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Pauvre Clown ?

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Baden Baden. Festspielhaus de Baden Baden le 31 décembre 2002. Beethoven : Concerto pour piano n°3 – Symphonie n°3 « Eroïca ». Soliste : Rudolf Buchbinder. Orchestre symphonique de la Radio SWR de Stuttgart. Direction : Sir Roger Norrington.

Festspielhaus de Baden Baden

A la tête d’un Orchestre de la Radio de Stuttgart qui prend peut-être son mal en patience, Sir a donné son concert de la Saint-Sylvestre à Baden Baden pour y exécuter Beethoven… pourtant entouré de l’affection des siens!

Grimaces, gesticulations et positionnement hors normes étaient au programme de ce « couronnement de l’ego »

« Cet homme est un âne » avait dit un musicien de Cleveland lorsque se mit en tête de diriger cet orchestre en « shorts ». Son association comique ferait un malheur avec Nigel Kennedy au violon, mais elle serait consentie; ici le fou rire était rentré, l’humour grinçant et d’une manière générale, d’aucuns ont eu la très désagréable impression que le démiurge de service se payait leur tête. Dans une allocution avant le concert, Norrington nous sommait de nous laisser aller à « son Beethoven », merveilleux exemple d’autocélébration (dans le style j’améliore l’original) alors qu’un mot même banal sur les épreuves de l’Allemagne et l’espoir de la rude fraternité du maître de Bonn eut été au moins de circonstance. Notre héros se mit ensuite au milieu de ses musiciens pour le Troisième concerto pour piano de Beethoven, face au public (pour qu’on le voie distiller ses secondes de génie) gesticulant comme un pantin désarticulé, avec mimiques, haussements de sourcils et clins d’œil au programme.

n’est heureusement pas de ceux qui ont besoin d’un chef pour jouer ce pilier du répertoire et les musiciens de l’Orchestre de Stuttgart ont pris depuis longtemps l’habitude de redécouvrir les vertus de leur premier violon qui les mène à bon port en lieu et place de l’instance compétente.

En seconde partie, Sir Roger se frotta à l’Héroïque qu’il dirigea, cette fois, dans la disposition classique, ce qui ne l’empêchait pas de distiller à loisir ses gestes emphatiques, ses instants d’immobilité et ses allures de peintre des sons. Au-delà de ces considérations somme toute formelles, l’essentiel manquait: Jamais la musique de Beethoven ne s’est trouvé transcendée, jamais la Marche funèbre de l’Eroïca n’aura à ce point manqué de pompe victorienne, jamais les crescendi du finale n’auront tant manqué de mystère et de style.

L’ensemble donnait une belle impression de baudruche dégonflée. La montagne norringtienne accouche d’une souris, mais ma voisine de concert sut prendre les choses du bon côté : « cette prestation valorise les concerts que nous avons vu avant et que nous verrons après ».

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