L’essai poétique de Ramón Andrés autour du Lamento della Ninfa
En 1638, les Madrigali guerrieri et amorosi de Claudio Monteverdi sont publiés : 23 pièces, dont le célèbre Lamento della Ninfa. Ramón Andrés en distille toute l’essence poétique dans son nouvel essai.
Au delà d’un titre peu évocateur, le style fluide et poétique du musicologue Ramón Andrés enveloppe le lecteur dès les premières lignes. On redécouvre dans le premier chapitre consacré aux nymphes (« L’humidité ») les deux lignées de ces divinités selon une « double chair » : la chair adamique et terrestre et celle qui relève de l’esprit et du subtil. Le deuxième chapitre (« De la consolation et de la brise imaginaire ») se consacre à l’histoire de la nymphe dans le madrigal de Monteverdi mais dévoile surtout, avec une sensibilité certaine et une érudition pluridisciplinaire le principe du mouvement dans cette musique novatrice : « Les nymphes rendent la musique possible, non seulement par leur art, mais aussi parce que leur nature est mouvement, propagation », selon l’essayiste.
Ramón Andrés fait une judicieuse étude comparée avec La Naissance de Vénus de Botticelli et le stile concitato qui apparaît à cette époque, telle une « brise imaginaire » propre à la perception du XVIIe siècle de ces personnages mythiques, perceptible dans plusieurs œuvres picturales prises pour exemple. Alors que la période baroque détiendra une approche charnelle de ces divinités, le musicologue n’hésite pas à la qualifier de lubrique. L’auteur mêle également la poésie et la philosophie, comme pour Pythagore qui attribua une divinité à chaque étape de la vie d’une femme, la nymphe correspondant à celle qui était donnée en mariage.
Les derniers chapitres sont naturellement consacrés à la mélodie, au chant et à la dissonance comme éléments émotionnels (« Flèches aiguës de la voix »), et au travail de composition de l’auteur Ottavio Rinuccini et du compositeur italien (« Miserella ». La descente »). Loin de se fourvoyer dans une énième étude analytique de l’œuvre, Ramón Andrés traduit toute l’essence du célèbre madrigal par une vision fine et délicate qui peut autant définir le recitar cantando comme une « ligne de séparation d’un clair-obscur », que l’ambiguïté de ces figures divines par l’évocation de la Nympholepsie.
C’est un petit essai très agréable à lire, mais son prix relativement élevé pour un format poche peut être un frein à l’achat.

















