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Un après-midi pour les jeunes quatuors à la Biennale de la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie. Le Studio. Biennale de Quatuors à cordes. 10-I-2026.
13h. Quatuor Magenta ; œuvres de Wijeratne, Merlin, Bacewicz.
13h45. Quatuor Fibonacci ; œuvres de Grime, Bartók
14h30. Quatuor Akilone ; œuvres de Xu Yi, Beethoven
15h30. Quatuor Elmire ; œuvres de Haydn, Essyad
16h15. Quatuor Hermès ; œuvres de Webern ; Sinnhuber, Korngold

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Six phalanges à l'orée de leur carrière font l'ouverture de la 12ᵉ édition de la dans l'espace du Studio de la Philharmonie de Paris où elles donnent à apprécier leur talent d'interprètes ainsi que le choix de leur programme.

La scène est érigée au centre du public et l'angle d'écoute sans cesse modifié par le changement de position des quatre archets sur le plateau. Les quatuors ont pour mission de jouer la musique d'aujourd'hui (parfois en création) et de boucler leur programme dans un espace-temps de 45 minutes.

C'est le , le plus jeune des six (fondé en 2021) qui débute ce marathon (de 13h à 18h30 quasi non-stop !). La formation (quatre jeunes dames) est parisienne, Grand Résident à ProQuartet (Centre Européen de Musique de Chambre) et en résidence à la Fondation Singer-Polignac. L'affiche est prometteuse avec Two Pop Songs on Antique poems du Canadien d'origine srilankaise Dinuk Wijjeratne (compositeur, chef d'orchestre et pianiste), un cross-over rafraichissant qu'elles font sonner avec élan et frénésie communicative. Les Magenta défendent la musique des compositrices, jouant le Quatuor n°1 de (1909-1969), grande dame de la musique polonaise dont le geste puissant, la maîtrise formelle et la richesse du matériau sont autant de qualités révélées sous les archets des interprètes. Elles donnent enfin en création mondiale le quatuor à cordes très attendu de , ex-violoncelliste des Ébène qui connait bien son répertoire. Que de références encloses dans La jeune fille (clin d'œil à Schubert), une courte pièce de 7 minutes aux mille facettes défendue bec et ongles par nos quatre musiciennes à qui il est demandé de siffler le thème célèbre de La Jeune Fille et la Mort !

Grand Résident à ProQuartet pour les saisons 2025-2027, le , fondé en 2019, est londonien dont l'expertise le conduit à enseigner à la Royal Academy of Music de Londres. S'il est réputé pour ses arrangements originaux de répertoire non classique, ce penchant ne transparaît pas dans les œuvres choisies. De la compositrice écossaise , le Quatuor à cordes n° 1 (2014) est gorgé d'énergie sous le geste engagé des interprètes donnant à entendre les méandres d'un cheminement intérieur. Ambitieux, le choix du Quatuor à cordes n° 5 de est dûment assumé même si dynamiques et contrastes souvent dans l'excès du geste sont au détriment du timbre et des textures recherchés par le compositeur, notamment dans les deux superbes nocturnes.

Quinze ans d'existence, déjà, pour le , quatre filles à la recherche de nouveaux formats de concert et tournées vers la création qui enchantent l'espace du Studio avec le quatuor n° 3 (2025) de intitulé Cinq transformations. « Âme chinoise, cœur français », telle est la formule de la compositrice pour formuler sa pensée compositionnelle, dont la musique est inséparable du geste du rituel et du jeu de la lumière. Des petites percussions dans les mains des instrumentistes (le tambour d'eau, le bol tibétain, les fouets en bambou, etc.) signalent le cheminement des Cinq transformations englobant les cinq dynamiques de base qui sous-tendent l'évolution du Yin et du Yang : l'eau, le feu, le métal, le bois et la terre auxquelles un espace scénique différent est dédié. « En hiver, commencer par l'eau », conseille la compositrice. L'économie du matériau est la règle (la seule note « La » ornée pour l'eau), le son est parfois bruité (le feu) et le plus souvent modulé par les glissandi (comme la langue à ton chinoise), le spectre harmonique ( a été l'élève de Gérard Grisey) s'élevant au-dessus d'une fondamentale (son rampant du violoncelle) pour la terre. Les musiciennes s'entraident pour pouvoir jouer à tour de rôle les percussions et se sont libérées de la partition. Quelques mots chinois sur leur lèvre ajoutent, in fine, au mystère de ce cérémonial imaginaire.

