Grands Prix « Piano d’Orléans » 2009

Concert, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Théâtre des Bouffes du Nord. 16-III-2009. (1910-1981) : Nocturne ; (né en 1908) : Intermittances, Caténaires ; William Albright (1944-1981) : Five Chromatic Dances (extraits) n°2 Masquerade, n°4 Hœdown ; Carlos Sandoval Mendoza (né en 1956) : PfMd-01 pour piano et bande ; (1887-1959) : Ciclo Brasileiro (extraits) Impressœs Seresteiras et Danza di Indio branco. (né en 1929) : Eine kleine Mitternachtmusik. , , , piano ; Emmanuel Vaillant, ingénieur du son.

Initié et porté à bout de bras depuis 1994 par , pianiste émérite et professeur à l’Ecole Normale de Musique, le Concours International «Piano d’Orléans» lancera sa neuvième édition en février prochain. Rappelons que cette manifestation d’envergure invite tous les deux ans les jeunes pianistes à défendre la musique des XXe et XXIe siècles et passe commande de l’œuvre imposée aux finalistes à l’une des personnalités de la création d’aujourd’hui : Pierre Jodlowski en 2004, Edith Canat de Chizy en 2008…

Pour l’heure, ce sont des concerts conviant les lauréats des éditions précédentes. Le Théâtre des Bouffes du Nord recevait ce lundi 16 mars trois «Grands Prix» pour un récital au programme résolument américain et choisi au gré des affinités de chacun.

Entrée en matière risquée pour (tout juste 28 ans), Grand Prix 2008, qui débutait le concert en juxtaposant le très romantique Nocturne de aux Two Thoughts (Intermittences et Caténaires) de l’explosif . Si elle restitue très justement le climat intérieur autant que sensuel qui pénètre l’écriture du premier à la faveur d’une sonorité bien dosée, elle est moins à l’aise face à la redoutable difficulté des œuvres du second dont la virtuosité transcendantale met l’interprète au défi. Le choix de sa dernière œuvre, Eine kleine Mitternachtmusik, «rumination» autour du standard de jazz Round about Midnight de Monk par , était beaucoup plus judicieux. Cette pièce pleine de poésie assumée avec un humour en filigrane propose un itinéraire sonore pimenté de citations et d’ornements bruitistes qui en révèlent toute la saveur et la fantaisie. On aurait, certes, souhaité plus d’engagement dans le geste quasi théâtral demandé à l’interprète dans cette partition que la jeune Florence Cioccolani aborde un peu sagement sans pour autant nous priver des charmes de cette ballade nocturne.

Lauréat du premier concours d’Orléans, le pianiste turc en remporte le Grand Prix en 1998. Salué par la presse internationale pour son enregistrement des Etudes de Ligeti, il mettait ce soir sur son pupitre deux œuvres américaines assez peu connues : celle de William Albright, compositeur, pianiste et organiste qui viendra travailler en France auprès d’Olivier Messiaen et Max Deutsch. affirme dans les deux pièces extraites des Cinq danses chromatiques une étonnante maîtrise du clavier et met toute son énergie au service d’une écriture très éclatée relevant de l’hybridation des styles.

En revanche, l’œuvre pour piano et bande Abstra de Garrett Byrnes – dont on entendait la création française – s’apparente à une esthétique beaucoup plus datée – années 70 du siècle dernier – dont les effets un peu faciles – clusters bruyants sollicitant les avants bras – ne mettaient guère en valeur l’envergure pianistique de ce bel interprète.

Eblouissant de charme et de prestance, investissait alors le plateau des Bouffes du Nord pour interpréter à son tour une pièce mixte au titre très énigmatique – l’absence de notes de programme préserve tout le mystère !- du compositeur mexicain présent dans la salle Carlos Sandoval Mendoza. PfMd-01 se nourrit des contrastes plus ou moins radicaux entre une partie de piano aux ambiances pastorales et légèrement «détempérées», diffusée en continu par les hauts parleurs, et les interventions du pianiste dont la brillance du jeu et la fulgurance du geste rehaussent l’intérêt d’une écriture parfois peu canalisée.

Latchoumia enchaînait avec les deux pièces de extraites de Ciclo brasileiro qu’il vient de graver chez Sony : une écriture généreuse et pleine de soleil coulant très aisément sous ses doigts et qu’il gorge d’énergie juvénile : du panache et de l’élégance !

Crédit photographique : Wilhem Latchoumia © Laetitia Perbet

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