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Unsuk Chin par Pierre Bleuse et l’EIC

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Unsuk Chin (née en 1961) : Gougalōn, scènes de théâtre de rue pour ensemble (2009) ; Double Concerto pour piano, percussion et ensemble (2002) ; Graffiti, pour orchestre de chambre (2012). Samuel Favre, percussion. Dimitri Vassilakis, piano. Ensemble Intercontemporain, Pierre Bleuse, direction. 1 CD Alpha Classics. Enregistré en février 2025 à la Philharmonie de Paris. Notice de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 60:21

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En 2011, l’ sortait un premier disque monographique consacré à (née en 1961). Aujourd’hui paraît un deuxième enregistrement regroupant trois œuvres de la compositrice, foisonnantes comme toujours et donnant lieu à un véritable feu d’artifice acoustique.

Mesdames et Messieurs, le rideau se lève : entrez dans le vortex sonore de Gougalōn, scènes de théâtre de rue pour ensemble (2009), œuvre donnée cet été en concert par le même ensemble au Centquatre-Paris, dans le cadre du Festival Manifeste ! L’irrésistible énergie, les tonalités et les atmosphères variées d’un folklore imaginaire, la complexité rythmique, le bariolisme, l’exaltation de l’instant présent… : autant d’éléments d’une musique inspirée de souvenirs d’enfance de la compositrice dans le Séoul des années 1960 et plus particulièrement des spectacles qu’y donnait une troupe d’artistes de rue. Et cette célébration de la vie commence au « Prologue – Ouverture dramatique du rideau » par des violons criards faisant penser à celui de la Mort, qu’elle accorde au début de la joyeuse Danse macabre de Camille Saint-Saëns. Les glissandi dissonants vont crescendo et semblent mener un combat contre des percussions elles-mêmes de plus en plus présentes. Les cordes s’effacent progressivement tandis que la fièvre s’empare de l’ensemble dans un embrasement foutraque… très maîtrisé ! S’ensuivent cinq mouvements courts à l’instar du prologue (de 2’35 à 3’28) aux climats bien différents : lyrique et mélancolique dans les lancinantes « Lamentations du chanteur chauve », où les notes sont étirées, notamment à la flûte et à la trompette bouchée ; euphorique et humoristique dans « Le souriant voyant aux fausses dents » introduit par un xylophone soliste tel celui du Carnaval des animaux, mais qui se serait emballé ; d’un faux pittoresque extrême-oriental dans l’« Épisode entre bouteilles et canettes » ; opiniâtre dans la « Danse autour des échecs » ; sombre (la contrebasse et le piano du début) et faussement menaçant dans « La chasse à la natte du charlatan ». À chaque fois, les instruments s’agrègent progressivement à un ensemble en constante évolution et « discutent » très savamment dans un étirement mourant de lui-même ou bien une progression tournée vers une acmé.

Le désir de fusionner les solistes et l’orchestre est sans doute à l’origine du sentiment océanique qui peut saisir l’auditeur dès les premières mesures du magnifique Double Concerto pour piano, percussion et ensemble (2002), c’est-à-dire l’impression d’appartenir à plus grand que soi, à cette « homogénéité totale » dont parle la compositrice à propos de la pièce. Enfle progressivement une rumeur vite obsédante et faite de la superposition, au premier plan, de la frappe insistante et plus ou moins régulière d’une cloche, et, derrière, du jeu perlé du piano répétant à l’envi une cellule motivique. Un piano préparé, puisque de petits taquets métalliques produisent, dans le médium, un son assourdi et métallique, et, dans le grave, un son percussif. L’impression de profondeur grandit avec l’introduction d’autres percussions, le marimba en particulier. Mais bientôt c’est le xylophone qui occupe la première place, dans un jeu extrêmement nerveux où chaque lame est longtemps frappée prestissimo. Outre son incroyable richesse de timbres se complétant parfaitement (percussions, cordes, cuivres), ce maëlstrom de rencontres heurtées, où il est difficile de savoir toujours quel instrument entraîne les autres, est fascinant, car il n’interroge pas notre rapport au temps selon le seul axe linéaire, comme dans la tradition occidentale, mais réussit à créer une réjouissante incertitude. Cette imprévisibilité laisse le moment advenir, soit dans une course poursuite, soit dans une attente réciproque laissant toute sa place à la résonance, laquelle est d’une très grande importance. Les deux solistes sont le percussionniste , très sollicité 20 minutes durant par l’énergie et l’attention déployées, et le pianiste , créateurs du morceau en 2003 (le Double Concerto était alors la troisième commande que l’ faisait à la musicienne) et qui l’enregistrèrent pour la première fois en 2011 pour la label Kairos. 

Les mêmes véhémence et délicatesse se retrouvent dans Graffiti, pour orchestre de chambre (2012), que seule une phalange et un chef de premier plan peuvent concilier et tenir en équilibre tout au long de trois mouvements de caractères très différents. La véhémence, c’est le moteur ; la délicatesse, la suspension diaphane, la stabilité, l’attention. La richesse de la palette sonore est bluffante et la liste des percussions donnerait à elle seule le tournis ! Si la compositrice se nourrit de toutes les émotions et sensations, ici procurées par des ouvrages de Street Art, sa musique n’est pas figurative pour autant. Comme son équivalent graphique, « Palimpseste », premier mouvement bouillonnant, fait se télescoper les sources sonores et les idées exprimées. Introduit et animé par les cloches tubulaires, « Notturno urbano » moment beaucoup plus planant, se présente un peu comme une promenade dans un paysage en demi-teinte. De la danse dont il porte le nom, « Passacaglia » ne conserve pas grand chose, ce serait plutôt comme une série d’élans brisés. et son Ensemble dominent parfaitement cette partition extrêmement fouillée.

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Unsuk Chin (née en 1961) : Gougalōn, scènes de théâtre de rue pour ensemble (2009) ; Double Concerto pour piano, percussion et ensemble (2002) ; Graffiti, pour orchestre de chambre (2012). Samuel Favre, percussion. Dimitri Vassilakis, piano. Ensemble Intercontemporain, Pierre Bleuse, direction. 1 CD Alpha Classics. Enregistré en février 2025 à la Philharmonie de Paris. Notice de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 60:21

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