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Bérénice, opéra en 3 actes d’Albéric Magnard (4) : entretien avec Catherine Hunold

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Grand promoteur du répertoire français, Jean-Yves Ossonce présente la rare Bérénice de Magnard qui, depuis sa création à l’Opéra Comique en 1911, n’avait encore connu qu’une seule reprise scénique à Marseille en 2001. Resmusica a choisi d’y consacrer un dossier pour l’occasion. Notre dossier : Bérénice, opéra d’Albéric Magnard

 

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Du 4 au 8 avril 2014, incarnera la princesse de Judée dans Bérénice d’ à l’Opéra de Tours. Elle nous confie aujourd’hui ses impressions sur l’ouvrage et son exigeant rôle titre.

Resmusica : , vous nous confiiez, il y a quelques mois, avoir trouvé dans le rôle de Bérénice « un véritable challenge vocal, un rôle écrasant non seulement par l’amplitude de sa tessiture mais aussi par sa charge émotionnelle ». A quelques semaines des représentations tourangelles, comment évaluez-vous les difficultés techniques du rôle ?
Catherine Hunold : Bérénice est un nouveau challenge par la longueur du rôle. Elle est quasiment en scène du début à la fin de l’ouvrage. Le premier acte dure près d’une heure, les deux derniers environ quarante cinq minutes chacun… Le livret écrit par Magnard lui-même rend ce personnage extraordinaire dans son introspection. Elle représentait pour lui l’héroïne de l’amour absolu et personnifiait sa conception morale : « Il vaut mieux renoncer que concéder ». Elle est à la fois sensuelle, d’une grande dignité et d’une sensibilité profonde. C’est un personnage sublime.

RM : A l’occasion de la création de l’ouvrage à l’Opéra Comique, une partie de la critique avait regretté le manque de théâtralité de Bérénice, davantage reçue comme une oeuvre de musique pure. En évoquant la charge émotionnelle de votre personnage, réfutez-vous catégoriquement ce jugement ?
CH : Avec cette Bérénice, on se trouve transporté dans un cheminement des émotions. L’action n’est induite que par les sentiments et non par des situations. C’est une rupture, un déchirement de deux personnes qui s’aiment mais dont les intérêts sont antagonistes. Il y a quelque chose de l’éternel féminin et de l’éternel masculin. La musique comme le texte de Magnard expriment si bien cette séparation, que nous connaissons tous, que cela nous renvoie à nos histoires qui sont elles aussi « extra-ordinaires ». C’est dans ce reflet de lui-même que le spectateur peut être touché.

RM : Magnard lui-même a revendiqué l’influence wagnérienne de sa partition. Celle-ci se manifeste de façon évidente dans la construction dramatique de Bérénice mais est-elle aussi évidente dans l’écriture musicale qui est tout de même tributaire de la grande tradition française ?
CH : C’est un mélange des deux et il l’écrit lui-même dans sa préface : « ma partition est écrite dans le style wagnérien ». D’ailleurs comme Wagner, il en a écrit le livret. On y retrouve le durchkomponiert wagnérien, une sorte de symphonie continue, une écriture extrêmement chromatique, très mouvante d’un point de vue tonal. L’hymne à Venus du dernier acte se rapproche du la Brünnhilde du Crépuscule, mais on y retrouve aussi des accents de Chausson, Dukas… Cette musique a été qualifiée aussi de musique néofranckiste… J’aime beaucoup ces quelques mots de D’indy sur Bérénice : « une œuvre très sincère sans affectation ni flatterie pour les snobs »

RM : Magnard a pris des libertés avec le personnage historique, ne serait-ce qu’en la rajeunissant considérablement, et l’on sent dans sa préface de Bérénice qu’il s’est véritablement épris de son héroïne. Ressentez-vous également une affection véritable pour ce personnage ?
CH : Elle m’obsède. Son ton est sobre et noble ; Elle est d’une grandeur incroyable dans son sacrifice. Jamais elle ne concède, s’abaisse ou devient complaisante. Elle reste lumineuse pour le bien de Titus et de son amour éternel qu’elle ne veut salir. Là ou on aurait envie de crier, pleurer, se jeter aux pieds de Titus, ce qui serait plus facile, elle demeure d’une haute dignité et cela jusqu’au bout. C’est incroyablement difficile à jouer !

RM : Vous, qui éprouvez beaucoup d’intérêt pour les chanteuse du passé, vous-êtes vous intéressée à la carrière et à la personnalité de Marguerite Mérentié, créatrice du rôle de Bérénice ?
CH : En fait Marthe Chenal a tout d’abord été pressentie pour le rôle mais c’est Mérentié qui a été choisie par Magnard. Elle a chanté Chimène du Cid, Ariane de Massenet et a été une grande wagnérienne.

RM : Du grand duo du premier acte à celui des adieux, quelles sont les pages de la partition qui vous touchent le plus ?
CH : Toutes…

RM : Vous avez l’occasion pour cette production de travailler avec Jean-Yves Ossonce et Alain Garichot qui, dans des conditions similaires, ont remporté un grand succès avec la recréation du Pays de Ropartz. Comment se déroulent les premières répétitions ?
CH : Ces répétitions sont très intenses. L’équipe artistique est investie dans ce travail exploratoire et riche parce que libéré de toutes traditions et interprétations. Je me sens privilégiée ici à Tours de travailler avec une telle équipe, où un chef et un metteur en scène se connaissent si bien qu’ils vont dans la même direction pour le bien de l’œuvre.

 

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