même d'origine guadeloupéenne, a tenu à revisiter le compositeur « caribéen », en enregistrant deux de ses plus célèbres concertos, et en demandant au compositeur Thierry Pécou (né en 1965) de lui composer un Concerto « Hommage au Chevalier de Saint-George ».
Contemporain de Joseph Haydn et de Wolfgang Amadeus Mozart, élève de Jean-Marie Leclair (1697-1764) pour le violon, et François-Joseph Gossec (1734-1829) pour la composition, le Chevalier de Saint-George est évidemment totalement empreint de culture classique. Ses Concertos pour violon, op. 8 et op.5 n°2, joués par Romuald Grimbert-Barré accompagné par l'Orchestre national de Cannes sous la direction de Benjamin Levy, n'ont rien de révolutionnaires dans la forme. Si la grâce mélodique mozartienne n'a rien d'originale, il en est tout autre de la virtuosité violonistique demandée. Le Chevalier de Saint-George peut être considéré comme le Paganini d'avant Paganini, par la pyrotechnie de certains traits, l'esprit pétillant et vif qui parcourt l'ensemble des œuvres. Mais, contrairement à Paganini, cette virtuosité est toujours mise au service de la musique, toujours pour « souligner le caractère rayonnant du violon« . Le timbre chaleureux, l'archet virevoltant de Romuald Grimbert-Barré, s'accordent parfaitement à l'esprit solaire de ces concertos où l'orchestre, il faut bien l'admettre, joue un peu les faire valoir.
Il n'en est rien par contre dans le Concerto « Hommage au Chevalier de Saint-George », composé par Thierry Pécou à l'intention de Romuald Grimbert-Barré. L'orchestre symphonique au grand complet convoque toute la richesse de ses timbres dans cette partition foisonnante où le compositeur a voulu littéralement retranscrire la vie trépidante du Chevalier de Saint-Georges, le violon étant l'incarnation du personnage. Le premier mouvement, Rixes, tout en esquives, attaques, feintes et parades, évoque l'escrimeur d'élite qu'était Joseph Bologne. L'archet de Romuald Grimbert-Barré se transforme alors en fine lame. Le second mouvement, Padjanbèl, avance au rythme de la Gwoka, genre typiquement antillais. Enfin, le final, Révolutions, est une longue méditation montant en puissance, symbolisant les idéaux révolutionnaires du Siècle des Lumières. Violon et orchestre y sont étroitement imbriqués. Romuald Grimbert-Barré et l'Orchestre national de Cannes sous la direction de Benjamin Levy, trouvent toujours le bon équilibre dans cette partition particulièrement inspirée, ne tombant jamais dans le pastiche.
Lire notre critique du documentaire consacré au Chevalier de Saint-George:
Saint-George : de l'esclave affranchi aux hautes sphères de la société française du XVIIIe siècle












