Seong-Jin Cho et Myung-Whun Chung réunis pour l’enfance à Radio France
Le pianiste coréen a rejoint l'Orchestre Philharmonique de Radio France dirigé par Myung-Whun Chung dans son engagement aux côté de l'UNICEF, avec le Concerto pour piano n°2 de Frédéric Chopin lors d'un concert en faveur de l'enfance dans le monde.

Diffusé en direct sur les ondes de France Musique (et disponible à la réécoute), le concert de ce soir est particulier, d'ailleurs Sibyle Veil la PDG de Radio France est venue en personne l'annoncer au public sur la scène de l'auditorium : « Ce concert porte un engagement, une attention à l'enfance », l'Orchestre Philharmonique de Radio France et son directeur musical honoraire Myung Whun Chung renouvelant ce soir-là leur soutien à l'UNICEF, dont Radio France est ambassadeur depuis près de vingt ans. Aux côtés d'Ann Avril, directrice générale de l'UNICEF, elle rappelle l'importance et la nécessité d'un tel engagement alors que « davantage d'enfants depuis la Seconde Guerre mondiale vivent aujourd'hui en zones de conflits ». Un message puissant et émouvant délivré devant une salle comble d'un public venu écouter un programme de format conventionnel – concerto en première partie, symphonie en seconde.
L'ouverture orchestrale du Concerto pour piano n°2 op. 21 de Frédéric Chopin nous dit déjà l'engagement expressif du chef auprès du soliste, dans un accompagnement qui ne se contente pas d'être un fond d'écrin un peu fade au bijou pianistique. Chung très à l'écoute du si fin musicien qu'est Seong-Jin Cho conduit l'orchestre dans des inflexions justes, sans emphase, le fait respirer et chanter avec lui, donne cette profondeur de champ si essentielle aux portées pianistiques de l'ouvrage. Seong-Jin Cho, qui rappelons-le remporta en 2015 le Premier Prix du Concours Chopin de Varsovie, crée le bonheur de l'écouter : rendant justice à la fraicheur juvénile d'une partition écrite par un jeune homme de vingt ans, il révèle ce qu'elle recèle de grâce, d'élans, mais surtout d'élégance et de raffinement, sans maniérisme. La beauté est là, dans la clarté du son, dans le chantournement délicat des phrases, dans le perlé des traits. Le pianiste possède l'éloquence, la puissance de souffle, mais aussi la noblesse d'expression, l'art du chant pour lui-même, dépouillé de toute velléité de démonstration, élevant cette musique très haut au-dessus des fracas du monde.

En seconde partie, des quatre composées par Johannes Brahms, l'orchestre qui s'est étoffé interprète sa Symphonie n°2 en ré majeur op. 73. Une œuvre dont le choix ne peut être plus pertinent à l'arrivée du printemps, tant elle est lumineuse, « positive » comme le dit Myung Whun Chung, porteuse d'espoir mais aussi empreinte d'une mélancolie sereine. Composée sur les rives du Wörthersee un an après la première, elle doit à ce lieu son caractère pastoral, ce souffle large et généreux à l'image des grands espaces, des collines boisées qui l'ont probablement inspirée. Et c'est cette respiration du monde dans la beauté de sa nature qui semble habiter les phrasés amples, le lyrisme intense de ses quatre mouvements portés par la baguette du chef qui en dessine l'espace. L'orchestre démontre une belle cohésion : on y admire le legato soutenu des cordes, les superbes solos instrumentaux, la beauté des cors et des bois qui s'y répondent et s'enlacent. L'Allegretto grazioso est parcouru d'un souffle léger et vivifiant. Le Finale exulte, éclairé par les rayonnantes fanfares de cuivres.
Les musiciens sont copieusement applaudis, mais aussi cette jeune fille portant fièrement un grand t-shirt bleu de l'Unicef, que le chef accueille sur la scène à la fin des saluts, dans un chaleureux geste d'affection. Une belle soirée musicale sous le signe de la générosité et de la solidarité.
Crédit photographique © Jany Campello/ResMusica
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