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L’EIC inaugure sa résidence à la Philharmonie 2

Concerts, La Scène

Philharmonie 2 (ex Cité de la Musique). 16-I-2015. Edgard Varèse (1883-1965): Intégrales pour onze instruments à vent et percussion; Yan Maresz (né en 1966): Metallics pour trompette et dispositif électronique; Metal Extensions, pour trompette et ensemble; György Ligeti (1923-2006): Concerto de chambre pour 13 instruments; Magnus Lindberg (né en 1958): Related Rocks pour deux pianos, deux percussions et dispositif électronique. Clément Saunier, trompette; Samuel Favre, Victor Hanna, percussions; Hidéki Nagano, Sébastien Vichard, pianos. Ensemble Intercontemporain; Serge Lemouton (IRCAM), Manuel Poletti (IRCAM) et Juhani Liimatainen (Studio expérimental de la Radio finlandaise), réalisation informatique. Direction Tito Ceccherini.

DSCF0145Deux jours après ces soirées historiques où le public parisien découvrait l’espace et l’acoustique prometteurs de la grande salle de la Philharmonie 1, l’EIC, basé dans la Philharmonie 2, inaugurait quant à lui sa résidence au sein de la Philharmonie de Paris, tout juste 20 ans – le 12-I-1995 – après l’ouverture de la Cité de la Musique. Le corniste de l’Ensemble prenait la parole en début de soirée pour officialiser ce nouveau statut, dédiant par ailleurs le concert aux victimes des attentats des 7,8 et 9 janvier dernier.

C’est la musique d’, que Paavo Järvi avait également choisie pour débuter la soirée inaugurale de la Philharmonie 1, qui embrasait l’espace au tout début de ce concert d’envergure, placé sous la direction lumineuse de . Oeuvre phare du compositeur bourguignon émigré aux Etats-Unis, Intégrales, écrite en 1925, élimine les cordes au profit des vents et d’un important pupitre de percussions, agent actif de l’expansion de l’univers sonore recherché par.Varèse. Le compositeur y exalte le son pur – la clarinette solaire de , le hautbois charmeur de – et les alliages inouïs des timbres qu’il étage dans l’espace. L’oeuvre sonnait ce soir avec une fulgurance presque sauvage dans l’interprétation radicale qu’en donnaient les solistes de l’EIC.

Vedette de la soirée, car il était ce soir convié deux fois sur le devant de la scène, Clément Saunier jouait ensuite Metallics pour trompette et électronique de , un tube du compositeur – familier des locaux de l’ et de l’écriture dans l’espace – qui révise sa pièce en 2014. Sollicitant les techniques de transformation en temps réel, l’oeuvre bénéficiait ce soir d’une projection spectaculaire dans une salle plongée dans le noir: déferlements, explosions en chaîne, granulations multiples et autres trajectoires inouïes sont engendrées par le jeu de la trompette virtuose, capté, transformé en direct et réinjecté dans les haut-parleurs. L’auditeur est saisi par ces polyphonies étranges et tenu en haleine par le mouvement incessant des métamorphoses sonores. Clément Saunier n’en restait pas moins le maître d’oeuvre, réalisant une performance des plus exigeantes qu’il allait devoir dupliquer en fin de soirée.

Pour l’heure, c’est le Concerto de chambre de – à la place du Concerto pour piano annoncé –  qui était donné, étant malheureusement souffrant. Ce chef d’oeuvre du compositeur hongrois est un « classique » du répertoire de l’EIC avec ces quatre mouvements, chacun dédié à un ami cher. Dans l’interprétation sensible et attachante de , les textures étaient tour à tour fluides et vibrantes, facétieuses et théâtrales ou encore ludiques et virtuoses dans un troisième mouvement « preciso et mecanico » joué avec une maîtrise confondante par les solistes de l’EIC.

DSCF0233-BDLa seconde partie débutait par Related Rocks, une pièce foisonnante autant que vivifiante du compositeur finlandais ; la source électronique provenant de deux claviers midi vient s’immiscer dans les configurations sonores les plus variées des deux pianos – et jouant également les claviers midi – et des deux percussions – et Samuel Favre. Si l’écriture, des deux pianos notamment, défie parfois toute cohérence, l’effervescence du son et du geste des quatre virtuoses fait circuler l’énergie et fonctionner l’ensemble dans un espace où interagissent et s’hybrident continuellement les sonorités.

Metal Extensions, qui faisait revenir le trompettiste Clément Saunier en soliste, est une commande de l’EIC faite à en 2001. Il s’agissait pour lui de transférer la partie électronique de Metallics au sein de l’écriture orchestrale, un « exercice » périlleux pour le compositeur et une expérience d’écoute des plus passionnantes pour un public qui vient d’entendre la version originelle. L’écoute frontale est certes moins spectaculaire mais la richesse du travail orchestral d’autant mieux révélée. Soliste du concerto et héros de la soirée, Clément Saunier redonnait avec la même énergie une partie de trompette vertigineuse où cinq types de sourdines modifient d’autant la qualité du son diffracté par l’orchestre. Tito Ceccherini en détaillait les moindre inflexions, assurant une cohérence et un parfait équilibre des forces en présence.

Photos : Crédit Luc Hossepied pour l’

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