Après la pluie remet en scène le grand Ulysses Dove à l’Opéra de Nice
Pour la dernière représentation de la saison, Pontus Lidberg, nouveau directeur du Ballet de l'Opéra de Nice Côte d'Azur, proposait un programme en deux parties, Après la pluie, composé de deux pièces aux élans opposés.
Chorégraphe, cinéaste, danseur et directeur du Ballet de l'Opéra de Nice Côte d'Azur, Pontus Lidberg, qui a créé des œuvres prestigieuses pour l'Opéra de Paris, de Vienne ou encore le New-York City Ballet, a souhaité réunir deux œuvres abordant la condition humaine depuis deux pôles opposés. À la baguette de l'Orchestre philharmonique de Nice : Kyrian Friedenberg.
La soirée commence avec Dancing on the Front Porch of Heaven, créé par le chorégraphe afro-américain Ulysses Dove en 1993. D'une grande pureté de geste comme d'intention, ce ballet a été créé par Dove comme une réponse à la disparition de proches atteints du sida ; maladie qui l'emportera lui-même, trois ans plus tard, à l'âge de 49 ans. La musique minimaliste et lancinante d'Arvo Pärt, qui fait résonner la cloche tel un glas à intervalles réguliers tout au long de la pièce, renforce la solennité du moment. Les six danseurs sont vêtus de justaucorps blancs, les gestes sont précis, les alignements de bras et de jambes sont parfaits et forment des lignes pures. La pièce, remontée comme à l'origine par Eva Säfström, fait un très bel usage des pointes des danseuses, tandis que les garçons sont très ancrés au sol. Peu de sauts mais des grands pliés, des pirouettes ou des écarts pour cette pièce sobre mais intense. Dancing on the Front Porch of Heaven est loin du style habituel d'Ulysses Dove, connu pour ses ballets très physiques, marqués par la puissance et la vitesse. Ici, c'est la délicatesse et l'émotion qui priment, comme un écho aux paroles du chorégraphe : « Je m'intéresse au mouvement pur qui exprime une émotion pure. »
À l'opposé, Petrichor, créé par Pontus Lidberg pour le Miami City Ballet et présenté pour la première fois à Nice depuis qu'il a été nommé directeur du ballet, explose de couleur et de joie. Les dix danseurs sont vêtus de tenues bariolées, l'ambiance est légère, joyeuse, les sauts sont nombreux, donnant un ballet aussi aérien que la pièce de Dove était ancrée. Pour autant, « la sauce » ne prend pas vraiment. Est-ce l'ordre des pièces lui-même qui empêche de se projeter dans cet univers léger après l'émotion suscitée par le ballet de Dove ? Est-ce le « problème technique » évoqué par le chorégraphe pour expliquer le retard de la seconde partie du programme qui a perturbé les danseurs ? Ceux-ci semblent moins impliqués que dans la première partie et l'émotion ne passe guère malgré une bonne exécution technique. En fond de scène, des nuages noirs semblent s'amonceler sur un fond blanc sur lequel on imagine ensuite de l'eau couler. Une évocation de l'atmosphère humide et tropicale de Miami, selon Pontus Lidberg qui, à l'origine, avait créé cette pièce pour le Miami City ballet. Les costumes bigarrés créé par Andrea Spiridonakos, censés évoquer des oiseaux de paradis, ne sont guère flatteurs pour les dix danseurs qui évoluent sur le Concerto pour violon n°1 de Philip Glass. Si Lidberg explique que ce n'est pas l'orage qui l'intéresse mais ce qu'il laisse derrière lui, c'est bien la pièce d'Ulysses Dove qui reste dans les esprits à l'issue d'Après la pluie.
Crédit photographique : © Gregory Batardon
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