Poursuivre avec le Quatuor à cordes n° 16 de Beethoven est un vrai défi ! L'accord est fragile et la stabilité rythmique sur le fil. Mais la vitalité du discours et l'élégance de la ligne ressortent, tout comme les rebonds piégeux du Vivace/Scherzo dont se jouent les quatre musiciennes. Avec un violoncelle chaleureux et une vibrante émotion, c'est l'expression d'une grande sensibilité qui se manifeste dans le superbe lento assai.

Le est sur la scène après un très (trop) court entracte. Fondé en 2017, il est déjà bardé de récompenses, second prix du prestigieux concours de Genève, notamment. Haydn est à l'affiche avec le Quatuor n° 5 de l'opus 76, chef d'œuvre du genre parfaitement maîtrisé par la phalange. On est moins convaincu par le choix du quatuor avec soprano (Maud Bessard-Morandas) de Dans l'ombre de l'abandon donné en création mondiale. La pièce s'étire en longueur, déployant une polyphonie dense sur laquelle se superpose la ligne vocale sans réelle connexion avec l'écriture des cordes. La syntaxe est étrange (des maqâms microtonaux) et l'errance formelle entretenue, qui noie rapidement l'écoute et vire au naufrage.

Si le retard accumulé (inévitable dû au changement de plateau) ne nous permet pas d'entendre le Quatuor Barbican, la prestation du , le plus ancien des six, comble nos attentes. Fondé en 2008 par quatre musiciens issus du CNSM de Lyon, la phalange, qui fêtera bientôt ses vingt ans, n'en est plus à ses premiers essais, ayant, entre autres, bénéficié jusqu'à sa disparition des conseils d'Alfred Brendel. Le programme choisi est épatant, sortant de l'ornière classique tout en offrant un panel de styles et de sonorités singulières. Ainsi cette page de jeunesse d', Langsamer Satz (1905), où transparait le lyrisme d'un Brahms (et ses canons) s'émancipant de son modèle. L'intonation est sûre et l'équilibre sonore entretenu par un violoncelle souverain. Il est en vedette dans Onze heures et demie dans les herbes, le quatuor n° 3 de dont on entendra également le deuxième quatuor durant la Biennale sous les archets des Dutilleux. Fraiche comme la rosée du matin, fragile comme le brin d'herbe agité par le vent et toujours en mouvement (oscillation, pulsation et autre accélération), la musique de Sinnhuber, joueuse et facétieuse, ravit l'écoute, jouée « au cordeau » par des interprètes qui ont créé la pièce en 2024. Ils terminent avec le Quatuor n° 2 en mi bémol majeur d', écrit en 1933, juste avant son départ aux USA. Le dernier souffle du romantisme passe entre les pupitres dont l'assise rythmique, la pâte sonore malléable, le phrasé qui respire et la gestion très souple de la temporalité font merveille. Très belle est cette lumière voilée qui baigne l'Intermezzo tandis que le final Walzer, tout à fois virtuose et fantaisiste, termine joyeusement le quatuor.

On peut espérer, dans la prochaine Biennale, retrouver les Hermès dans la cour des grands.

Crédits photographiques : © www.quatuormagenta.com ; © xuyi.fr ; © Lyodoh Kaneko

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Paris. Philharmonie. Le Studio. Biennale de Quatuors à cordes. 10-I-2026.
13h. Quatuor Magenta ; œuvres de Wijeratne, Merlin, Bacewicz.
13h45. Quatuor Fibonacci ; œuvres de Grime, Bartók
14h30. Quatuor Akilone ; œuvres de Xu Yi, Beethoven
15h30. Quatuor Elmire ; œuvres de Haydn, Essyad
16h15. Quatuor Hermès ; œuvres de Webern ; Sinnhuber, Korngold

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