Le temps d’aimer la danse à Biarritz… en apesanteur !
Pour la dernière édition du festival Le Temps d’aimer la danse sous la direction de Thierry Malandain, de grands noms étaient convoqués comme Benjamin Millepied qui a ouvert le festival avec l’avant-première mondiale de Summerland, mais aussi Rachid Ouramdane, directeur de Chaillot. La danse basque et les jeunes compagnies étaient également nombreuses à animer les différents espaces de spectacle.

Quoi de mieux, en cette fin d’été que la douceur enveloppante de la pop délicate de la chanteuse November Ultra pour entamer un festival toujours très attendu ? On le sait, l’ex-danseur étoile du New York City Ballet, ancien directeur du Ballet de l’Opéra national de Paris et chorégraphe Benjamin Millepied, aime à partager ses coups de cœur musicaux (comme avec Grace à la Scène musicale ou Barbara du bout des lèvres à voir en novembre à Paris aux Folies Bergères). Il affirme être littéralement tombé amoureux de la musique et de la voix enchanteresse de l’artiste française November Ultra, à tel point qu’il a conçu le ballet Summerland autour de ses compositions et de sa présence, puisque l’artiste est sur scène pour interpréter certains morceaux ou se joindre aux neuf danseurs virtuoses. De fait, on est charmé et transporté immédiatement dans un monde de douceur enveloppante, accentué par une scénographie sobre faite de voilages légers, à peine rosés, tendus tout autour de l’espace scénique. Les couleurs acidulées, la douceur de la musique et de la chorégraphie qui réunit tous types de duo dans des compositions délicates faisant la place belle aux portés et aux enlacements, comme autant de promesses amoureuses, sont comme des bonbons à déguster lentement. Ensembles, duos et solos s’enchainent sur les morceaux de November Ultra, comme des bulles de savon acidulées. Mais les bulles finissent toujours par éclater et ce qui charmait au début du spectacle fini par lasser par manque d’évolution chorégraphie ou musicale. C’est vraiment dommage car la promesse est belle et la réalisation sans faute.

Après l’univers éthéré de Summerland, Halley du duo de chorégraphes navarrais Led Silhouette, accompagné fidèlement par le festival et le CCN Malandain Ballet Biarritz, nous transporte en apesanteur. Un cosmonaute traverse la scène du théâtre du Casino de ce pas typique des sorties lunaires, avant qu’un groupe de danseurs, enfermés dans une pièce grise, se déplacent également avec lenteur, comme détachés de toute gravité. Sur une bande son envoutante et parfois angoissante, le groupe apparaît finalement comme enfermé, pris au piège de cette pièce sans issue dans laquelle il est filmé. Mais par qui ? Pourquoi ? Avec une danse très contemporaine, théâtrale, le groupe se débat dans une ambiance mi poétique-mi futuriste. L’entraide et la solidarité dominent, tant que chacun joue son rôle. Quand une porte s’ouvre, une fois passée l’euphorie de la liberté de mouvement, le doute se réinstalle. Des courses effrénées, des apparitions-disparitions d’un côté et de l’autre de l’espace, des mains qui se tendent, qui s’agrippent… les danseurs s’ébattent et se débattent, presque embarrassés par cette liberté dont ils ne savent que faire finalement. Et que faire de la main tendue ? L’accepter ou s’en méfier ? Halley ressemble à une fable métaphorique sur la peur de l’autre et ce qu’elle peut produire, mais aussi de la continuité qui nous unit depuis les débuts de l’humanité. Créée en 2024, cette pièce a été nommée l’année suivante aux Premios Talia dans les catégories meilleur spectacle de danse et meilleure chorégraphie.

Apesanteur et légèreté toujours avec les dix danseurs-acrobates réunis par Rachid Ouramdane, directeur de Chaillot – Théâtre national de la Danse, pour Contre-Nature, une fresque céleste où la poésie naît de la rencontre entre la danse et le cirque, entre la douceur et la virtuosité. La grande scène du théâtre Quintaou d’Anglet est envahie de fumée, des silhouettes apparaissent, disparaissent, avancent, reculent… Le rythme est lent, doux puis s’anime peu à peu avant de retomber à nouveau, comme le flux et le reflux de la mer. Les danseurs, en osmose totale, réalisent des portés inédits, composés de trois personnes empilées sur les épaules des uns et des autres notamment. D’autres tournoient, en l’air ou au sol, ressemblant ainsi à des patineurs sur la scène d’une blancheur immaculée qui évoque la glace. Osmose mais aussi confiance, quand il s’agit de se laisser tomber, parfois de très haut, en étant sûr que quelqu’un sera là pour vous rattraper. Dans Contre-nature, le mouvement est perpétuel, il ne s’arrête jamais. Les danseurs apparaissent et disparaissent à tour de rôle, s’évaporent parfois, grâce à de jolies trouvailles chorégraphiques et scénographiques. Ainsi le lien n’est jamais rompu, même lors de l’absence. Si les prouesses acrobatiques des interprètes impressionnent, l’émotion n’est pas absente de ce spectacle hybride créé fin 2024 à Chaillot.
















