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Les Brigands, La Grande Duchesse et Offenbach à Besançon

La Scène, Opéra, Opéras

Besançon. Scène nationale, Le Théâtre. 8 novembre 2013. Le Compagnie Les Brigands. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Grande Duchesse, d’après La Grande Duchesse de Gerolstein, opéra-bouffe sur un livret de Meilhac et Halévy. Mise en scène : Philippe Béziat et Victoria Duhamel. Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbecq. Décors réalisés par l’atelier du CDN de Besançon. Costumes : Élisabeth de Sauverzac. Scénographie et Lumières : Thibaut Fack. Avec : Isabelle Druet, la grande duchesse ; David Ghilardi, Krak ; Emmanuelle Goizé, Grog ; Olivier Hernandez, le prince Paul ; Olivier Naveau, un soldat ; Flannan Obé, le baron Puck ; Guillaume Paire, un soldat ; Antoine Philippot, le général Boum ; François Rougier, Fritz. Musiciens : Nicolas Ducloux, piano et chef de chant ; Pablo Schatzman, violon ; Laurent Camatte, alto ; Annabelle Brey, violoncelle ; Simon Drappier, contrebasse ; Boris Grelier, flûte; François Miquel, clarinette ; Takénori Nemoto, cor ; Eriko Minami, percussions. Arrangements musicaux de Thibault Perrine. Direction : Christophe Grapperon.

la grande-duchessePeu importe au fond que cette représentation n’ait été qu’une adaptation de l’original. Pour qui ne la connaît pas, que cette Grande Duchesse ait perdu au titre son Gerolstein n’entame en rien le plaisir de se confronter à l’opéra-bouffe d’Offenbach, et encore moins de retrouver la compagnie , connus de la scène nationale bisontine.

L’adaptation concernait les coupures dans la musique et le texte ainsi que la réduction musicale pour neuf instrumentistes, mais elle fut si bien réalisée qu’elle pouvait tout à fait passer inaperçue et ne brisait pas le déroulement de l’action et l’esprit de l’œuvre.

Un autre équilibre se mettait alors en place : aux neuf chanteurs faisaient écho les neuf musiciens. En effet, l’idée de scénariser leurs prestations créait une image vivante bien vue d’artistes souvent cantonnés dans l’opéra à la fosse d’orchestre, pour l’occasion recouverte. Des musiciens et un chef habillés comme les chanteurs qui s’intégraient parfaitement à leurs déplacements sans que cela ne gène en rien le déroulement fluide du spectacle. Une sorte de décloisonnement opportun pour un gain de clarté et de vie.

Côté vocal, le rôle-titre fut servi avec panache par , elle aussi en terrain connu à Besançon. La mezzo-soprano profitait de son étonnante capacité à occuper la scène comme actrice de théâtre à part entière, mais également comme chanteuse. Les habitués du « grand opéra » savent que la représentation de pièces du répertoire dit léger imposent des capacités vocales tout aussi importantes en ce qui concerne l’exigence musicale et qu’en plus les artistes doivent savoir parler leur rôle comme au théâtre, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Rendre crédibles et compréhensibles les pirouettes vocales d’Offenbach relève bien souvent de la performance. Heureusement, le seul grand rôle féminin se jouait ici parfaitement de ces difficultés, tant parvenait à maîtriser la chose assez intelligemment pour éviter de tomber dans une caricature efficace mais trop facile. On retiendra entre autres ses deux airs connus « J’aime les militaires » et « le sabre de mon père », passés à la postérité. Avec , le grand répertoire est au service d’une autre forme de répertoire, et a tout à y gagner.

Les hommes ne furent pas autrement en reste dan cette soirée de la bonne humeur suivie par des groupes scolaires qui trouveront là pour certains un nouveau terrain à faire fructifier dans l’avenir.

Le prince Paul d’ campe un courtisan lymphatique, sans grandeur d’âme, judicieusement vêtu de blanc. Antoine Philippot présente un général Boum rentre-dedans, incarnation du gradé obtus et rancunier. Le baron Puck confirme avec son aspect revanchard, protocolaire et versatile. Tous forment un trio de conjurés épatant. Le soldat Fritz forme un partenaire de choix à la grande duchesse. De part ses comportements de personnage la fois naïf et manipulé, cette ambiguïté à jouer n’était pas courue d’avance. Ce fut rondement mené.

La direction musicale non envahissante de retrouvait un peu de cet esprit goguenard du Second Empire, de ses bals populaires et de ses troquets à musique. La mise en scène sobre et efficace tenait évidemment compte de la présence vivante des musiciens sur scène et recréait bien l’ambiance militaire, les travers des autorités et du pouvoir, la satire en règle des incompétences, des abus de la société d’alors.

Mais le message de la compagnie des Brigands, malgré les costumes d’ « époque », était là, assez subtilement suggéré. Quelques infimes éléments pouvaient nous permettre d’affirmer que le temps ne fait rien à l’affaire concernant l’évolution des mœurs. L’éloignement chronologique des siècles rend transparent la permanence du conditionnement des modes de vie et la réitération des rapports sociaux ancrés dans les relations humaines depuis l’origine des temps : un simple poste de radio, par exemple, nous le fait comprendre subtilement…

Crédit photographique : Grande-Duchesse © Scène Nationale de Besançon

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