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Les Brigands revisitent la Grande Duchesse

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Paris, Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet, 14-XII-2013. La Grande Duchesse, d’après La Grande Duchesse de Gérolstein, de Jacques Offenbach. Livret : Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Philippe Béziat ; Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbecq. Avec : Isabelle Druet (la Grande Duchesse) ; François Rougier (Fritz) ; Antoine Philippot (le général Boum) ; Flannan Obé (le baron Puck) ; Olivier Hernandez (le prince Paul) ; Emmanuelle Goizé (le baron Grog) ; David Ghilardi, Olivier Naveau, Guillaume Paire (soldats). Compagnie Les Brigands ; Christophe Grapperon (direction)

Grande Duchesse © Manuel VidalChaque année, reviennent au Théâtre de l’Athénée avec des chefs-d’œuvre du répertoire « léger ».

Cette saison revisitent la Grande Duchesse, après avoir donné ce spectacle à Besançon en novembre, et cette revisite, disons cette énième audience, auprès de son Altesse, est loin d’être officielle et guindée !

La musique, merveilleusement réduite pour neuf chanteurs et neuf musiciens d’orchestre (installés sur la scène, ils se déplacent au besoin de la mise-en-scène) par Thibaut Perrine, s’adapte parfaitement aux dimensions, donc à l’acoustique de la salle. Même s’il disloque et remonte la partition pour en faire une version de moins de deux heures avec entracte, elle est si bien faite qu’on en oublie presque la version originale.

Il y a aussi des clins d’œil sur l’actualité : quand la Grande Duchesse prend des « nouvelles de Hollande » sur une gazette des cours, c’est un magazine « pipole » avec en couverture une photo de notre Président de la République et de sa compagne qu’elle tient dans les mains ! Le soldat Fritz est en couple avec un de ses camarades du camp et non avec Wanda la cantinière ; le baron Grog est une femme, ce qui n’est révélé qu’à la fin, à la grande surprise de la souveraine. Ces deux éléments rendent l’amour de celle-ci définitivement impossible à réaliser. Cela fait irrésistiblement penser à l’Ile de Tulipatan, toujours d’Offenbach, présentée l’année dernière dans le même théâtre par la même compagnie, où il est question d’inversement imaginaire du sexe des deux jeunes amoureux dans une petite cour comme celle de notre Grande Duchesse.

Côté chanteurs-acteurs, on ne louera jamais assez qui incarne la Grande Duchesse. Bien sûr, il y a sa voix aux teintes chaudes et veloutées, exquise dans les aigus, mais son talent de comédienne fait d’elle un délicieux personnage, mi-adolescente mi-femme (la Grande Duchesse a vingt ans), que propose la mise en scène de , tandis qu’une autre lecture aurait poussé à l’extrême l’érotisme fantasmé de la jeune femme suggéré par le livret d’origine. A ses côtés, assume totalement le rôle de Fritz, toujours la tête dans les nuages, avec ces regards qui se perdent dans le vague. S’il a montré un peu de fatigue vocale vers la fin, le timbre clair de sa voix est agréablement complémentaire avec celle de sa partenaire. Le baron Puck, interprété par , est tellement méchant, tellement sinistre et tellement drôle à la fois qu’on s’attache immédiatement à lui ; ses grimaces sont si artistiques qu’on est forcément admiratif devant l’élasticité de ses muscles faciaux ! Sa diction et son jeu d’acteur – y compris l’expression de ses mains – sont également d’une grande qualité artistique et on attend de voir dans quel rôle il va paraître prochainement. Le général Boum et le prince Paul, formant le trio conspirateur avec Puck, ont chacun l’air benêt à leur manière eux aussi, caractère très bien rendu et très bien chanté par et . Dans l’ensemble, nous ne pouvons qu’apprécier le merveilleux travail sur la diction dans le chant aussi bien que dans les paroles. Mille bravos à tous les chanteurs, et bravos aussi à qui dirige cette bande déjantée dans une cacophonie joyeuse.

La Grande Duchesse

Notons également une cocasserie dans les costumes. Les soldats portent tous les mêmes tatouages sur tout le corps – en réalité un justaucorps – mais ce dessin, qui ressemble à un blason quelconque, n’est rien d’autre que deux personnages (homme et femme ? homme et homme ? ou encore femme et femme ? on ne sait trop…) face à face, vus de profil. Sont-ils en train de s’embrasser ? Ou de parler d’amour ? En tout cas ils en ont l’air. Certainement un autre clin d’œil sur l’actualité.

Il faut se précipiter pour faire la connaissance de cet Offenbach certes remanié, mais qui ne perd rien en esprit, au contraire très piquant, et de plus excellemment joué et chanté.

Crédit photographique : et © Manuel Vidal / Antoine Philippot, et © Claire Besse

 

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Paris, Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet, 14-XII-2013. La Grande Duchesse, d’après La Grande Duchesse de Gérolstein, de Jacques Offenbach. Livret : Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Philippe Béziat ; Chorégraphie : Jean-Marc Hoolbecq. Avec : Isabelle Druet (la Grande Duchesse) ; François Rougier (Fritz) ; Antoine Philippot (le général Boum) ; Flannan Obé (le baron Puck) ; Olivier Hernandez (le prince Paul) ; Emmanuelle Goizé (le baron Grog) ; David Ghilardi, Olivier Naveau, Guillaume Paire (soldats). Compagnie Les Brigands ; Christophe Grapperon (direction)

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