No no Nanette à l’Athénée par Les Frivolités Parisiennes, so french !
Après s'être illustrées dans l'opérette, Les Frivolités Parisiennes font cette fois le pari de se lancer franchement dans la comédie musicale.

Grand succès de Broadway à sa création en 1925, beaucoup reprise (dès 1926 à Paris), No no Nanette, sur une musique de Vincent Youmans, apparaît comme l'archétype de la comédie musicale américaine. Sur un texte de comédie de boulevard (le riche Jimmy Smith, qui aime tant dépenser, est en fâcheuse posture à cause des trois jeunes femmes qu'il entretient clandestinement, tandis que sa nièce et fille adoptive Nanette veut profiter de la vie avant de s'engager avec le jeune avocat Tom Trainor), musique éclatante, chansons, danses et costumes somptueux doivent faire de ce spectacle une véritable fête. On aurait pu s'attendre pour cette version française de Christophe Mirambeau à ce que seuls les textes soient adaptés et traduits, mais les chansons l'ont été aussi. Cela fonctionne bien, et le premier moment de surprise passé, les tubes « I want to be happy » et « Tea for two » révèlent eux aussi toute leur saveur. Cependant, on sort de ce spectacle de deux bonnes heures sans entracte avec une impression contrastée.
Côté pile, la scénographie ingénieuse, construite sur un jeu de grandes plaques aux couleurs acidulées, qui traversent l'espace verticalement et horizontalement, les costumes soignés ou encore les figures de tangram présentées à bout de bras par la troupe des amis de Nanette, sont une fête pour les yeux, tout comme les références subtiles au cinéma (bruitages assurés par l'orchestre, jeux d'ombres…). La performance vocale de Lauren Van Kempen en Lucille, qui interprète en particulier un très beau blues, de Marion Préïté en Nanette et d'Arnaud Masclet en Jimmy Smith sont également à saluer. L'orchestre des Frivolités Parisiennes est impeccable de bout en bout sous la direction de Benjamin Pras, sans temps mort et en parfaite synchronisation avec le plateau.

Côté face, il y a le lieu, idéal pour des chanteurs lyriques accompagnés d'un petit orchestre, et qui paraît ici un rien exigu pour des comédiens tous sonorisés et un « band » rutilant avec batterie et force cuivres. Les chorégraphies d'ensemble, bien que réglées impeccablement, peuvent faire regretter les grands numéros de danses et de claquettes des comédies musicales américaines, en un mot le swing. Enfin, le parti pris de tirer sans relâche tous les personnages et toutes les situations vers leur côté burlesque, voire bouffon, finit par lasser. Dans ces conditions, le seul personnage vraiment contrasté, celui de la revêche mais humaine domestique Pauline (Marie-Elisabeth Cornet), fait exception et fait rire à chaque apparition.
À entendre la réaction chaleureuse du public en ce soir de première, il semble que la pièce soit tombée pour la plupart du bon côté. Pour nous, elle est malheureusement restée sur la tranche.












