Audio, Musique de chambre et récital, Parutions

Hindamars, hautbois et piano contre les ténèbres du nazisme

Plus de détails

Hindamars. Erwin Schulhoff (1894-1942) : Hot Sonata pour saxophone alto et piano, transcription Fabrice Ferez. Marc Perrenoud (né en 1981) : Trois pièces pour hautbois (cor anglais) et piano. Paul Hindemith (1895-1963) : Sonate pour cor anglais et piano ; Sonate pour hautbois et piano. Josef Tal (1910-2008): Sonate pour hautbois et piano. Avec : Fabrice Ferez, hautbois et cor anglais ; Marc Pantillon, piano. 1 CD Claves. Enregistré en octobre 2024 à la Chapelle de Couvet. Notice de présentation de 16 pages bilingue (français, anglais). Durée : 57:26

Partager
 

Avec Hindamars, et après In memoriam Pavel Haas (Clef ResMusica) et At heart of the 20th century, le hautbois de et le piano de activent à nouveau, la mémoire des ténèbres portées du nazisme.

Le premier hautbois solo de l’Orchestre Victor Hugo de Besançon et le pianiste suisse ont eu réuni à nouveau leur féconde complicité pour redonner une seconde vie à des œuvres balayées par l’idéologie nazie. Cette fois c’est le destin de trois compositeurs exerçant en Allemagne, , , Joseph Tal, qui a poussé les deux artistes à se retrouver à la frontière de leurs deux pays. Soit trois compositeurs qui, pour des raisons bien différentes, et à des degrés divers, ont vu leur vie respective bouleversée par le régime hitlérien. Hindemith, que sa manière moderniste, vue d’un mauvais œil par les nazis, poussa à l’exil américain en 1939 ; Schulhoff, juif, homosexuel, communiste et avant-gardiste, est déporté en 1942 dans le camp de prisonniers de guerre de Würzburg (car considéré comme ressortissant soviétique) où il composa jusqu’au bout avant d’être emporté par la tuberculose; Tal, réfugié dès 1934 en Israël dont il deviendra jusqu’en 2008 une des personnalités musicales de premier plan.

On retrouve intacts dans « Hindamars » les atouts des précédents enregistrements : l’intimité pénétrante de la prise de son dans la Chapelle de Couvet, le dialogue de deux artistes passés maîtres de leur medium musical, et, ce n’est pas le moindre intérêt de ce nouvel opus, la commande passée à un compositeur. Après Bruno Giner et Philippe Hersant, c’est au pianiste de jazz suisse de confronter son empathie à l’exercice, avec trois pièces tour à tour recueillies et joueuses, où il entreprend de tisser des liens entre Hindemith et Schulhoff : Hindamars (soit Hindemith sur Mars, où la moindre pesanteur se charge d’étirer la musique du compositeur); Blue Hope, fantasme de rencontre entre les deux hommes ; Les Trois Tours, tentative unificatrice, entre « stabilité » (Hindemith) et « subversion » (Schulhoff), des deux numéros précédents.

Le ton de Hindamars  surprend d’emblée, par l’inattendu, à 180° de la tonalité attendue de l’entreprise, de la Hot Sonata d’, née d’une commande de Kurt Weill pour la radio berlinoise en 1930. L’arrangement de , du saxophone originel au hautbois, réussit à la sonate, le hautboïste se jouant avec gourmandise des syncopes et autres facéties chaloupées dont les clairs-obscurs canailles font discrètement monter les fourmis dans les jambes.

Cette optique posée, le disque va jusqu’à contester l’image d’austérité généralement associée à Hindemith, joliment écornée par la rêverie pleine de nostalgie du premier mouvement de sa Sonate pour cor anglais et piano et le primesaut de ses mouvements suivants, comme par la volubilité insouciante de sa Sonate pour hautbois et piano en deux mouvements où l’on tentera de déceler les traces laissées de la découverte émerveillée du jazz par le compositeur, lors d’un concert au célèbre Cotton Club. C’est à lui que revient de refermer dans la résilience cette « Trilogie des heures noires de l’Histoire », où seule la Sonate pour hautbois et piano de aura assumé, en premier enregistrement mondial, la désolation de sa mélancolie dévastée. Un disque finalement apaisé et pour tout dire très apaisant, qui ne manquera pas de résonance en ces temps de turbulence pour la Culture.

(Visited 54 times, 1 visits today)
Partager

Plus de détails

Hindamars. Erwin Schulhoff (1894-1942) : Hot Sonata pour saxophone alto et piano, transcription Fabrice Ferez. Marc Perrenoud (né en 1981) : Trois pièces pour hautbois (cor anglais) et piano. Paul Hindemith (1895-1963) : Sonate pour cor anglais et piano ; Sonate pour hautbois et piano. Josef Tal (1910-2008): Sonate pour hautbois et piano. Avec : Fabrice Ferez, hautbois et cor anglais ; Marc Pantillon, piano. 1 CD Claves. Enregistré en octobre 2024 à la Chapelle de Couvet. Notice de présentation de 16 pages bilingue (français, anglais). Durée : 57:26

Partager
 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.