Charmes pianistiques et aquatiques avec Célia Oneto Bensaid à la Roque d’Anthéron
Dans un court programme entièrement français et entièrement féminin, Célia Oneto Bensaid fait découvrir au piano différents petits bijoux peu connus, et nous entraîne dans l’eau, sur l’eau, ou dans les différents états de l’eau.

Le Festival de piano de la Roque d’Anthéron, ce n’est pas seulement de grands concerts de prestige dans le magnifique parc du Château de Florans. C’est aussi toute une série de petits concerts, des « une heure avec… », des « concerts découverte » ou « La Roque Baroque » dans des lieux plus intimistes comme l’abbaye de Silvacane ou l’auditorium Marcel Pagnol. Ce soir, c’est une heure avec Célia Oneto Bensaid, une heure avec seulement des compositrices françaises, et uniquement sur des thèmes ayant un lien avec l’élément eau. La pianiste présente son programme au public, avec culture et passion mais sans pédagogisme. Celui-ci se laisse entrainer avec ravissement dans la découverte d’œuvres de haute qualité, comme celles de Marie Jaëll, de Jeanne Leleu et de Rita Strohl qu’elle a récemment enregistrées.
Les Impressions de mer de Marcelle de Manziarly sont très descriptives, plongeant dans les graves des ressacs et berçant l’auditeur de la régularité des vagues, tandis que les couleurs traduisent les reflets des nuages ou les irisations du soleil. La Gondole de Jeanne Leleu est aimablement glissante et ondoyante. L’Aquarium de Fernande Decruck est une merveille de surprises étouffées, de coraux fluorescents, de forêts d’algues où évoluent des ombres aux couleurs changeantes. L’Iridescence-glace de Camille Pépin, musique contemporaine finement répétitive, fait sentir une sorte de miracle de physique, où la lumière se diffracte plus ou moins et en différentes couleurs selon la granulométrie des cristaux de glace des nuages. Retour au XIXe siècle avec Marie Jaëll et ses délicieux Jours pluvieux, qui sont un alignement de douze micro, « poèmes symphoniques » pour piano, ou douze haïku, chacun empreint d’une délicate et profonde poésie. Mais la plus brillante partie du concert est sans doute les Musiques sur l’eau de Rita Strohl, où les Jeux des Naïades puis un vibrant Orage décrivent magnifiquement les éléments, et surtout les mouvements du cœur et de l’esprit de celui qui les contemple. Au moment des bis, la pianiste arrive encore à sortir de son sac deux compositrices américaines, Meredith Monk (née en 1942) et Dana Suesse (1909-1987).
Célia Oneto Bensaid, qui joue tout de mémoire, a complètement fait siennes la virtuosité impressionnante et les nuances raffinées que réclament ces musiques rares. Elle sait sculpter les silences, distiller les couleurs et faire éclater pleinement les éléments, les mystères ou les poésies de chaque pièce, sans jamais mettre en avant sa propre personne. C’est un vrai service qu’elle rend à ce répertoire, et donc à la connaissance de la musique française, avec une technique parfaite, une grande intelligence musicale et aussi une vraie humilité d’âme. Merci à elle pour ce moment d’exception.
Crédits photographiques © Lyodoh Kaneko
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