Rigoletto à l’Opéra de Bavière, une nouvelle production sans danger
Avec une distribution dominée par Ariunbaatar Ganbaatar et Serena Sáenz, le spectacle souffre d'une direction trop effacée, mais bénéficie d'un chœur formidable.
Rigoletto à Munich, les lyricomanes s'en souviennent : qu'on l'ait vu ou pas, la production de Doris Dörrie façon Planète des Singes avait fait parler d'elle. Elle n'avait connu que 17 représentations et avait rejoint les limbes deux ans et demi après sa première en 2005, pour le meilleur ou pour le pire. Vingt ans plus tard, voilà Rigoletto de retour sur la scène du Nationaltheater, dans une mise en scène de Barbara Wysocka garantie 100 % sans singes. L'avenir nous dira si elle fera mieux que 17 représentations.
Sa mission, en tout cas, est visiblement de s'intégrer au répertoire sans faire de bruit, et dans cette perspective elle remplit à peu près le contrat, malgré une direction d'acteurs qui mériterait d'être approfondie. Le cadre glacé et grandiloquent des scènes de cour, la pauvre chambre où Gilda est recluse, la sinistre auberge du dernier acte, tout cela est bien visible sur scène, et les quelques scènes SM dans la pénombre de l'auberge sont trop discrètes pour choquer qui que ce soit. Place à la musique donc ?
Là encore, l'impression que donne ce spectacle est mitigée. La faute en incombe presque entièrement à Maurizio Benini, chef certes doté d'une longue expérience dans ce répertoire, mais qui ne livre ici qu'un accompagnement sans saveur. On pourra y voir une manière de donner toute la place aux chanteurs, mais ce dont ceux-ci ont besoin, ce n'est certainement pas que la fosse leur fasse place nette : des interprètes bien moins doués que ceux réunis ce soir auraient fait une meilleure impression s'ils avaient été soutenus, poussés, par un chef qui aurait travaillé véritablement avec eux.
C'est particulièrement vrai pour le Duc de Bekhzod Davronov : on aimerait monter le son dans son air d'entrée, parce que l'orchestre ne le pousse pas à s'imposer, ce qui conduit aussi à un manque de couleurs. Le chanteur, c'est certain, est capable de délicatesse et de nuances, mais le chef n'en fait pas assez pour l'aider à faire valoir ses qualités. Heureusement, les deux autres protagonistes parviennent beaucoup mieux à se faire entendre : Serena Sáenz présente une Gilda touchante, tout sauf éthérée, dont on comprend vite que la passivité n'est pas le fond de sa nature ; les moyens de la chanteuse sont plus que généreux pour le rôle, mais cela lui évite la fadeur à laquelle la direction pourrait l'entraîner. Ariunbaatar Ganbaatar, une des révélations de ces dernières années, offre un portrait prometteur de Rigoletto, même si lui aussi souffre un peu de ne pas être plus dirigé : la voix est celle d'un vrai baryton Verdi, et ce spectacle laisse entrevoir tout son potentiel. L'Opéra de Munich peut heureusement compter sur sa troupe pour les petits rôles ici parfaitement à l'aise, comme le Marullo de Thomas Mole, ou la Maddalena d'Elmina Hasan, mais la vraie star de la soirée, c'est le chœur, qui ne semble pas souffrir d'une direction trop effacée : décidément sur une pente ascendante depuis que Christoph Heil en a pris la direction en 2023, il retrouve aujourd'hui le niveau d'excellence qui avait grandement contribué à la réputation de la maison il y a dix ou vingt ans.











